EMMANUEL SCHAMMELHOUT, sculpteur

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Emmanuel Schammelhout, je voulais commencer notre entretien en regrettant que vous ne mettiez pas mieux en valeur vos si beaux échiquiers. En les présentant comme vous le faites, à même le sol, vous les rendez difficilement " visibles ". Hier soir, j'ai donc fait ce que ne peut pas faire le public, je me suis mise à quatre pattes devant, pour les admirer image par image. En les présentant ainsi, ils ne sont vus qu'en plongée et le spectateur n'a pas la vision de ce que sont vos personnages. C'est dommage !

Emmanuel Schammelhout : Je les présente par terre parce que je n'aime pas les socles. Si je prends des tablettes, que j'ajoute des tissus, etc. tout cela ajoute de l'isolement. Je les préfère au sol.

 

J.R. : Certes, mais c'est au spectateur que vous devez penser, qui lui, aimerait profiter pleinement de votre création. D'autant que vous créez la surprise : vos échiquiers témoignent d'une vraie rigueur, et avec votre allure de pêcheur de crevettes, vous êtes totalement antithétique de votre œuvre ! Expliquez-nous cette différence entre " le " personnage et " les " personnages.

E.S. : Je n'ai vraiment aucun commentaire à faire ! Je suis comme ça…

 

J.R. : Pourtant cela ne me semble pas innocent ! A vous voir, vous semblez détendu, décontracté. Alors que votre travail implique une extrême concentration, une précision de chaque instant.

E.S. : Je n'ai pas de réponse. Tout ce que je peux dire, c'est que cet ensemble fonctionne très bien.

 

J.R. : Je ne suis pas joueuse d'échecs, et je le regrette, parce qu'un vrai joueur a sûrement une appréciation plus proche de votre travail. Vous avez mélangé pour vos personnages, animal, végétal et humain. Comment les déterminez-vous : prenez-vous, par exemple le parti pris que les rois soient végétaux, les reines humaines, etc. ? Ou est-ce aléatoire ?

E.S. : Je ne sais jamais d'emblée quel personnage je vais faire. A part les tours qui prennent vite des allures de tours, je commence sans savoir si ce sera un roi ou un autre personnage.

 

J.R. : Est-ce que l'on peut vraiment jouer avec vos jeux ? Comme les pièces en sont de plusieurs couleurs ?

E.S. : Oui, oui. Un vrai joueur d'échecs peut s'y retrouver ! Mais en fait, je ne les crée pas vraiment pour jouer.

 

J.R. : Ce sont donc des jeux de fantaisie !

E.S. : Même pour certains jeux, j'ai collé les pièces sur l'échiquier. En fait, j'ai fait une bêtise, il me manque des cases vides.

Echiquier (détail).

 

J.R. : Ce qui me semble aussi empêcher de jouer dessus, c'est que pour certains, les cases proposent, comme les pièces, une grande variété de couleurs, et non le sacro-saint duo habituel ?

E.S. : Oui. Mais un vrai joueur peut jouer partout ! Et puis, en procédant ainsi, je crée un mouvement sur l'échiquier.

 

J.R. : Donc, en plus d'une technique à toute épreuve de joueur d'échec, il faudrait développer une stratégie de remplacement des cases ?

Revenons à une question à laquelle vous n'avez pas répondu : celle du choix volontaire ou aléatoire des humains, végétaux ou animaux, pour les pièces de vos échiquiers ?

E.S. : J'essaie en général de faire les pions plus petits. En fait, je ne choisis rien a priori. Je réalise une ou deux pièces, puis peu à peu, l'idée se précise de la façon dont je vais faire l'échiquier. J'essaie d'avoir un maximum de variations dans les pièces, un maximum de fantaisie.

 

J.R. : Donc en fait, vous réagissez davantage en sculpteur qu'en joueur d'échecs ? Vous avez toujours fait des échiquiers ?

E.S. : Non. C'est un thème. Mes premières céramiques étaient des lapins.

 

J.R. : Ils étaient beaucoup plus réalistes que les animaux de vos échiquiers qui sont, eux, plus fantasmagoriques.

E.S. : Le roi, comme dans les vrais jeux d'échecs, a toujours une croix.

 

J.R. : En fait, vous avez quitté le réalisme pour en arriver à la fantasmagorie ?

E.S. : Oui. Mais notez tout de même, que sur les premiers jeux que j'ai faits, les pions étaient des lapins ! Sur un autre, ce sont des oiseaux.

 

J.R. : Ce doit être très jubilatoire, de travailler ainsi sur ces petites sculptures, en supputant l'endroit de l'échiquier où vous allez tour à tour les ajouter ? D'autant qu'en raison de leur petite taille, il y a une proximité avec le travail que vous n'aviez pas avant ? Vous voilà presque dans le monde de la miniature.

E.S. : Oui. C'est amusant. Il y a une foule de détails très petits qu'il faut ajouter.

 

J.R. : Est-ce que les questions que je vous ai posées, vous conviennent, moi qui suis complètement profane en matière de jeux d'échecs ? Ou bien voulez-vous ajouter quelque chose que nous n'aurions pas dit ?

E.S. : Pour moi, les conditions idéales de présentation de mes jeux d'échecs, seraient de les présenter avec mes peintures. Parce que je peins également. Et que mes peintures abordent également la thématique échiquéenne.

 

Entretien réalisé le Samedi 20 mai 2006, à l'Ancienne Abbaye de Saint-Galmier, dans le cadre de " Céramiques insolites ".

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