FRANCK PLASSCHAERT, sculpteur

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Franck Passchaert, à quel titre êtes-vous venu à Banne ? Artiste Singulier ? Ou artiste contemporain ?

Franck Plasschaert : Je ne me suis pas posé la question !

 

JR. : Alors, essayez de la résoudre aujourd'hui !

FP. : Pour moi, c'est lié, c'est la même chose !

 

JR. : Pourquoi ? C'est paradoxal !

FP. : Parce que je crois que l'on peut être contemporain et singulier en même temps !

 

JR. : Mais vous employez le mot " singulier " au sens d'original, ce qui peut effectivement convenir à " contemporain ". Mais je vous ai posé la question au sens où vous seriez dans une marginalité historique, définie comme " Art singulier ", par opposition à ce qui a été défini comme " Art contemporain ".

FP. : Choisissons la marginalité, alors !

 

JR. : Vous êtes sculpteur d'Art-Récup'. Tôles usagées ? Ou tôles neuves ?

FP. : Tôles de récupération. Surtout des boîtes de conserves.

 

JR. : Et à partir de ces boîtes, vous réalisez tous vos véhicules ?

FP. : Véhicules et manèges.

 

JR. : Donc, occasions de voyager et de faire la fête ?

FP. : Oui, c'est la fête. Chaque objet est à lire séparément. Je les fais sans volonté qu'elles aillent ensemble.

 

JR. : Travailler ainsi des boîtes de conserves, n'est-ce pas une occupation à " haut risque " ? Jamais de doigts coupés ?

FP. : Non !

 

JR. : C'est donc que vous êtes extrêmement adroit !

FP. : Oui. Et je m'aime beaucoup, alors je fais très attention ! Je suis en effet plutôt adroit de mes mains, donc je sais procéder pour qu'elles restent en bon état !

 

JR. : Pourquoi cette récurrence du véhicule ?

FP. : Non, pas forcément ! J'ai des oiseaux, des papillons, des fleurs… Mon histoire est d'explorer toutes les possibilités à partir d'une banale boîte.

 

JR. : Quand vous vous retrouvez avec plusieurs boîtes devant vous, avez-vous une idée préconçue de ce que vous allez faire ? Ou partez-vous au hasard ?

FP. : Quand je travaille sur une idée, en général il m'en vient une autre. C'est une sorte de gymnastique. Par exemple, quand j'ai envie de faire un engin roulant, j'ignore s'il aura trois roues, un motard dessus… etc. C'est une sorte d'enchaînement qui se fait hors de ma volonté. Une sorte d'imagination qui se développe…

 

JR. : Travaillez-vous à des œuvres plus grandes que celles que vous avez apportées ? Ou vous vous cantonnez à de petites œuvres ?

FP. : Toutes ces petites œuvres sont nées du fait que l'hiver était long ! Je me suis enfermé longtemps chez moi ! J'ai l'air de plaisanter, mais j'aime bien passer l'hiver à créer. Je trouve très agréable de travailler l'hiver. Je vis dans un petit village où il y a encore moins de monde en hiver. C'est donc pour moi l'occasion de partir dans mes rêves.

 

JR. : Parfois, vous en venez à des stabiles ?

FP. : Oui, j'aime bien les choses qui bougent au vent ; qui flottent, etc. Les choses qui vont avec les éléments. Je fais souvent des choses qui vont dehors, qui sont animées.

 

JR. : Peut-on dire que vous les considérez comme des jouets ? Ou comme des objets " sérieux " ?

FP. : Non, ce n'est pas sérieux !

 

JR. : Donc, ce sont des jouets. Et vous retombez en enfance chaque fois que vous en concevez un nouveau ?

FP. : Oui.

 

JR. : D'une façon générale, comment définissez-vous votre travail ?

FP. : Je ne le définis pas. Je ne me suis jamais posé la question.

 

JR. : Et, puisque je vous la pose, comment voulez-vous y répondre ?

FP. : Me faire plaisir. Créer un monde magique, qui fasse sourire les gens.

 

JR. : Il est vrai que vos sculptures sont très " tactiles ". Qu'avant même de les toucher, il y a une sorte de jubilation à les voir. Mais le spectateur a envie de les faire rouler, emmener la caravane un peu plus loin… Que votre motard fasse pétarader sa moto.

Vous faites sourire le spectateur. Lequel s'attendrit un peu ; se dit : " Tiens, à son âge, il fait des choses amusantes… ".

FP. : Oui, cela m'amuse beaucoup. Peut-être ai-je trop travaillé à l'usine avant, alors maintenant j'ai envie de m'amuser.

 

JR. : Certains objets sont-ils restés avec la couleur d'origine ; ou les peignez-vous tous ?

FP. : Quelquefois, je les laisse tels quels, parce que je trouve qu'ils se suffisent à eux-mêmes.

 

JR. : Qu'est-ce qui détermine que vous ayez ou non envie de les peindre ?

FP. : Je ne saurai pas l'expliquer. C'est quand l'objet est fini : il peut me convenir et alors je n'ai pas envie de le peindre. Sinon, j'interviens dessus. Certains objets peuvent appeler plus de gaieté ? Une moto n'appelle pas cette gaieté. Tandis qu'un canard, ou un objet qui bouge au vent demande plus de joie de vivre.

Entretien réalisé à Banne le 13 juillet 2007.

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