JEAN-PAUL VACHER sculpteur

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Jean-Paul Vacher, Art singulier ou Art contemporain ?

Jean-Paul Vacher : J'essaie de ne pas mettre trop de classifications dans les arts. S'il fallait me situer vraiment, je dirais que je fais de l'Art brut, puisque je laisse les matériaux bruts.

 

JR. : Laisser vos matériaux bruts n'implique pas que vous fassiez de " l'Art brut " au sens où l'entendait Dubuffet !

J-P.V. : Si, je laisse les matériaux bruts, naturels. Je ne suis jamais allé dans une école d'art. Je laisse venir tout seul le processus de création qui se met en route avec mes objets.

 

JR. : Comment définissez-vous vos œuvres : des sculptures, des compositions ?

J-P.V. : Des assemblages. Les assemblages sont venus après une autre période. J'ai commencé par la peinture. J'ai arrêté mon travail à 50 ans, parce que je me suis dit que ce n'était pas à 60 ans que j'allais me mettre à faire des choses intéressantes. Je me suis retrouvé avec beaucoup de temps libre, et la possibilité de faire ce que je voulais. Je me suis mis à la peinture classique. Traditionnelle pour commencer. J'ai fait cela pendant deux ans, et j'ai ainsi appris les techniques de base. Puis je suis passé à l'abstraction. J'ai commencé à prendre beaucoup de plaisir. J'ai cherché à ce moment-là à travailler sur différentes matières, pour acquérir des techniques. Jusqu'au jour où j'ai inclus un objet sur une toile, qui a été le départ de ce que je fais aujourd'hui.

 

JR. : Peut-on conclure que c'est parce que vous ayez collé cet objet sur un fond abstrait, que les rares fois où il reste un fond sur vos assemblages actuels, il est non signifiant ?

J-P.V. : C'est exactement cela. En fait, les règles sont les mêmes que pour la peinture. Les règles de composition, d'harmonies de couleurs…

 

JR. : Diriez-vous que vous êtes un récupérateur ?

J-P.V. : Forcément, puisque la base de mes compositions est formée d'objets d'autrefois. Il faut que j'aie un coup de cœur avec l'objet qui va servir de point de départ au coffret. Ensuite, je bouche les trous comme dans toute composition.

 

JR. : Pourquoi ce parti pris de les enfermer dans une boîte que, par ailleurs, vous ouvrez ? Ce qui génère un paradoxe.

J-P.V. : Tous mes objets sont des objets anciens. Qui me ramènent donc au monde de l'enfance. A ce temps proposant tout le côté trésor, grenier, objets anciens découverts dans des coffres. Je me souviens que tout petit, quand j'étais malade, je demandais toujours à ma mère, sa boîte à bijoux. C'était une boîte en bois, avec des colifichets. Mais pour moi, c'était " le trésor ". C'est ce que j'essaie de retrouver et de faire partager.

Par ailleurs, je suis collectionneur d'Art africain, et l'on retrouve dans mes assemblages beaucoup de thèmes fréquents dans ces sculptures. Par exemple, la pêche, etc.

 

JR. : D'où la petite connotation tribale de certaines de vos œuvres ?

J-P.V. : Tout à fait. J'essaie de faire ressortir mes propres passions. Celle pour les arts africains ne remonte pas très loin, mais c'est une passion dévorante.

 

JR. : Pratiquement, dans toutes vos œuvres, vous revenez vers l'humain, une tête en particulier. Plus rarement, des personnages entiers.

J-P.V. : Souvent, ce sont des histoires que je raconte. Je donne un titre qui peut mettre le spectateur sur la voie. Comme par exemple : " Ombre et lumière ", qui propose la notion de l'homme et de la femme, côté sombre et côté clair. " La féria " que j'avais d'abord appelé " Le Dieu de la savane ". Mais ensuite, j'ai ajouté dessus une tête de taureau, ce qui a généré l'animal entier. " La Négresse blonde ", " La leçon de solfège " où la boîte est habillée avec une partition, etc.

 

JR. : La plupart du temps, quand vont boîtes ont un couvercle, celui-ci est " à part " du personnage. Il n'en fait pas partie. D'autre part, chaque personnage d'un couple a son espace propre. Qu'est-ce qui vous a donné l'idée de les exprimer ainsi dans leur entier, de façon très sophistiquée. En même temps, certaines suggèrent un enfermement que ne donnent pas les autres…

J-P.V. : Pas d'enfermement. Mais pour répondre à votre question, il peut arriver qu'un format inhabituel me crée des contraintes techniques. Il faut donc prévoir des personnages très en longueur, les placer sans abîmer les objets de départ, et vérifier que tout tombe parfaitement dans ce cadre imposé.

 

JR. : Quand vous fermez le coffre, vos personnages s'aiment pour l'éternité ?

J-P.V. : Oui. Ils s'embrassent !

 

JR. : Pour d'autres couvercles, vous travaillez de façon très géométrique, avec de petits éléments verticaux travaillés sur des horizontales ?

J-P.V. : C'est toujours l'objet qui décide pour moi. Il n'y a pas un côté principal et un côté secondaire. Par exemple, si je mets une vieille gravure qui donne en général le thème du coffret, c'est comme dans un carnet, où on ajoute une page supplémentaire pour expliquer le thème.

 

JR. : Vous avez parlé de matériaux récupérés. Vous récupérez en somme des matériaux durs, et des fibres qui vous servent à adoucir un peu l'ensemble.

J-P.V. : C'est une voie nouvelle qui s'ouvre à moi, parce que j'ai de plus en plus de mal à trouver de beaux objets dans les brocantes. J'ai donc fait les premiers essais avec des végétaux, exotiques ou de nos régions.

 

JR. : Revenons à ce taureau que vous avez évoqué il y a un moment : il est le seul à transgresser ses limites, puisqu'il est à la fois dans et hors du coffret.

J-P.V. : Toutes mes pièces sont un peu évolutives. Le taureau a évolué ainsi. Les pièces s'adaptaient très bien les unes aux autres.

 

JR. : Dans l'ensemble, où puisez-vous votre inspiration ? Dans la mythologie ? Dans les contes africains puisque vous dites être féru d'Art africain ?

J-P.V. : Un peu tout ce qui touche à l'histoire des civilisations. Déjà dans ma peinture, j'ai travaillé sur le thème de l'écriture… Des réminiscences de civilisations anciennes… Ce qui m'a permis d'inventer une écriture, de faire des tablettes oubliées... Notamment la civilisation africaine, où les symboles sont très riches : les ancêtres, les divinités, tout ce qui touche à la sorcellerie… les guérisseurs…

 

JR. : Vous diriez donc que vos œuvres sont autant d'étapes de votre " tour du monde " ?

J-P.V. : Que je n'ai jamais fait, mais par mes œuvres, je peux voyager…

 

JR. : Ce sont donc vos fantasmes, vos rêves ?

J-P.V. : Oui.

Entretien réalisé à Banne, le 12 juillet 2007.

 

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