JULIA SISI, peintre

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Julia Sissi, vous êtes espagnole, vous venez donc de très loin, pour participer à cette exposition d'Art insolite. Je voudrais que vous définissiez votre travail ?

Julia Sisi : Je n'aime pas beaucoup " penser sur " mon travail. Je dirai que c'est un travail spontané. J'aime dessiner plus que tout. Je dessine sans travail préparatoire. Peu à peu, le dessin commence à composer une histoire personnelle. Par exemple, l'une de mes toiles me représente avec mes deux sœurs ; sur une autre sont mes parents. Je veux que ce soit chaque fois une histoire personnelle, mais que cela devienne une histoire universelle.

 

JR. : Ce qui est surprenant dans votre personnage, c'est que vous avez trois paires d'yeux, et trois paires de bras, comme si vous étiez encore un peu différenciées. Puis, vous arrivez à un corps unique. Vous entrez donc d'un seul coup dans une sorte d'osmose complète, comme si chacune n'avait pas une personnalité propre, mais uniquement une personnalité par rapport à ses deux sœurs.

JS. : Le problème est que l'une de mes sœurs est morte lorsqu'elle était toute petite. Et on m'a ensuite donné le même nom. J'ai eu la sensation de vivre " ma " vie et " sa " vie. Peut-être est-ce ce que j'ai voulu exprimer dans ce tableau ?

 

JR. : Et ce personnage qui hurle entre vos jambes ?

JS. : Ce personnage-là n'est pas volontaire !

 

JR. : On peut donc imaginer que le drame exprimé " en haut " du tableau, sort par " le bas " ?

En tout cas, vos tableaux sont tous conçus sur une même construction : un personnage central, presque hyperréaliste, et néanmoins imaginaire. Parfois, on peut penser qu'il s'agit d'un insecte ou d'un animal avec deux oreilles, genre cheval, etc., ce qui semble dégénérer (sans que ce mot soit péjoratif) dans la fantasmagorie ?

JS. : Oui. Peut-être. Je le fais, mais je ne cherche pas à travailler en ce sens. J'agis au hasard. Et seulement après, je vois que les dessins ont presque toujours une scène centrale, parfois avec seulement le visage, d'autres fois avec tout le corps.

 

JR. : Avec " Notre mère à tous ", vous allez encore plus loin : ce qui serait les écailles de cette espèce de monstre est en fait formé de multiples têtes : ce sont donc tous les petits personnages qui naissent de cette mère ?

JS. : C'est l'humanité. Je pense que l'humanité est quelque chose d'infiniment mauvais sur la terre. Je pense que nous sommes trop sur la terre. Et cette mère se comporte comme si elle voulait qu'il y ait toujours plus de gens. Peut-être suis-je un peu asociale, pour trouver qu'il y a ainsi trop de monde ? Je n'ai pas eu d'enfants, je n'en ai jamais voulu !!!

 

JR. : Venons-en à la deuxième question : Comment vous rattachez-vous à l'Art insolite ?

JS. : C'est tout simple. Longtemps, j'ai dessiné. Et un jour, sur Internet, j'ai vu les dessins d'une autre personne, un vieil artiste. Il était un peu plus naïf, et il faisait partie d'un groupe de Folk Art américain ! Je me suis exclamée : " C'est ça ! C'est ça ! " C'était l'esprit dans lequel je me retrouvais. J'avais déjà exposé avec des artistes contemporains ; et je ne m'y trouvais jamais bien parce que c'est un art plus raisonné, ils ont des messages. Ils demandent toujours ce que l'on a voulu dire. C'est pourquoi, quand j'ai vu le Folk Art américain, j'ai tout de suite senti la parenté avec le mien. J'y sentais la liberté. J'ai contacté des Américains, j'ai été invitée à un Festival de Folk Art à New-York, puis à Atlanta où se déroule le festival le plus important. Je connaissais donc désormais beaucoup d'artistes et de collectionneurs américains. Et je me sentais parfaitement bien avec eux.

Alors, je me suis dit qu'il fallait que je connaisse aussi des artistes d'Europe. Et je me sens bien ici. J'aime le travail de beaucoup des autres exposants. Le contact est excellent.

Court entretien réalisé le 17 juin 2007, à Nottonville.

Un autre compte-rendu de festival

 un autre artiste