S. TEREZ, peintre et sculpteur

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Pouvez-vous nous dire si vous êtes à Banne au titre d'artiste Singulier ? Ou contemporain ?

S. Terez : Je ne suis pas sûr d'être le mieux placé pour répondre à cette question ? Je ne me la pose pas. Je ne sais d'ailleurs pas trop ce qu'est l'Art singulier…

 

JR. : Disons alors, que vous êtes très proche de la Bande dessinée, à la fois par votre peinture et votre sculpture. Pourquoi tous vos personnages sont-ils " Wanted ", recherchés ? Ils ont tous l'air si gentils !

ST. : Au contraire, ils sont tous très méchants ! Il y a le Pourri de Bavia, qui est l'exterminateur pandémiste…

 

JR. : Mais dans cette liste de gens recherchés, tous n'appartiennent pas au même monde : ils sont tous animaux, certes ; mais certains sont plus microbiens que d'autres ?

ST. : Voilà ! Ils ont tous un mode d'action différent…

 

JR. : Mais alors, où est l'homme qui est obligé de se défendre ?

ST. : Il y a parfois des humains, un groupe de danseurs, un couple d'amoureux… C'est essentiellement un bestiaire, mais je fais maintenant des personnages humains. Je les mets dans des petites saynètes.

 

JR. : Quant à vos accrochages, les appelez-vous " peintures en reliefs " ou " sculptures plates " ?

ST. : Pour moi, c'est de la sculpture.

 

JR. : Donc, vos affiches sont un additif et non pas une partie de la sculpture ?

ST. : C'est le support. On pourrait aussi appeler ces sculptures des bas-reliefs. Dans mon travail, il y a pratiquement toujours un texte qui accompagne la sculpture. Et le tableau qui est derrière est le support du texte qui accompagne la sculpture.

 

JR. : Il me semble que vous devez vous amuser beaucoup. Que votre monde est extrêmement ludique, presque enfantin. N'était que vous voulez donner un contexte adulte contemporain à vos œuvres, on pourrait dire que vous appartenez au monde de l'enfance ?

ST. : Oui. J'ai des enfants en bas âge, ce qui m'entraîne beaucoup. Et puis c'est mon propre monde enfantin qui ressort. Un monde très coloré. En fait, j'ai envie de montrer des choses amusantes.

 

JR. : En même temps, vous enfoncez vraiment le clou, en utilisant des peintures que les expressions anciennes traduisaient parfaitement : " bleu charrette ", " bonbon rose ", etc. Les expressions sont maintenant pratiquement disparues, mais vous avez gardé les couleurs !

ST. : Oui. Il faut qu'elles soient vives, contrastées…

 

JR. : Pourquoi vos personnages ont-ils tous des yeux exorbités. Sauf cette tête de mort qui est toute en creux ?

ST. : Elle a perdu ses yeux ! Par ce procédé, c'est la BD qui ressort, les gros yeux, qui expriment les caractères de façon très démonstrative. Ou encore le dessin animé.

 

JR. : La plupart de vos œuvres sont installées en " rangs d'oignons " (décidément, les expressions anciennes conviennent très bien à votre travail !). Par contre, vous les installez parfois sur une petite scène, comme cet homme et cette femme en train de se battre !

ST. : Non, ils sont en train de s'embrasser !

 

JR. : Mais comme ils n'ont pas les bras pour s'étreindre, leur relation n'est pas très évidente !

ST. : En fait, l'homme et la femme ne sont pas vraiment faits pour s'entendre ! Ce sont les attributs de la BD : le cœur qu'elle a jeté, dit qu'elle est en train de penser à des amours ; lui aurait des idées plus cochonnes !

 

JR. : Vous voulez aussi parfois être un peu militant : Car vos coureurs ne me semblent pas très " comme il faut " !

ST. : En effet, le gagnant a une seringue plantée dans la cuisse pour l'aider. Donc, il gagne, c'est plus facile pour lui, tandis que l'autre derrière traîne et tire la langue parce qu'il est réglo.

 

JR. : Vous voulez donc dire que sous l'aspect ludique de votre travail, de temps en temps vous revenez à la quotidienneté ?

ST. : Oui, de plus en plus.

 

JR. : Vous quittez donc progressivement le côté " jouet " de votre travail, pour en venir à des petites scènes démonstratives ?

ST. : Oui. Et cela me plaît beaucoup. Je veux rendre mes œuvres plus critiques, plus satiriques. Il y a un délinquant sexuel ; le chat de ma voisine que j'aimerais bien zigouiller parce qu'il fait tellement de bruit… des idées plus ancrées dans le quotidien.

 

JR. : Pourquoi le parti pris des animaux, dans cette série de " Wanted " ?

ST. : Je ne suis pas le premier à l'avoir fait ! C'est plus ludique. Cela permet, comme l'a fait La Fontaine, de faire une critique de la société en utilisant des animaux pour représenter des humains. J'ai ainsi mon Nez-Risson, encore appelé " Haut-sur-Pattes ", " Tête d'Ahuri " ou " Long-tarin ". C'est un principe de l'évolution des espèces : il voulait de longues pattes pour traverser la rue plus vite. Le problème c'est que son nez a poussé lui aussi !

 

JR. : En fait, la sculpture ET la lecture sont indissociables ?

ST. : Oui.

Entretien réalisé à Banne, dans la salle de la Mairie, le 11 juillet 2007.

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