GIOVANNI SCARCIELLO , sculpteur

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Giovanni Scarciello, vous semblez d'origine italienne, mais vous n'avez aucun accent ?

Giovanni Scarciello : Je suis arrivé en France à l'âge de six ans.

 

JR. : Votre travail de sculpture est-elle, comme il semble, de la récup' totale et totalement métallique ?

GS. : La récup' n'est pas le seul élément : il y a de la forge, de la soudure, de l'assemblage… un peu de fabrication parfois, si je ne trouve pas les pièces que je veux. Sinon, je reste dans un état d'esprit de recyclage.

 

JR. : Question que je pose cette année, à chacun des participants du festival : Etes-vous ici comme artiste singulier ? Ou comme artiste contemporain ?

GS. : Je me pose toujours la question, parce que je me sens aussi bien dans une catégorie que dans l'autre. Je participe à des expositions qui se situent tantôt dans une expression, tantôt dans l'autre. Chaque fois que j'ai postulé pour présenter mes œuvres, j'ai été accepté d'un côté comme de l'autre. Donc, je me dis que l'un ou l'autre me convient. Certaines de mes sculptures sont peut-être un peu plus figuratives, et d'autres plus Art singulier…

 

JR. : Mais Art singulier n'est pas antinomique de " figuratif ", au contraire !

GS. : Oui, mais avec l'Art singulier, c'est une question d'état d'esprit, on voit les mouvements qui se font quand on voit les peintures et tout, cela représente sans représenter…

 

JR. : Vous êtes en train de confondre avec " Art brut " !

GS. : Peut-être. Mais, quelle est la différence ?

 

JR. : Si l'on considère la définition originelle, l'Art brut était créé par des aliénés !

GS. : Oui, mais il a été aussi transmis par des gens qui ne l'étaient pas.

 

JR. : Il devrait être bien sagement remisé à Lausanne, dans la Collection de l'Art brut, et il court comme jamais la campagne ! Il faut croire que c'était vraiment " le " mot juste, pour qu'il ait été impossible de le supprimer !

Venons-en à votre travail ! Je faisais donc erreur en pensant que ce n'était que de la récup' ?

GS. : Oui et non. Il y a des sculptures qui sont fabriquées : découpées dans des tôles, ou au laser. Pour certaines, je fais un croquis, en vue d'ensemble, puis je fais une armature pour pouvoir assembler en volume. Certaines sont donc plates, d'autres en ronde-bosse, mais les deux côtés ne sont pas identiques. Ce n'est pas le même genre de travail.

 

JR. : Je vois beaucoup d'oiseaux : est-ce pour un point de vue esthétique ?

GS. : Non. C'est simplement que j'aime bien les oiseaux. Et je les présente de façon humoristique, les uns sur des patins à roulettes, d'autres ne ressemblent pas vraiment à des oiseaux, ce qui leur donne une petite touche de personnalité. Et puis j'aime bien aussi les personnages un peu guerriers/piverts qui sont là pour défendre leurs positions…

 

JR. : Et votre hippocampe ? Il a vraiment une tête d'oiseau ! Sommes-nous alors dans la dérision ?

GS. : Oui. Il a plutôt un air rigolo ! Il ne ressemble pas vraiment à un hippocampe, et pourtant les visiteurs savent tout de suite que c'en est un ! Le but n'est pas de faire la reproduction réaliste de ce que je vois, mais de la transformer à mon idée.

 

JR. : Ce travail sur le métal doit être très dur ? Vous faites un dessin pour toutes les œuvres ?

GS. : Non, parfois la pièce de métal me stimule et me " dit " ce que je dois voir : qu'ici, c'est un cuisinier, là un Africain…

 

JR. : Vous commencez par le bas et vous montez, pour établir un équilibre ? Ou l'inverse ?

GS. : Parfois, je commence par la tête, et lorsque l'axe central est monté, tout le reste vient s'assembler dessus.

 

JR. : Ce qui suppose que vous n'avez pas à priori en tête, l'image de l'équilibre que vous allez créer ?

GS. : Si Si ! Je ne peux pas partir tout le temps du bas !

 

JR. : Donc, il n'y a pratiquement pas d'aventure ou d'inattendu, dans votre création ?

GS. : Cela dépend. J'ai une tonne de ferraille dans mon atelier. La recherche de la pièce qui me convient est donc déjà une aventure. Il me faut là-dedans récupérer tous ces petits éléments qui vont se combiner pour former ma sculpture. Souvent, je pense que l'un d'eux va convenir. Mais non ! Tant que je n'ai pas trouvé toutes les parties qui vont s'assembler en harmonie, les premiers restent sur mon établi. Il arrive qu'une sculpture mette un an avant d'être terminée !

 

JR. : Puisque, finalement, vous ne vous classez pas dans les créateurs d'Art-Récup, comment définissez-vous votre création ?

GS. : Je me mets aussi dans la Récup'. Parce que mon travail est un mélange de procédés. Il y a à peu près la moitié des éléments qui sont de la récupération ; l'autre moitié étant travaillée. Mais travaillée en fonction de l'objet duquel je pars. Les gens de la Récup' utilisent l'outil tel quel, tandis que moi, je lui fais souvent subir une légère transformation. Ensuite, la personne qui regarde mon travail peut s'amuser à rechercher l'outil originel. C'est tout un jeu qui cherche à savoir d'où vient l'outil, et comment il a été transformé.

 

JR. : Vous n'avez pas non plus ce qui est souvent la volonté des récupérateurs, celle de montrer le passage du temps sur vos œuvres ?

GS. : Parfois, si. Tout dépend des pièces réalisées. Lorsque je me sers de vieux outils qui ont été façonnés pour un paysan ou un artisan particuliers, j'essaie de les traiter de manière à leur donner une seconde vie.

 

JR. : Je voulais parler de la patine : est-ce vous qui avez ajouté cette rouille ? Ou bien y était-elle avant votre intervention ?

GS. : Elle y était. Mais chacun sait que la rouille est une corrosion du métal. C'est comme une maladie. Si je la laisse, je ne peux pas souder. La soudure ne tiendra pas. Il faut donc brosser les outils jusqu'à ce qu'ils soient parfaitement propres. Les souder. Et puis, si je veux qu'ils aient la " patine rouille ", je les remets dehors, et j'attends.

Mais quand je touche cette rouille, je m'en mets plein les mains, et avec le temps, le métal va s'abîmer. C'est pour cela que je stoppe la rouille, puis que je redonne un aspect " patiné de rouille ".

 

JR. : Vous réalisez cet aspect avec de la peinture ?

GS. : Avec un mélange de peinture, de cire et d'un vernis spécial qui stoppe le tout. De sorte que les sculptures peuvent sans risques aller à l'extérieur. Du moins pour un certain temps !

Entretien réalisé à Banne, dans les Ecuries, le 18 juillet 2006.

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