FABIEN GRENIER, dit ZED, peintre et sculpteur.

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Zed, Diriez-vous que vous êtes à Banne au titre d'artiste singulier, ou contemporain ?

Zed : Je suis récupérateur. Après, si comme ici, j'expose avec des Singuliers, je suis Singulier. Si je suis avec des Contemporains, je suis contemporain. Je fais du " Happy Art ", (Art heureux) mais je ne veux surtout pas d'étiquette.

 

JR. : " Récupérateur ", c'est évident. Mais que récupérez-vous ? Quelles caractéristiques doit présenter un objet pour que vous ayez envie de le récupérer ?

Z. : Je récupère tout. Il y a déjà l'idée qui me dit ce qu'il faut que je récupère. Ensuite, il me faut une plaque pour faire un fond. Je récupère par exemple un bidon pour faire une tête. Puis, je découpe divers objets que je trouve pour donner vie à la tête…

 

JR. : Quand vous dites " il y a l'idée ", vous voulez dire qu'à un moment donné, vous souhaitez faire une bonne sœur ou un pirate, et vous vous interrogez sur les éléments à trouver pour les réaliser ?

Z. : Voilà. Mais parfois aussi, je trouve l'objet qui va m'amener à l'idée du personnage. Par exemple, si je trouve des planches, je sais qu'elles deviendront un instrument de musique. Ensuite, c'est moi qui décide que ce sera un violoncelle, une guitare…

 

JR. : Il semble évident que votre travail pourrait entrer dans des dessins animés, ou dans des bandes dessinées. Chacun de vos personnages a une trogne assez spécifique pour pouvoir en faire partie. Comment définissez-vous votre création ?

Z. : Je ne sais pas. Pour moi, c'est une grande famille. Qui n'a pas de limites.

 

JR. : Quand je regarde vos œuvres, je vois partout des visages, jamais de corps. Que cherchez-vous dans les visages ?

Z. : C'est l'expression des visages qui m'intéresse, souvent proche de la caricature…

 

JR. : Faites-vous les grimaces, à mesure que vous voulez les installer sur vos personnages ?

Z. : Non ! Les bidons ont déjà leur expression. Après, c'est la couleur ou les détails (cheveux, barbe, chapeau, cagoule…) qui donnent l'expression définitive aux bidons. Même s'il y a des bidons différents : plus courts, plus ventrus…

 

JR. : Il faut donc nécessairement tel bidon pour donner à un visage la forme que vous souhaitez ?

Z. : Oui. Je vois le bidon, et je me dis " Tiens, voilà une Egyptienne… ". Je mets le bidon en forme, je mets la peinture du visage… En fait, la réalisation ne demande pas énormément de travail. C'est surtout l'idée qu'il faut faire naître, et développer. C'est un travail quotidien, très rapide, très gestuel. Plus le thème est difficile, plus j'essaie d'être drôle.

 

JR. : Vous éprouvez le besoin d'ajouter un corps à " Cubidon ", alors que, comme nous venons de le remarquer, les autres personnages n'en ont pas. Pourquoi bénéficie-t-il de cette faveur ?

Z. : Parce que Cupidon voyage toujours par les airs. C'est seulement qu'il n'a pas de cordes à son arc !

 

JR. : Et en plus, il n'a pas non plus sa flèche… Ce qui est amusant, dans votre travail, c'est qu'il est paradoxalement très coloré. Alors qu'en général, qui dit " bidon ", dit objet du quotidien, rébarbatif et quelconque.

A partir de ce bidon quelconque dont vous avez déterminé la forme, comment vous viennent les couleurs ?

Z. : Les couleurs sont aussi de la récup'. Je les récupère dans des déchetteries. Ainsi, sur les brocantes, les boîtes de Banania sont jaunes. Le personnage noir. Alors, c'est moi qui décide si la peau est plutôt du Maghreb ou de l'Afrique Noire… Parfois, je ne mets pas de couleurs, je laisse celles d'origine.

 

JR. : Donc, en fin de compte, vous êtes tenté par un certain réalisme, puisque votre Oriental est jaune, etc.

Z. : Oui. Je trouve que je sers mieux le personnage si je le réalise près de l'idée que les gens en ont a priori.

 

JR. : Lorsque vous disposez le " personnage " sur un arrière-plan, c'est toujours un fond non signifiant ?

Z. : Pour l'instant, c'est ainsi.

 

JR. : Votre travail pourrait être bon enfant, un objet d'amusement. Mais, ce qui crée l'irrévérence, c'est l'écriture qui fait partie intégrante du tableau. Venons-en donc à l'écriture, et au " dit " de l'écriture.

Z. : Elle aussi est pour moi un amusement.

 

JR. : Mais si je vois une de vos œuvres, je vois une tête, simplement, plus ou moins typée. Mais si je lis " Je suis un assassin, ce matin j'ai tué une mouche ", Je suis tout de suite dans l'amusement. Mais d'autres citations vont au-delà du simple amusement.

Z. : Cela me permet de m'engager sur certaines idées. Certaines expressions m'amusent beaucoup.

 

JR. : Certaines sont moins directement lisibles, comme celle où vous écrivez : " Moi j'adore la pêche sous-marine ", où une femme est dans l'eau, sur laquelle vous écrivez " Marine ". Il y a donc ici deux degrés de lecture possible.

Z. : Oui. J'appelle ces œuvres des montages, des assemblages, parfois je m'amuse, d'autres fois moins.

 

JR. : Mais quand vous faites des instruments de musique, ils ont tout de suite une connotation beaucoup plus sérieuse, culturelle.

Z. : Oui. Mais je mène toutes ces idées de front.

 

JR. : Donc le côté sériel de ce genre de création, ne vous intéresse pas. Il y a toujours, quelle que soit la nuance apportée, l'idée du jeu de mots…

Z. : L'idée d'une série sur un même thème m'intéresse, tant que je suis bien " dedans ". Tant que je me fais plaisir. Je sais que je vais travailler encore longtemps sur cette idée de bidon.

J'ajouterai que je travaille avec des enfants. Et qu'à partir de nos créations, se profile le problème de l'environnement, de l'écologie.

Entretien réalisé à Banne, à la Maison de la Cheminée, le 12 juillet 2007.

 

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