CHRISTIAN REVEL, sculpteur.

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Christian Revel, la première question qui me vient à l'esprit, en voyant votre travail, est : Connaissez-vous Jeanclos ? Je trouve une proximité d'idée entre ce travail de terre brute, et l'idée d'apparition … Ou de disparition, parce que pour certaines de vos œuvres, je me suis demandé dans quel sens les interpréter ?

Christian Revel : Je connais Georges Jeanclos, en effet.

Sur certaines œuvres, comme celle intitulée " Caractère ", il y a à la fois l'idée d'émergence, et d'enfouissement. L'idée du passage, mais aussi du retour à la terre…

 

JR. : Il faut donc les lire dans les deux sens ! Par exemple, vous avez de petits personnages en train d'émerger d'un voile, ou peut-être d'un suaire, mais pour celui qui a une queue d'animal, il est en train d'être dévoré. Il faut donc le lire dans la disparition…

ChR. : Dans la disparition ? Non, je ne le voyais pas comme disparaissant, mais plutôt dans le travail mystérieux d'émergence. Mais finalement, vu sa position, les deux sont peut-être valables ?

 

JR. : Qu'est-ce qui vous plaît le mieux, finalement ?

ChR. : Peu importe, au fond. Je trouve bien que chacun ait sa perception distincte.

 

JR. : En fait, mis à part votre ermite qui est en train de méditer en position du lotus, toutes vos œuvres sont un questionnement. Il y a par contre votre radeau, sur lequel il est évident que tous les personnages sont allongés, ils ont donc renoncer à lutter et vont disparaître. Là, il n'y a pas matière à irrésolution.

Par contre, je me suis vraiment interrogée sur votre quadriptyque, A quoi servent les murs que vous avez placé sur trois d'entre eux et pas sur le quatrième ?

ChR. : Pourquoi pas sur le quatrième ? C'est une bonne question…

 

JR. : D'abord, quel est leur sens ? Sont-ils là pour l'isolement ? Our l'empêchement d'aller ailleurs ?

ChR. : Non. Je pensais que c'étaient plus des éléments à raccrocher à la terre : des blocs, des monolithes…

 

JR. : En fait, le quatrième m'a donné l'impression de désert. L'homme, tel qu'on l'imagine à bout de force. Et avec l'immensité, puisque lui n'a pas de murs !

ChR. : Il est vrai que le quatrième implique la fin, le vide… Le néant…

 

JR. : En fait, au départ, je me suis demandé s'il pouvait s'agir des quatre saisons ? Car je trouvais dans le premier, l'idée d'émergence ; de plénitude dans les deux suivants ; et la mort dans le quatrième…

ChR. : Non, je n'ai jamais pensé aux quatre saisons. Et personne auparavant, ne m'avait fait cette remarque.

 

JR. : La seule chose qui, je crois, pourrait empêcher de penser aux saisons, est que celui que j'appelle " le second " est beaucoup plus traité au raku, et donc plus sombre, les trois autres espaces sont traités de façon uniforme, et dans les même tons de bruns. Ce qui serait paradoxal, puisque le second serait sensé représenter l'été.

ChR. : Oui. Ils restent proches de la terre. Quelles que soient les sculptures, j'essaie toujours de préserver le rapport avec la terre. J'ai du mal à recouvrir la terre. De toutes façons, la recouvrir ne correspondrait pas du tout à mon travail.

 

JR. : Puisque vous me dites que vous n'aviez jamais pensé aux saisons, à propos de votre quadriptyque, comment l'analysez-vous ?

ChR. : Pour moi, il y avait cette évidence de passage sur terre, et ensuite le retour.

 

JR. : Ce seraient donc les quatre moments de la vie ?

ChR. : Tout à fait. Le passage de la naissance à la mort.

 

JR. : L'une de vos sculptures me semble un peu à part, parce qu'elle est dans un carré, alors que les autres sont dans une coque, dans un œuf. Même le radeau est arrondi comme une coquille. Pourquoi donc cette création à part ?

ChR. : Parce que je crois que je n'ai pas encore trouvé mon expression ; que j'ai encore du mal à exprimer certaines idées, que j'en suis encore aux balbutiements.

 

JR. : Il y a longtemps que vous travaillez sur ce thème ?

ChR. : Oui, depuis plusieurs années.

 

JR. : Vous semblez résolument repousser l'idée des émaux, alors que les œuvres de vos collègues tout autour de nous, sont très brillantes. Que vous apporte le fait de laisser la terre mate, qui plus est la plupart du temps traitée au raku, c'est-à-dire extrêmement brune ?

ChR. : Ce n'est pas toujours du raku… Certaines sculptures le sont. Mais pour les autres, c'est de la terre brune, cuite au bois. Ou encore de l'enfumage, comme sur les deux petites, parce que cela doit rester évanescent. La terre s'imprègne de la fumée. Mais je ne cache pas la terre, même si je la traite de cette façon.

 

JR. : Parlons maintenant d'une de vos sculptures où le personnage est encore dans sa gangue, à peine qu'il est en train de naître, mais avec un visage parfaitement formé, Comment définissez-vous cette oeuvre ?

ChR. : Ils sont, en effet, " ouverts ". Par pudeur, peut-être ? C'est plus une étape intermédiaire qu'une naissance.

 

JR. : Il y a a encore cette boule qui me semble remplacer la terre. A quoi correspondent les creux ? Des personnages seraient-ils déjà sortis par ces creux ? Et ne resterait-il que deux d'entre eux en train de naître ?

ChR. : Je pense que c'est tout un bouillonnement, une sorte de mouvement intérieur…

 

JR. : C'est-à-dire qu'à un moment, il y a eu une sorte de soulèvement, comme un volcan, en fait ?

ChR. : Comme un volcan, oui. Ce serait la lave, la terre qui se soulèverait pour laisser émerger des personnages.

 

JR. : L'une de vos oeuvres me semble plus animalière que les autres. En fait, elle me fait penser à un crocodile, à cause de cette espèce de queue…

ChR. : Un crocodile, non ! Mais chacun sait qu'au fond des océans, il existe des espèces étranges…

 

JR. : Sur les autres œuvres, j'ai l'impression que vous vous êtes contenté de lisser, ou de laisser volontairement des plis, des reliefs, mais sur l'une d'entre elles, on a l'impression que vous avez longuement travaillé la peau ?

ChR. : Cette sculpture est à part dans ma production. Et il est exact que je ne travaille pas habituellement ce genre de terre de cette façon. Je travaille toujours des terres très marquées,

 

JR. : Ce serait donc pour vous un personnage sous-marin. Et serait-il en train de naître ? Ou d'être avalé ? Un personnage aquatique, bien qu'humain ?

ChR. : Pourquoi pas ! Puisqu'il est dans un cadre insolite… C'est peut-être ma participation à l'esprit du festival ?

 

JR. : Puisque vous évoquez cette question, comment vous sentez-vous dans cet environnement ? Il est évident que, tous, ici, êtes dans la mouvance singulière. Mais encore plus insolites. En fait, qu'est-ce qui fait que vous êtes arrivé à Saint-Galmier ?

ChR. : Il y a justement, certaines questions sur lesquelles j'ai longuement réfléchi. En, quand j'ai rencontré Alain Kieffer, il m'a dit que j'avais ma place à " Céramiques Insolites ". Maintenant que je suis là, je me dis que, par rapport au travail des autres…

 

JR. : Pour poser clairement les définitions, diriez-vous que vous êtes " tripal " ou " cérébral " ?

ChR. : Je pencherai nettement pour la première hypothèse !

 

JR. : Dans ce cas, vous êtes tout à fait à votre place dans un univers " singulier " et " insolite ". Donc, pourquoi avez-vous des états d'âme ?

ChR. : Je sais bien que j'ai beaucoup de difficulté à parler de mon travail. J'ai fait un gros effort pour vous répondre. C'est l'une de mes raisons de douter.

 

JR. : Malgré tout, je vais vous poser la même question qu'à tous vos collègues : y a-t-il, justement, des questions que vous auriez aimé que je vous pose, et que je n'ai pas posées ?

ChR. : Oui. Que pensez-vous de mon travail ?

 

JR. : J'aime infiniment. Vivant avec un sculpteur qui, comme vous, n'aime pas les émaux, je suis habituée à un travail qui reste mat. Et dans l'environnement où nous sommes, de brillances parfois extrêmes, je trouve bien de trouver ce travail très brut. J'aime beaucoup vos thèmes sur l'idée d'apparition/disparition. Comme je suis très positive, quand prédomine la notion de " disparition ", cela me pose toujours un problème. Alors que, dans votre travail, j'ai finalement le sentiment que prédomine la notion d'" apparition ". Nous serions donc tous les deux résolument optimistes ! Je ne suis vraiment pas en train de vous jeter des fleurs, mais franchement j'aime beaucoup votre travail. Parce qu'il me pose problème. Parce qu'il n'est pas résolu. Vous disiez être en recherche, et cela me plaît ! Vous êtes en fait, un explorateur.

ChR. : Cela me fait plaisir, parce que je travaille depuis plusieurs années sur ce thème !

Entretien réalisé à Céramiques Insolites à Saint-Galmier, le 17 mai 2009.

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