PASCALE SEGUIER, peintre

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Pascale Séguier, pouvez-vous nous définir votre travail ?

Pascale Séguier : J'ai du mal à le définir, parce qu'en fait, je m'exprime en peignant, en dessinant. C'est donc du visuel. Après, les gens voient sans doute des choses différentes. Je dirai que la priorité, c'est l'émotion. Je peins mes émotions.

 

JR. : Il me semble que la priorité, c'est également l'humain.

PS. : Oui, l'humain et l'émotion. J'essaie de marier émotion et technique, tout en veillant à ce que la technique ne tue pas l'émotion. Ce n'est pas toujours évident. Mon travail est très gestuel, donc rapide, et ce n'est pas toujours évident. Je ne reviens pas toujours sur mes toiles. Je pense souvent à cette phrase qui dit : " J'aime la règle qui corrige l'émotion ". Je suis d'accord qu'il est indispensable de suivre une règle, mais que l'émotion…

 

JR. : Mais je dirai que la règle n'est pas du tout évidente dans votre travail : par exemple, vous laissez les coulures. Les laissez-vous par choix technique ou parce qu'elles renforcent l'émotion ? Je vois par exemple deux petits personnages avec un cœur entre eux. Il y a donc du drame. Or, entre ces deux personnages, il y a des coulures qui vont tomber sur quelque chose qui peut les rattacher au quotidien : une voiture. Mais ceci est mon interprétation : comment, vous, rattachez-vous cet ensemble ? Pourquoi laissez-vous les coulures ?

PS. : Je le fais, parce que si je regarde mon tableau fini, et je trouve qu'il fonctionne bien, je n'y touche plus jamais. Je n'analyse jamais sur le moment les raisons de ma démarche. C'est difficile d'en parler !

 

JR. : Mais vous en parlez très bien. Sur cette même toile, je trouve que vous avez cumulé tout ce que je pourrais dire de votre travail, à savoir qu'il y a une certaine sophistication : le soin apporté à la chevelure de la femme qui est entièrement de confetti. Et puis, tout se passe comme si vous aviez ajouté de petits épisodes de sa vie : elle qui est grande, belle, épanouie, semble revoir des épisodes qui, finalement, ne semblent pas très heureux.

PS. : C'est possible, mais je ne réfléchis pas, je ne prévois rien. J' " écris " ce qui me vient, je le fais… Ensuite, je corrige ce qui techniquement ne me semble pas bon, mais je ne réfléchis pas à l'interprétation de mes toiles. Je laisse sortir, et je passe après à une autre.

Je n'aime pas donner un titre à mes oeuvres, parce que j'ai exprimé quelque chose, mais les gens ne sont pas forcément de la même sensibilité : il y a mon vécu, mon histoire, auxquels les gens raccrochent leur vécu, leur histoire…qui ne sont pas les mêmes.

 

JR. : Et comment estimez-vous vous rattacher à l'Art insolite ?

PS. : Une chose est sûre, c'est qu'une peinture qui part de l'émotion est pour moi une peinture hors-normes, parce qu'elle laisse sortir des sentiments que je n'ai pas forcément envie d'exprimer.

J'ai créé un terme qui vaut ce qu'il vaut, mais tout de même, je l'ai déposé, parce que je ne l'ai vu nulle part ailleurs : l' " expulsionnisme ".

 

JR. : Oui, mais ce terme implique une violence à rejeter ce qui est en vous.

PS. : Mais pour moi, peindre est douloureux. Montrer mon travail, également. Et il est certain que par ma peinture, je fais sortir des choses qui " ont besoin " de sortir. Je suis donc expulsionniste !

Court entretien réalisé le 16 mai 2007, à Nottonville.

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Quelques jours après ce festival, Pascale Séguier écrivait ces quelques lignes :

 

" J'ai mis un lien vers votre site que j'apprécie beaucoup, très riche, très "nourrissant". J'ai pu formuler le pourquoi des coulures sur mes toiles: parce que nous coulons tous.... mais sans doute ne vous ai-je pas fait cette réponse optimiste lors de l'interview car il y a autant d'espoir que de désespoir dans mes toiles, et après tout, n'est-ce pas ce que préconisait Dubuffet? ... quelque chose qui fait un peu peur, et quelque chose qui fait un peu sourire, le tout dans la même toile? A bientôt, je suis rentrée dans le Collectif Singul'Art... " Pascale

 

 

 

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