JOCELYN VIGOUROUX, sculpteur

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Jocelyn Vigouroux, à quel titre êtes-vous à Banne ? Singulier ? Ou contemporain ?

Jocelyn Vigouroux : Je pense m'inscrire complètement dans l'Art singulier.

 

JR. : Qu'est-ce qui vous fait donner cette réponse ? Définissez votre travail ?

JV. : C'est parce que je suis autodidacte. Que mon travail est instinctif. Et puis, la démarche de ma création, mes techniques que je n'ai jamais vues ailleurs, me le font penser.

 

JR. : Il me semble que, dans votre créations, vous avez deux parties : L'une que vous avez tendance à emmener vers l'humain, avec des corps entiers, en particulier pour les petites sculptures. Et puis " des têtes ". Là, vous avez complètement enlevé les corps. Pourquoi ces deux démarches ?

JV. : J'essaie de travailler par rapport aux expressions. Ce que l'on peut exprimer par les traits d'un visage. J'aime focaliser sur les visages qui me permettent de donner la vie à l'œuvre. Il n'y a pas forcément besoin du mouvement des corps.

 

JR. : Justement, dans les sculptures que l'on pourrait dire " entières ", vous supprimez néanmoins le mouvement du corps. Vous leur donnez un mouvement jusqu'à la naissance des membres supérieurs. Comme si le corps ne vous avait pas intéressé. Comme si, seule, la tête vous provoquait ?

JV. : C'est un peu cela pour le moment. Mais cette idée peut évoluer, parce que je cherche sans arrêt. Je peux, peut-être " descendre ", m'intéresser aux jambes, etc.

 

JR. : Mais, dans l'immédiat, pourquoi vous limitez-vous dans cette absence de mouvement ?

JV. : J'ai commencé par des sculptures où je ne mettais que des visages. Et, petit à petit, j'ai voulu ajouter des mains, j'en suis donc venu à des bustes… J'en suis arrivé à un corps...

 

JR. : Vous n'éprouvez pas, actuellement, le besoin d'aller au-delà de ce que vous faites ? Aucune nostalgie pour des corps en mouvement ?

JV. : Non. D'autant que cette absence laisse aux œuvres un aspect un peu brut que j'aime bien.

 

JR. : Pourquoi ceux qui ont des mains, les ont-ils tous dans le dos ? A tout le moins croisées ?

JV. : Peut-être sont-ils en train de réfléchir ?

 

JR. : Vous êtes un récupérateur : vous partez de bois, de paille, de crins… de métal… Les têtes des grandes œuvres ont l'air d'être en bois. Mais les têtes des petites semblent être en terre ?

JV. : Oui. C'est de la terre auto-séchante. J'utilise toutes sortes de matières. Cette terre me convient bien. Je ne suis pas obligé de travailler vite comme je devais le faire au début quand je travaillais le plâtre. Les teintes, aussi, me conviennent bien.

 

JR. : Les vêtements de vos grandes sculptures sont faits également avec cette terre ?

JV. : Non. Avec des boîtes de conserves. Du fer rouillé. Que je patine.

 

JR. : Vos personnages ont tous de grands yeux. La bouche toujours ouverte, parfois en O, mais en tout cas béante. Sont-ils en train de crier ? De parler ? Que disent-ils ?

JV. : Je ne sais pas trop !

 

JR. : D'une façon générale, estimez-vous que votre sculpture est optimiste ? Ou avez-vous le sentiment d'exprimer davantage des idées pessimistes ?

JV. : Je les voudrais plutôt optimistes. Peut-être finalement ont-ils la crainte de quelque chose ? Ou sont-ils simplement étonnés ?

 

JR. : En fait, ils font OH !

JV. : Voilà !

 

JR. : Venons-en à vos portraits. Ils me semblent être dans des boîtes à sardines, même si chacun a sa place. Sont-ils, eux, dans des huis clos ?

JV. : Oui. En fait la boîte ferme toujours l'image. Je les ai placés là pour focaliser plus fortement encore sur le visage.

 

JR. : Mais ces tout petits-là, contrairement à leurs confrères à l'air libre, ont des yeux et un nez, mais pas de bouches. Pourquoi n'ont-ils pas le droit de chanter ou de crier ?

JV. : Ils sont dans leur boîte, hors du monde !

 

JR. : En somme, la vie est au-delà de leur boîte ? Et puis vous en avez qui sont " entre les deux ", plus mobiles que les précédents, en tout cas dans un élan, au lieu d'être statiques comme les précédents ?

JV. : Oui. Ma sculpture est souvent aussi conçue dans le mouvement !

 

JR. : Vous avez, je crois, conservé les couleurs des éléments récupérés ? En fait, vous n'intervenez pas sur la couleur. Mais ces couleurs me semblent toujours très neutres ? Vous n'avez jamais envie de les habiller en rouge, en jaune éclatant… ?

JV. : Pour l'instant, non. Ce que j'aime, c'est travailler la matière brute. Les premières œuvres que j'ai faites étaient d'authentiques assemblages. Je ne voulais pas du tout travailler la matière. Garder les teintes originelles.

 

JR. : Vous continuez donc à garder la patine. Certaines semblent même venir de l'eau ?

JV. : Oui. Plus tard, j'ai un peu travaillé les bois, en les ponçant parfois. Mais toujours en restant dans des matières brutes, à l'état naturel. J'interviens sur les dimensions.

 

JR. : Vous avez aussi des boules de fils de fer barbelés. Sont-elles en relation avec celles que nous venons d'observer ?

JV. : Non. C'est un travail indépendant, que j'ai commencé à explorer.

 

JR. : Mais c'est un travail à connotation beaucoup plus brutale ?

JV. : Oui. Mais qui me plaisait dans ce travail instinctif.

 

JR. : Et que représentent-elles pour vous ? Ce sont des mondes ?

JV. : Elles peuvent avoir toutes sortes de significations ! On est bien dans une boule ! Je préfère cette forme à des carrés, etc. L'idée du nid, de la lampe… un lieu où l'on se sent bien…

Entretien réalisé à Banne le 12 juillet 2007.

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