MARIE-HELENE ROGER, peintre

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Etes-vous venue à Banne dans l'esprit d'une artiste " Singulière " ? Ou dans celui d'une artiste contemporaine ?

Marie-Hélène Roger : Plutôt Singulière.

 

JR. : Qu'est-ce qui motive votre réponse ?

MH.R. : C'est mon support, en fait. Qui est un peu particulier. Et puis je me sens bien dans ce milieu. Il y a plus de liberté d'expression. Pourtant, je me sens aussi un peu contemporaine.

 

JR. : Il est évident, par contre, que vous " êtes " dans le monde de la bande dessinée ? Et de la bande dessinée drolatique ?

MH.R. : Oui. J'aime le comique. J'aime que mon art traduise la sensation de rire, la gaîté, la joie.

 

JR. : Vos personnages sont en général caricaturaux, mais très vivants. Quand je dis " caricaturaux ", c'est la raison pour laquelle ils me font penser à la bande dessinée. C'est-à-dire que les traits sont exagérés. Je vois même un personnage ouvrant une bouche démesurée !

MH.R. : Ce pourrait être vous et moi en ce moment. Ce sont souvent des couples, des situations par rapport à l'objectif photographique.

 

JR. : Je remarque que vos personnages, bien que se regardant très rarement, traduisent une espèce de complicité. Même quand ils sont dans une situation particulière, comme la fille qui est songeuse, ou le garçon qui tire la langue de façon très irrévérencieuse, on a l'impression d' " un couple ". Qui, parfois se situe dans le romantisme, d'autres fois dans le contraste… En somme, on pourrait les considérer couple par couple, et les situer dans une situation psychologique particulière…

MH.R. : Voilà, c'est exactement cela. Les mettre dans une situation psychologique que chacun de nous a vécu ou pourrait vivre.

 

JR. : En plus, c'est un monde très cosmopolite : vous présentez des blancs, des noirs, des basanés, d'autres d'origines indéfinies. En fait, quelles que soient leurs origines, ils se situent dans le même monde drolatique ?

MH.R. : Oui. Il n'y a, dans mon monde, ni races, ni frontières. Mes couples sont placés dans une sensation de joie de vivre, et d'amour universel. C'est ce sentiment-là que j'aime développer.

 

JR. : J'ai eu un peu l'impression que vous tiquiez lorsque j'ai affirmé voir vos personnages très près de la bande dessinée. Qu'est-ce qui vous choque dans cette affirmation ?

MH.R. : Je pense que, dans la bande dessinée, il y a un texte. Et que mes personnages n'ont pas besoin de texte. Ils portent le texte en eux-mêmes. Il est vrai que parfois il y a des suites. Mais dans la bande dessinée, on commence par regarder le texte, et ensuite seulement on regarde le dessin…

 

JR. : Vous encadrez la plupart de vos dessins par de gros cadres que vous peignez comme s'ils faisaient partie du tableau, comme s'ils prolongeaient le tableau.

MH.R. : J'ai fait cela pendant une période. Le cadre voulait, au contraire, être la limite. Comprimer les personnages : Chacun de nous est libre, mais dans une certaine limite qui nous " empêche de… ".

 

JR. : J'avais donc interprété ces cadres à l'envers : pour moi, ils étaient le prolongement de la scène, alors que pour vous ils en sont la limite !

MH.R. : Maintenant, la plupart du temps, j'enlève les cadres. Le cadre était en même temps très décoré pour prendre une valeur psychologique, comme dans l'expression " être bien encadré ", etc.

 

JR. : Aucun de vos personnages n'est entier. Tous sont en buste, comme sur des photos d'identité. Ils " posent " pour le photographe et leurs visages sont, comme nous l'avons dit tout à l'heure, graves, sceptiques, gais, etc. Et tout à coup, une personne est en pied, mais alors, elle dépasse de son cadre. Elle a l'air de transgresser ses limites. Comment expliquez-vous cette situation ?

MH.R. : Dans ce cas-là, ce n'est pas une situation, c'est juste un constat : il est là, il existe, il se montre et le cadre n'est qu'un décor.. Là, ce n'est pas du tout le même cas de figure. J'ai trouvé dans ces deux démarches, un créneau qui me convient parfaitement.

 

JR. : Vous êtes donc une artiste heureuse !

MH.R. : Tout à fait ! En tout cas, je fais tout pour l'être ! Comme tout le monde, j'ai mes problèmes, mais j'essaie d'aller au-delà. Et ma devise finale sera : " Aimons-nous les uns les autres " !

Entretien réalisé à Banne, le 1er mai 2008.

 

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