VERONIQUE DOMINICI, dite VERO-DO, sculpteur

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Jeanine Rivais : Ma première question est (et sera la même pour chacun de vos co-exposants) : Estimez-vous être à Banne au titre d'artiste Singulière ? Ou d'artiste contemporaine ?

Véro-Do : Je n'en sais vraiment rien ! Peut-être à la limite, plutôt artiste Singulière ?

 

JR. : Qu'est-ce qui vous fait pencher plutôt vers l'Art singulier ?

V-D. : C'est que je ne suis pas passée par une école, mais peut-être que je fais un amalgame ?

 

JR. : Oui. Vous confondez " singulier " au sens où chaque artiste se doit d'être singulier, c'est-à-dire original ; et la frange marginale qui s'appelle " Art singulier ". Avant tout, êtes-vous autodidacte ? Et surtout, vous sentez-vous bien au milieu de tous ces artistes qui se situent souvent dans cette marge ?

V-D. : A la limite, je me situerai à la frontière. Je ne crois pas être tout à fait Singulière, et en même temps, je ne crois pas me situer tout à fait parmi les artistes contemporains.

 

JR. : En fait, tout est une question d'état d'esprit : où vous sentez-vous le mieux ?

Quand je regarde votre travail, tantôt je me dis que je suis dans une fête mexicaine, parce que nous avons la mort, le décor, le décorum ; et en même temps, l'envers du décor par votre façon non ordonnancée de placer les œuvres.

V-D. : Oui, c'est cela. En fait, j'ai fait du théâtre pendant dix ans ; et je suis complètement envoûtée par Frieda Kahlo, et tout ce qui tourne autour du Mexique espagnol.

 

JR. : Diriez-vous que vous faites de l'Art-Récup' ?

V-D. : Un peu. Autrement, je ne me préoccupe que du fait que " ça gaze ", et c'est tout. Aujourd'hui, j'ai l'impression, dans mon travail, d'exprimer des sentiments, des émotions plutôt, que j'ai vaincus petit à petit. Il y a donc un travail de récup' mais aussi d'engagement. Par exemple sur le Rwanda… Certaines nouvelles entendues m' " obligent " à créer certaines œuvres.

 

JR. : On peut donc dire qu'à côté de l'aspect cérémoniel, votre travail comporte un côté mémoriel ? Pourtant, ce qui me surprend, c'est le fait que votre mémoire soit " grave ", mais en même temps, que vous vouliez " jouer "… D'où le côté dérisoire de votre travail. L'envie de jouer à partir de cette gravité.

Par exemple, si je regarde le trocart que compose le corps de l'une de vos œuvres, il peut devenir un instrument de torture (même s'il est supposé être utilitaire). Dans le même temps, vous avez des bottes, la tête d'Hitler surmontée d'un tuyau à gaz : cela nous ramène à de tristes réminiscences, mais pas de façon sérieuse : de façon dérisoire…

V-D. : Oui, mais c'est parce que je ne veux pas que le résultat soit trop dur. Je veux me moquer gentiment de mes souvenirs. Que ce soit moins " lourd "…

 

JR. : C'est une façon pour vous de vous re-stabiliser ?

V-D. : Sûrement ? Sûrement ! Si vous regardez mon Rwandais, je l'ai fait assez doux, parce qu'en dehors de ce qu'implique ce personnage, il fallait en même temps qu'il ait un côté esthétique et drôle.

 

JR. : On peut donc dire que votre travail a un côté psychologique évident ; mais en même temps que c'est un exutoire, une façon de libérer ce qui est en vous et qui est trop lourd à porter. C'est donc une sorte de psychanalyse que vous pratiquez ?

V-D. : Peut-être ? Pourquoi pas ? Oui. Parce que je trouve que la vie n'est pas toujours rose ! Si je pense à Massoud… la folie du monde me touche ; la faim dans le monde me touche… j'ai donc envie d' " envelopper " tous ces soucis.

 

JR. : En même temps, je trouve que votre œuvre a un côté rétro : Diriez-vous qu'elle appartient au passé ?

V-D. : Je dirai qu'à part un ou deux exemples, il s'agit d'histoires personnelles qui se terminent en queue de poisson ! Parfois, je veux m'amuser un peu !

 

JR. : Y a-t-il, dans votre œuvre, un aspect que vous auriez aimé évoquer et que je n'ai pas vu ? J'en reviens à l'idée de fête mexicaine qui m'a été suggérée par ce squelette qui côtoie vos œuvres.

V-D. : Oui, comme je l'ai dit au début, je suis très admirative de Frieda Kahlo et de tout ce qui touche à la civilisation espagnole. Je crois que ce squelette est une façon de dédramatiser la mort ?

 

JR. : Se familiariser avec elle. En faire une sorte de compagne ?

V-D. : Oui. De sorte que, le jour où elle arrive, on est déjà habitué.

 

JR. : Vous philosophez ainsi parce que vous êtes toute jeune !

V-D. : Peut-être ? Qui sait ?

Entretien réalisé à Banne le 31 avril 2008.

 

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