CELINE RANGER, sculpteur.

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Céline Ranger, je vous pose la question de principe, mais je pense que pour vous, la réponse est évidente ? , Etes-vous à Banne au titre de l'Art singulier ou de l'art contemporain ?

Céline Ranger : Au titre de l'art singulier sans problème. C'est la première année que j'expose à Banne. Et, d'une façon générale, c'est la deuxième fois que je montre mon travail. La première fois n'était pas franchement dans un cadre d'art singulier. je voulais aussi présenter mon travail au sein de confrères et voir comment le public allait accueillir mes œuvres ?

 

JR. : Quelle définition donnez-vous de votre travail ?

CR . : Je dirai un travail spontané… Un travail que j'essaie de rendre poétique…

 

JR. : Il est évident que seul l'homme vous intéresse, l'humain plutôt. Dans toutes ses postures

CR . : Oui, l'humain… La caricature aussi peut être. Voire l'absurde. J'essaie de créer des compositions plus ou moins humoristiques ou décalées, sur des thèmes variés.

 

JR. : Vous présentez une série, où toutes les œuvres sont bâties sur une même construction, et qui me semble particulièrement ludique. Je ne dirai pas qu'elle est caricaturale, mais qu'elle propose une situation que tout le monde a en tête : la belle à sa fenêtre. Or, vos belles sont parfois des beaux. Vos belles ne sont pas particulièrement belles ! Mais belles ou beaux, ils sont tous à la fenêtre, en train de regarder. Alors, caricature ou détournement, que regardent-ils ? N'est-ce pas tout simplement une histoire que vous vous racontez ?

CR. : En effet, c'est simplement une histoire que je me raconte. Cette série s'intitule " les Cabanettes ". Chaque sculpture est une scénette. Et pour chaque petite cabane, je m'invente une histoire autour du personnage principal, qui est plus ou moins humoristique…

 

JR. : En fait on peut aussi les " lire " non pas comme la belle ou le beau à leur fenêtre, mais comme le marchand. Parce que cette cabanette ressemble à un éventaire qu'ils auraient devant eux… Alors cette bivalence est voulue ou elle est le fruit du hasard ?

CR . : Ce travail n'est pas forcément strictement défini … On peut l'interpréter, en effet, de plusieurs manières. C'est une petite série que je vais sans doute poursuivre. J'ai encore quelque chose à dire sur ces cabanettes. Mais ce n'est pas forcément la direction définitive que je veux prendre. Il y a d'autres idées que j'aimerais développer dans mon travail.

Par exemple, j'ai chez moi de oeuvres qui rappellent ou tendent vers la notion du jouet… et j'aime le fait qu'une sculpture ne se donne pas à voir de façon unique, mais qu'on puisse y voir des choses différentes selon sa culture, son goût, etc. Chaque personnage a les membres articulés, je peux donc choisir de soulever telle jambe, tel bras... Placer l'enfant dans toutes les directions… Poser l'oiseau sur le bras de la danseuse, avec une sorte de petite boîte en dessous… Je tire et je lance une petite musique avec une sorte de manivelle… J'ai des systèmes d'engrenages à la Léonard de Vinci ; des mécaniques très rustiques. J'ai déjà fait un manège où on peut tourner les petites pièces.

 

JR. : En somme, des compositions qui nous ramènent à l'enfance, à la boîte à musique, aux manèges…

CR . : Voilà. Enfin j'aime bien la notion de choses à découvrir, où tout n'est pas d'un seul tenant.

JR. : Il me semble aussi que le côté le plus évident de votre création est la répétitivité, parce que vos séries sont nombreuses…

CR . : Oui. C'est vrai ! Cela tient au fait que, de même que nous sommes tous différents, tous singuliers, j'ai senti le besoin d'accompagner les personnages d'un autre, encore un… toujours différents aussi. D'où l'idée de série. Bien sûr, je suis quand même plus intéressée par des compositions plus imposantes ; mais même en regardant les bas-reliefs je fais intervenir la notion de séries .

 

JR. : Parlez-nous de votre cette arche de Chloé.

CR . : Chloé est en fait une femme, une figure de proue. Et puis, il y a les animaux, avec des trombines. Je les appelle des " tronches de cakes ". Ce sont des animaux un peu absurdes !

 

JR. : Non ! Je dirai " mémoriels ". Vous êtes jeune, mais pour la génération de la guerre, les enfants n'avaient pas de jouets, les filles cousaient leurs poupées en tissu ; et les garçons fabriquaient leurs bœufs pour aller labourer, leurs chiens pour chasser… En fait, cette Arche de Chloé me ramène plus à l'enfance que vos autres petits personnages, mais ceci est très subjectif.

Revenons à l'idée du mouvement, dans vos œuvres. Vous semblez penser que vos sculptures fixes ne peuvent pas exprimer toutes les nuances que vous souhaitez raconter ?

CR . : Disons que quand les têtes, par exemple, seulement les têtes, je n'ai pas l'idée d'une composition, je ne suis pas dans une histoire, je travaille juste la tête, et alors j'ai besoin d'une série. En revanche quand je me raconte une histoire précise avec son petit univers, je n'ai pas besoin de développer plusieurs situations absurdes proches les unes des autres. En somme, séries ou pièces uniques, je cherche.

Entretien réalisé à Banne le 12 juillet 2007.

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