DENISE WILLEM, dite " WILLEM, peintre

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : " Willem " est un prénom masculin. Pourquoi avoir choisi votre nom de famille comme pseudonyme et donné ainsi à votre présence artistique une connotation masculine ?

Willem : Justement, j'aime bien ce doute. J'aime bien que les gens ne sachent pas trop s'il s'agit d'une femme ou d'un homme. C'est peut-être mon côté masculin qui m'a dicté ce choix ?

 

JR. : Mais n'y a-t-il pas un peu de nostalgie, à ne pas s'appeler Denise ?

W. : En fait, le problème est que ma mère s'appelle aussi Denise. Et qu'elle peint également.

 

JR. : Comment êtes-vous arrivée dans le circuit de l'Art insolite ?

W. : J'ai connu cette mouvance à Banne, puisque nous habitons tout près. Je me suis dit que j'aimerais bien appartenir à cette famille-là. Il y a plus de vingt ans que je peins, et je n'avais jamais trouvé de " famille " dans laquelle me sentir bien ! Parfois, j'ai fait des expositions avec des gens qui présentaient des paysages ! Je ne me sentais vraiment pas en communion avec eux !

 

JR. : Face à votre travail, j'ai le sentiment d'être devant un monde assez disparate, assez diversifié. Avec cependant une constante, c'est que dans tous vos tableaux, seul le visage vous intéresse et pas l'ensemble du personnage ?

W. : Oui. Le visage. L'âme. J'essaie de tracer, de trouver l'âme. Et pour moi, l'âme est dans la tête.

 

JR. : Il me semble même que vous êtes allée jusqu'à mettre un halo -de sainteté ?- à l'un de vos personnages féminins ?

W. : Oui. Qui est venu " après ". Ce n'est pas moi qui décide, c'est le pinceau.

 

JR. : Sur un autre tableau, vous êtes dans le monde des masques ?

W. : Non, ce sont des visages.

 

JR. : Pour moi, ce sont des masques. Mais si ce sont des visages, que disent-ils ? Parce qu'aucun n'a la même expression.

W. : En fait, je ne sais pas trop ce qu'ils disent. Il faut le leur demander ?

 

JR. : Non, parce qu'autour, vous avez mis des écritures. Et elles sont illisibles ! Le spectateur ne peut donc pas non plus se baser sur les écritures. Il me semble distinguer le mot " Noël " ?

W. : Oui, parce que, quand je peignais le tableau, il y avait un autocollant de Noël qui était resté toute l'année sur ma vitre. Et avec le soleil, j'avais le reflet de l'autocollant sur le tableau. J'ai donc tracé le mot sur le tableau, que j'ai tourné au fur et à mesure.

 

JR. : Revenons vers ce qu'ils peuvent exprimer : L'un me semble très hiératique, comme un bouddha. Un autre exprime l'ironie ; un autre est un peu sceptique ; un autre peut-être l'étonnement, à cause de ses yeux grands ouverts. Mais je n'arrive pas à déterminer l'expression des deux derniers ? Tout de même, quand vous avez peint cinq masques, des masques tellement semblables au point de vue volume, et tellement différents au point de vue expressions, vous aviez sûrement quelque chose en tête ?

W. : Quand je peins, c'est un peu comme une transe. La peinture ressort du plus profond de moi, sans que je me rende bien compte de ce que je fais !

 

JR. : Ailleurs, vous avez placé trois visages. Ou plutôt un visage de chaque côté d'un personnage que je n'arrive pas non plus à définir.

W. : Oui, un visage avec de grands yeux comme des fenêtres bleues. C'est dans l'abstrait.

 

JR. : Trois autres constituent apparemment une série à part ? Bleu, blanc, rouge : est-ce par patriotisme ?

W. : Non ! Je les ai peints en 2007, à un moment où on nous harcelait avec les élections !

 

JR. : L'un semble très nettement féminin. L'autre est masculin. Mais quel est le sexe de celui du milieu ?

W. : Je n'en sais rien. D'ailleurs, ils n'ont pas forcément de sexe ! Peut-être est-il un mélange des deux ? Je les ai également faits très vite. Et il faut se laisser aller ! Chacun peut y voir ce qu'il veut. C'est bien aussi d'avoir une liberté dans l'art. Chacun ressent à sa manière. C'était une petite série que j'avais commencée, mais que je ne continue pas…

 

JR. : Ailleurs encore, je remarque cinq tableaux, sans pour autant comprendre le lien qui les unit ? Et pourquoi des signes chinois ou pseudo chinois ?

W. : J'avais envie de partir en voyage, et je me suis dit que la calligraphie me permettrait ce " voyage " ! Le tout est travaillé comme des radiographies !

 

JR. : Mais quel est la relation avec cet autre personnage qui n'est pas conçu comme les personnages terrestres, qui est certes bien humanoïde, mais qui a l'air de venir d'une autre planète ?

W. : Il n'y a pas de relation, parce qu'en fait, j'ai voulu faire un patchwork, avec un grand nombre de tableaux différents. D'habitude, j'essaie de présenter des séries, mais là j'ai voulu agir différemment. Sur celui que vous évoquiez à l'instant, j'ai voulu faire surgir le rêve.

Sur un autre, j'ai superposé un grand nombre de couches de couleurs lugubres. Au moment de venir à Miermaigne, je l'ai terminé, et maintenant il respire la joie.

 

JR. : Vous trouvez que ce personnage au front semblable à ceux des robots, et avec des dents énormes respire la gaieté ?

W. : Oui. C'est la gaieté retrouvée par rapport à ce qu'il était avant, où il était vraiment sombre !

 

JR. : Vous avez affirmé tout à l'heure, avoir apporté une sorte de patchwork de votre peinture. Comment définissez-vous votre travail ?

W. : J'ai beaucoup de mal.

 

JR. : Quand vous peignez, qu'avez-vous envie de dire ?

W. : C'est mon âme. J'en reviens donc à l'âme. C'est mon moi profond. Ma révolte aussi, contre la société où je ne trouve pas ma place. Mes colères, mes coups de gueule. C'est une chance pour moi d'avoir la peinture pour exprimer tout cela ?

 

JR. : On pourrait donc dire que c'est une peinture au jour le jour au gré de vos humeurs ?

W. : Oui, tout à fait !

Entretien réalisé à Miermaigne, le 21 juin 2008.

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