SYLVAIN ET GHISLAINE STAELENS, sculpteurs d'œuvres communes

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : " Les Staelens ", faut-il dire. Depuis que nous nous sommes connus au Printemps des Singuliers, je trouve que votre travail a vraiment évolué. Il me semble que vous êtes passés de la notion d' " œuf " ou de " nid " que nous avions évoquée ensemble, à l'impression que désormais ils ont éclos ou se sont ouverts. Comment définissez-vous votre travail ?

Ghislaine Staelens : En effet, au départ, nous faisions des formes abstraites. Mais maintenant, des personnages sont sortis de ces formes. Nous sommes vraiment attirés par les crucifix, chose qui était impensable avant. Nous avons également réalisé des bas-reliefs, et une multitude de personnages qui sont venus hanter notre travail.

 

JR. : Et qu'est-ce que cette notion de crucifix ou de personnages misérabilistes vous apporte ? J'en vois un qui est entouré de ce qui semble une couronne d'épines…

GS. : Celui que vous évoquez est dans ou devant ce qui peut être un miroir, une couronne, un cadre. Il est une sorte de momie, entre la vie et la mort.

Sylvain Staelens : Celui-là est vraiment morbide. Nous avons arrêté les personnages que nous voulions amusants, pour en venir à d'autres beaucoup plus graves.

 

JR. : Vous donnez maintenant à votre création une connotation religieuse. Par contre, il y a un autre sculpteur, Strubel, qui fait des crucifix depuis tellement d'années, que les vôtres semblent directement inspirés des siens. Il me semble que vous devriez plutôt aller vers des formes plus personnalisées ; qui vous séparent de celui que tout le monde a en tête.

SS. : Mais en fait, nous ne connaissons pas son travail. Ceci est bien le nôtre.

GS. : En fait, nous avons une fois aperçu ses œuvres sur Internet, mais nous ne savons pas du tout dans quel esprit il travaille ?

SS. : Comme vous le disiez tout à l'heure à propos des nids et des cocons, nos personnages sont simplement sortis.

 

JR. : Oui. Ce qui est remarquable, c'est que, de ce fait, vous avez humanisé votre travail. Quelle que soit la sculpture, il y a toujours un ou plusieurs personnages.

Mais vous n'avez pas répondu à ma question. A savoir ce que vous apporte la création de ces crucifix qui donnent une connotation religieuse à votre travail ?

SS. : Mais les grandes œuvres que nous faisions au début étaient déjà, dans notre esprit, des objets religieux. Nous avons toujours travaillé dans cet esprit.

GS. : En fait le " squelette " de tous nos objets sont une croix. Des sortes de fétiches, tout ce qui se rapproche du religieux. Nous parlons en fait de la souffrance humaine.

SS. : Tout ce qui tourne autour de la religion occidentale, puisque nous sommes à fond dedans. En Auvergne où nous habitons, il y en a vraiment beaucoup. De notre salle de bain, nous avons vue sur une énorme croix.

 

JR. : Pas de changement dans votre démarche : toujours un travail en commun ?

GS. : Toujours un travail à quatre mains : l'un travaille, l'autre prend le relais. Ou bien nous continuons ensemble… C'est vraiment une préoccupation commune pour le bien de l'œuvre.

 

JR. : Ma deuxième question est : Comment vous rattachez-vous à l'Art singulier ?

SS. : Nous ne savons même pas si nous faisons partie de l'Art singulier ou de l'Art contemporain. En fait, nous ne connaissions pas du tout l'Art singulier. Notre première exposition que vous avez évoquée plus haut, a été dans le monde des Singuliers.

 

JR. : Avez-vous essayé d'exposer dans des milieux d'Art contemporain, et est-ce que vous vous y sentez aussi bien ? C'est le seul problème, en fait.

SS. : Oui. Tout à fait. Tant qu'il y a des gens engagés, impliqués, cela nous convient.

 

JR. : Des lieux où vous retrouvez la même implication psychologique, même parfois plus… Les avez-vous trouvés ?

GS. : Non. Pas encore. Le milieu singulier a quelque chose de particulier. Il est commun à notre chemin de vie, à notre passé. Nous y retrouvons des amis artistes.

SS. : Je pense que dans les milieux abstraits ou expressionnistes, il y a aussi des artistes complètement frappés. Ceci dit, nous sommes bien parmi les Singuliers.

GS. : Oui. Nous n'avons jamais rencontré des gens comparables à ceux des Singuliers. Les artistes rencontrés chez les Contemporains n'ont pas la même folie.

Entretien réalisé le 17 juin 2007, à Nottonville.

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