YAGDOM, sculpteur

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : " Yagdom " : Je suppose que c'est la contraction de votre nom ?

Yagdom : Non, c'est l'inversion : " Dominique Gay ".

 

JR. : Vous avez un univers très humanoïde, très coloré et en même temps parfois très grimaçant : comment définissez-vous votre travail ?

Y. : Qu'entendez-vous par là ?

 

JR. : Que ressentez-vous quand vous assemblez les éléments de vos sculptures ? Il s'agit, en fait, à la fois de sculpture et de peinture… Qu'avez-vous le sentiment de vouloir exprimer ?

Y. : En fait, je ne sculpte pas. Ce sont des assemblages, soit de ceps de vigne, de racines… Et puis des objets de récup', pieds de chaises, morceaux de jouets…

 

JR. : Mais vous intervenez sur la forme originelle ?

Y. : Quasiment pas ! Eventuellement, je rajoute de l'argile pour remplacer les parties manquantes. Quand je récupère un objet, presque tout de suite je sais ce que je vais en faire. Il me vient une image, parce que je ne récupère pas au hasard tout et n'importe quoi. Ensuite, j'assemble les différents éléments. Je ne me pose même pas de questions concernant la peinture, elle vient toute seule. C'est l'objet, la forme, qui m'inspirent.

 

JR. : Mais votre travail donne l'impression que vous ne vous arrêtez que lorsqu'il ne reste plus le plus infime espace libre.

Y. : Il y a un peu de cela. C'est presque obsessionnel, chez moi. Pour certaines œuvres, comme ma Geisha flamenca, sans la peindre et même sans rajouter l'argile, mis à part le bras qui, lui, a été ajouté, toute la forme était là : C'était un énorme noeud de platane. Beaucoup de gens m'ont dit de le laisser tel quel, puisqu'on voyait très bien le personnage. Mais je ne peux pas m'empêcher de rajouter quelques petites touches supplémentaires. Mon univers à moi, en somme.

 

JR. : L'humain, l'humain ! La femme, la femme !

Y. : Oui ! L'humain est assez nouveau, tout de même, parce que quand j'ai commencé, je m'intéressais essentiellement aux animaux. Par exemple, à cette sorte de lémurien en cep de vigne, cette mésange colorée faite avec des écorces… Progressivement, j'ai cheminé. Cela a été une sorte de genèse. Après les milieux aquatiques, les oiseaux, je suis venu aux humains. Pour le moment, je suis bloqué sur les humains, et je crois que je vais y rester un moment.

 

JR. : Dans vote ethnographie personnelle, c'est une étape qui vous plaît ?

Y. : Voilà ! Il y a moins de bois. Je mets moins de matériaux bruts pour passer à ces choses plus élaborées. Avec davantage de matériaux différents. Ou en transformant des objets. Pour moi, en fait, il s'agit d'assemblages, et non pas de sculptures.

 

JR. : Comment vous sentez-vous relié à l'Art insolite ?

Y. : Pour faire bref, pendant dix-sept ans, j'ai été responsable informatique. J'aurais pu le rester si je n'avais rencontré une directrice qui me détestait au point de me faire démissionner ! Je suis tombé en dépression, avec tout ce que cela implique. C'est alors que j'ai commencé à " bidouiller des petits trucs ". Mais je ne me suis jamais posé de questions, je n'ai jamais eu de réflexion sur mon travail. Même maintenant, je suis très gêné pour en parler, pour expliquer mon travail. Je préfère que les gens le fassent à ma place. Tout ce que je peux dire, c'est que ces créations, les grimaces que font mes personnages… m'ont permis de revivre.

 

JR. : Donc, en fait, c'est par la psychologie, presque la psychothérapie, que vous êtes arrivé dans ce milieu ?

Y. : Oui, tout à fait. En reconstruisant les personnages à partir de morceaux d'objets, j'ai reconstruit les morceaux de ma vie. C'est donc pour moi, en effet, une sorte d'Art-thérapie !

Court entretien réalisé le 17 juin 2007, à Nottonville.

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