ROBERT ROCCI, peintre.

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Robert Rocci, nous nous sommes rencontrés au Festival de Praz-sur-Arly, voilà bien des années. Mais je crois que, depuis, votre travail a changé ? Chaque tableau était partagé en petites cases, il n'y avait pas l'unité actuelle.

Robert Rocci : Oui, mon travail a évolué, il s'est épuré ; il a gagné en couleur, en matière. Il commence à sentir l'abstraction.

 

JR. : Pas vraiment, parce qu'il présente des personnages encore très lisibles.

RR. : Je ne les ai pas apportés, mais dans les derniers travaux, il n'y a pratiquement plus de représentation.

 

JR. : Pourquoi ce besoin de virer vers l'abstrait ?

RR. : C'est un besoin naturel. C'est la peinture qui appelle chaque fois ces passages abstraits. Parce que je trouve que cela perturbe de mettre du signifiant, de l'anecdotique, etc. Ce qui m'intéresse, c'est la peinture pure. Ecrire uniquement avec de la peinture, sans signes…

 

JR. : Mais ce qui est ici, est pourtant encore figuratif, au niveau du pictogramme.

RR. : Oui, mais cela a gagné en simplification.

 

JR. : Je ne vous ai pas posé la traditionnelle question : êtes-vous ici au titre de l'Art contemporain ? Ou de l'Art singulier ?

RR. : Je crois que je suis en train de me diriger vers l'Art contemporain.

 

JR. : Et ce côté un peu naïf de vos personnages, leur disposition sur la toile, ne vont pas vous manquer lorsque vous serez vraiment abstrait ? En somme, vous aurez pris les fonds d'autrefois, en en ayant extrait la vie !

RR. : Peut-être, oui. Il me semble que le chemin que je suis actuellement m'emmène davantage l'essentiel, que lorsque j'étais narratif.

 

JR. : Cela signifierait un cheminement vers les coloris, vers les non-formes. Comme si vous ne vouliez plus représenter la vie dans votre travail.

RR. : C'est cela. Seulement laisser des traces, toujours l'idée de traces. Ne plus les évoquer qu'avec la couleur et la matière.

Et, paradoxalement, avec un groupe d'amis, nous dessinons d'après des modèles vivants. Et nous nous amusons follement. J'ai bonheur à faire, deux heures par semaine, ce travail d'après modèle. C'est paradoxal, mais c'est un besoin. Que je ne ressens pas dans mes tableaux.

 

JR. : Il me semble tout de même que les couleurs ont changé également. Certes, vous étiez déjà " dans " les jaunes, plus orangés peut-être. Mais surtout, les rouges sont apparus, omniprésents.

RR. : Oui, mais les rouges m'ont tout de même toujours passionné.

De toutes façons, la seule chose que je sais, c'est que j'aime la peinture, c'est une lapalissade ! Pourtant, parfois, la peinture est douloureuse pour moi ! C'est beaucoup de souffrance. Plus de douleur que de plaisir. Le plaisir du début a disparu. Et surtout, je ne sais toujours pas pourquoi je peins ? Mais je peins !

Entretien réalisé à Banne, le 11 juillet 2007.

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