SARAH.O, peintre et sculpteur

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Sarah.O, d'où vient votre étrange pseudonyme ? Vous avez contracté votre nom, et vous avez accolé votre prénom avec l'initiale ?

Sarah.O : Oui, j'ai contracté le mot " Olivier ".

 

JR. : Et vous êtes à Banne en tant qu'artiste Singulière ? Ou contemporaine ? Et pourquoi ?

S.0. : Contemporaine. D'abord, j'ai mis très longtemps avant de réaliser que je pouvais être une artiste Singulière. Il a fallu qu'on me le dise. Je travaillais dans mon coin, sans trop de contacts avec d'autres artistes ou galeries. Finalement, j'ai exposé dans une galerie d'Art contemporain, et puis je me suis dit que je n'avais aucune envie de me retrouver " dans une case " ! C'est finalement Chantal Roux* qui m'a dit de venir à Banne, que je me rendrais compte que j'appartenais tout à fait à la Singularité.

En même temps, j'ai commencé à travailler en découvrant Jean Dubuffet et ses écrits. Je dis donc que c'est mon grand-père spirituel.

 

JR. : Il a été le grand-père de beaucoup d'artistes !

S.0. : En tout cas, c'est le mien ! Je suis donc effectivement Singulière ! Pour moi, les artistes Singuliers sont les petits-enfants de l'Art brut !

 

JR. : Tout à fait, même historiquement….

Vous travaillez sur du métal que vous découpez. Uniquement des œuvres plates, très plates même…

S.0. : A l'origine, je suis partie sur du plat. Ce sont des tôles très fines. Qui se posent sur les murs comme des tableaux, sauf qu'il n'y a pas de cadre. J'aime infiniment le mouvement, je veux donc qu'ils bougent. Travaillant le mouvement, j'en suis venue aux girouettes. Les objets se sont mis à tourner. Et puis j'aime les histoires : avec le mouvement des girouettes, j'ai pu établir des relations entre les personnages. Il y a toujours plusieurs personnages dans mes girouettes. Ensuite, travaillant sur la relation entre mes personnages, je me suis mise à travailler sur le double, la dualité…

 

JR. : Je crois comprendre que, sur vos personnages, vous montrez en fait la face et le profil ?

S.0. : Ceci est mon ballet. C'est un ballet d'Art contemporain, J'aime beaucoup la danse. Par ma mère, j'ai vécu avec la danse. Je me suis inspirée des danses sacrées des Indiens d'Amérique. Et c'est un ballet que j'espère un jour monter avec de vrais danseurs. C'est un ballet contemporain inspiré des Indiens, donc de la transformation de l'homme/ours, de l'homme/oiseau, l'homme/serpent, l'homme/taureau… J'ai fait beaucoup d'animaux qui m'intéressent énormément.

 

JR. : Il me semble que, dans votre volonté de montrer le mouvement, vous en arrivez à hypertrophier les membres de vos personnages ?

S.0. : En fait, je ne suis pas dans le mouvement juste, exact. Ce qui m'intéresse, c'est de le pousser pour faire ressortir l'émotion, le sentiment du personnage. C'est la raison pour laquelle j'ai enlevé le cadre. Je ne m'intéressais pas à ce qui était derrière. Le personnage m'intéresse. Et j'essaie de faire passer ce qu'il ressent à l'intérieur de lui-même par le mouvement, par la couleur. Les états d'âme vont avec la couleur et le mouvement.

 

JR. : Quand vous présentez un poisson complètement statique, n'est-ce pas un paradoxe ? Puisqu'il est poisson, il est supposé être toujours en mouvement…

S.0. : Tout à fait. Mais c'est qu'en ce moment, j'essaie d'autres possibilités. J'ai beaucoup travaillé, beaucoup cherché. Les poissons vont sur les façades. Il faut donc les imaginer sur les murs et les " voir " en train de voguer !

 

JR. : Vos couleurs : A de rares exceptions, y compris vos girouettes, vous êtes dans des couleurs très brunes ! Est-ce à cause de votre désir de les mettre dehors, et de traduire par ces couleurs, le passage du temps ?

S.0. : En fait, ce qui m'intéresse, c'est la rouille. La rouille que j'arrête et que je travaille. Mais qui donne toujours un côté très sensuel à mes personnages. Et que je combine toujours avec mes couleurs.

 

JR. : Là encore, vous êtes dans un paradoxe : vous dites : " J'aime la rouille ". Mais vos couleurs ne sont pas du tout proches de la rouille ! Et puis vous habillez vos personnages comme de vrais gens.

S.0. : En effet. Sauf que leurs membres, leurs corps, leurs visages sont rouillés. Mais ce sont de vrais gens parce que ce que je veux c'est qu'ils soient hors du cadre, dans la pièce avec nous. Des gens avec des sentiments, des émotions. Ce sont des arrêts sur images d'un moment où ils ont ressenti des sentiments, des émotions.

 

JR. : Je parlais tout à l'heure de la façon dont vous hypertrophiez certains membres. C'est très évident chez certains, en particulier l'un d'eux qui court tellement vite que ses jambes sont trois fois trop longues : c'est donc la fonction qui crée l'organe ?

S.0. : Exactement ! C'est vraiment ce que je veux faire : raconter l'histoire, sans mots. C'est donc le corps qui la raconte.

 

JR. : Y a-t-il quelque chose à propos de votre travail, dont vous auriez aimé parler, et que je n'ai pas vu ?

S.0. : Mes nouvelles créations sont celles sur les doubles, que nous avons un peu évoquées. L'impression de l'ombre qui est parfois en soi-même… Sur des oiseaux que j'ai ainsi placés ensemble, l'intérieur est peint d'une façon différente de l'extérieur.

 

JR. : Nous sommes donc dans le principe manichéen du blanc et du noir, du bien et du mal, etc.

S.0. : Oui, tout à fait. En outre, ce que j'aime, c'est coller sur les corps, des pétales de roses. J'aime ce principe de coller les pétales fragiles par définition, sur des matériaux pérennes, solides, lourds. Même chose pour mes girouettes : j'aime employer des matériaux lourds posés sur des tiges très fines. Je travaille un matériau dur, lourd, et j'ai envie de donner l'impression qu'il est léger. Il y a toujours un aspect et son contraire. Personne n'est d'une seule manière. Chacun est de plusieurs manières, et j'aime le faire sentir !

Entretien réalisé à Banne le 3 mai 2008.

* Chantal Roux, peintre.

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