CHANTAL VANDEGINSTE, peintre et sculpteur

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Votre nom est singulier ! Vous êtes d'origine hollandaise ?

Chantal Vandeginste : Non, je suis née à Roubaix, dans le Nord.

 

JR. : A voir vos œuvres, peut-on dire que vous " roulez pour nous " ?

Ch V. : Oui, mais surtout pour moi ! J'ai arrêté voici quelques années de rouler pour les autres !

 

JR. : Comment définissez-vous votre travail ?

Ch V. : Au départ, c'était totalement un retour aux sources, un retour vers moi, et c'était très thérapeutique. Mes œuvres m'accompagnent totalement dans mon évolution personnelle. Je viens de faire ces gros boulets, et la fille rit, parce qu'elle se rend compte qu'elle n'est pas vraiment enchaînée. Il suffit qu'elle soulève le pied, et elle sera totalement libre.

 

JR. : Cela apparaît au premier regard, mais vous confirmez que votre œuvre est lourde de psychologie, presque de psychiatrie. A la limite, elle est même très violente. Comme par exemple ce loup et cet aigle ! Certes, vos personnages rient, mais il y a toujours le danger autour d'eux, et souvent très proche.

Ch V. : Oui. Chacun vit une liberté chèrement conquise. A défendre au quotidien. J'ai fait une formation d'art-thérapeute.

 

JR. : Vous êtes donc heureusement non pas du côté de la pelle, mais de celui du manche !

Ch V. : Il n'y a plus de bourreau, plus de victime, plus non plus de sauveur ! Je suis du côté de l'élan vital, de la vie, de la couleur ! Du mouvement. C'est tout cela qui s'est réveillé en moi.

 

 

JR. : Vos œuvres sont très colorées. Mais ce sont souvent des couleurs très morbides. Et je me demande si je dois vous suivre sur le chemin de l'optimisme ? Ainsi, la petite fille que vous évoquiez tout à l'heure : Vous me dites qu'elle se sent un peu libre. Mais elle est tout de même toujours attachée, à un gros boulet noir. Elle a des chaussures rouges comme le sang : ces couleurs ne sont pas des couleurs de la libération !

Ch V. : Ce sont des couleurs tranchées, primaires. Le rouge est le sang, mais c'est le sang de la vie. C'est une prise de conscience, un éveil. J'inscris " artiste d'éveil " sur mes cartes. Effectivement, ce n'est pas le côté guilleret de la vie. C'est la vie et la mort. Il n'y a pas de vie sans la mort. C'est la vie-mort-vie.

 

JR. : N'est-ce pas plutôt la vie et la souffrance ?

Ch V. : Non non non ! Il s'agit de donner du sens à l'ombre. La souffrance n'est pas là pour rien. On ne peut pas faire l'économie de la souffrance, mais c'est pour rire. J'ai ri beaucoup, après avoir beaucoup pleuré.

 

JR. : Si maintenant vous riez, c'est l'essentiel.

Ch V. : Il y a la mue d'enfant…

 

JR. : Qui devient adulte ?

Ch V. : Qui devient adulte, et a laissé sur le tronc de l'arbre son ancienne mue. C'est cela, la vie pour moi !

 

JR. : Mais c'est assez fréquent dans les cas de schizophrénie, de quitter son corps et se retrouver ailleurs ?

Ch V. : Dans mon esprit, ce n'est pas de la schizophrénie qui est pour moi tout noir ou tout blanc. Pour moi, la vie ce n'est pas cela. C'est un changement permanent. La seule chose qui ne change pas, c'est que cela change tout le temps !

 

JR. : Et quand vous faites intervenir Dali dans une de vos œuvres, qu'ajoute-t-il pour vous ?

Ch V. : J'ai fait cette œuvre juste après être allée à Cadaquès ; et avoir vu le Musée Dali qui m'avait fascinée. J'ai beaucoup aimé le contraste entre sa vie publique et sa vie privée. Les deux n'ont rien à voir ! J'ai beaucoup aimé la sincérité de sa maison très simple, très apurée, son jardin secret. Tout cela me parlait de moi, de ce que j'ai vécu à cette époque-là.

 

JR. : Comment vous sentez-vous rattachée à l'Art insolite ?

Ch V. : C'est surtout l'Art singulier : être soi ; exprimer " qui " l'on est vraiment à travers son art ; sans aucun filtre. En toute authenticité.

Court entretien réalisé le 16 mai 2007, à Nottonville.

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