GAËLLE PINARD, sculpteur

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Gaëlle Pinard, vous êtes " fildefériste " ?

Gaëlle Pinard : Avant tout, verrière. Ma formation initiale est le verre, et particulièrement le vitrail.

 

JR. : N'est-ce pas un paradoxe de passer du verre -même s'il est transparent il a tout de même une épaisseur, une densité- au fil de fer que vous utilisez ?

GP. : Oui, cela peut paraître curieux. Je dirai que pour moi, le verre est la matière, la couleur, la transparence, tandis que le fil de fer apporte le côté graphique, donc peut-être plus explicatif. C'est-à-dire qu'avec le fil de fer, je peux raconter une histoire, suggérer un univers. Donc, c'est quelque chose de plus narratif que le verre qui reste quand même une matière un peu abstraite.

 

JR. : Certaines de vos compositions me font penser aux stabiles de Calder. Est-ce le même principe ?

GP. : Je dirai que l'origine de mon travail a été la découverte de Calder, qui m'a beaucoup touchée, beaucoup émue. Je reconnais qu'il y a beaucoup de ressemblance dans ce que je fais, avec les œuvres de ce bonhomme qui m'a beaucoup influencée.

 

JR. : Cependant, il avait des œuvres plus lourdes, plus denses, plus compactes, alors que ce que vous créez est bien plus fin ?

GP. : Oui. Il est vrai que de Calder on connaît surtout les mobiles. On connaît moins les œuvres liées au cirque avec ses personnages en fil de fer. Et il y a aussi les stabiles qui sont des œuvres très massives, très ancrées dans la terre. Il est vrai que je me rapproche plus du Calder fildefériste, petits personnages du cirque, etc. Voilà essentiellement mon influence.

 

JR. : La plupart de vos œuvres sont des stabiles, et donc suspendues. En dehors de l'influence de Calder, qu'est-ce qui vous a amenée à cette présentation ?

GP. : Au départ, revenons au verre. Je crois que j'ai eu l'idée d'accrocher mes oeuvres lorsque j'ai vu, lui-même accroché au plafond, un verre facetté comme une pampille*, avec la lumière qui la traversait et rejaillissait sur les murs. J'ai trouvé cela très joli, et j'ai eu l'idée de suspendre du verre en l'air, soit sur une fenêtre, soit sur un mur, pour essayer de faire refléter la lumière, créer des jeux de lumière, faire jouer les couleurs du verre sur les murs, etc. Ma première idée du mobile est née de cette façon.

 

JR. : Je vois un arbre qui est placé sur un mur. Mais, quelles sortes d'objets accrochez-vous ?

GP. : L'arbre ne l'est pas ici, mais il peut l'être si je le décale du mur. J'ai des petits tableaux que l'on peut mettre au mur, mais je préconise qu'on les en éloigne et qu'on les accroche, de façon à ce qu'ils puissent bouger, et profiter de la lumière.

 

JR. : Dans l'une de vos œuvres, j'aperçois une demi-lune. Qu'est-ce qui est accroché en haut du support ?

GP. : Ce sont de petits cœurs. C'est un travail de découpe de métal, ici du zinc, qui est peint ensuite. Chaque fois que je fais une structure, il y a toujours la partie principale, et il y a un petit élément mobile qui va bouger indépendamment du reste. Ici, ce sont les petits cœurs. Qui, à eux seuls, constituent un mobile. Puis vous avez un petit Cupidon qui lance sa flèche.

 

JR. : J'allais dire : il nous manque le Pierrot lunaire ! Vous l'avez donc remplacé par Cupidon !

GP. : Le Pierrot lunaire sera plutôt sur une échelle, en train de grimper pour décrocher la lune !

 

JR. : Pourrait-on en conclure que vous êtes dans le monde du conte ? De la tendresse, en tout cas !

GP. : Oui, c'est une création qui me ressemble, par le côté poétique, léger, avec une pointe d'humour. Par exemple, dans un tableau intitulé " Le cri du coeur ", j'ai représenté un petit personnage avec un haut-parleur. Et au bout d'un fil, plus loin, on voit qu'il y a un cœur. Il m'arrive aussi de jouer avec les mots, par rapport aux titres des mobiles, Mais il y a dans mes œuvres un côté très poétique, ludique, enfantin aussi, et humoristique.

 

JR. : Vous avez également apporté des œuvres qui sont plutôt des bijoux. Comment passez-vous de ces bijoux qui sont en tissu et en verre, à vos compositions arachnéennes ?

GP. : Je dirai que les bijoux sont un petit complément, des choses que je vends bien à l'atelier, qui permettent à des gens qui aiment bien mon travail mais qui n'ont peut-être pas les moyens de s'offrir un mobile, de choisir des petites œuvres qui restent accessibles, comme les petits photophores*, etc.

 

JR. : Je reviens sur le mot " arachnéen ", parce que je n'en vois pas d'autre qui puisse définir la finesse de votre travail. Sur ce qui me semble être des supports métalliques, raides et sans âme, vous installez vos œuvres si ténues. Ne trouvez-vous pas que, là encore, vous êtes dans un paradoxe ?

GP. : C'est la première fois qu'on me dit cela.

 

JR. : Vous n'avez jamais essayé de trouver un support qui serait dans l'esprit de vos stabiles ?

GP. : C'est effectivement un point de vue. Mais on me dit souvent qu'ils mettent bien en valeur les stabiles.

 

JR. : Ils sont très fonctionnels !

GP. : Fonctionnels et élégants. Certains visiteurs souhaitent acheter le portant avec le mobile. Ils imaginent que l'ensemble est la sculpture.

Vous avez tout à fait le droit de les trouver trop rigides, mais il est exact que je les avais pensés comme supports de présentation. Et puis, il y a un côté pratique puisqu'ils peuvent être démontés.

 

JR. : Revenons un peu au verre, dont vous n'avez apporté que quelques tout petits exemplaires. Qu'est-ce que vous faites en verre ?

GP. : Ma formation initiale, c'est le vitrail. Je fais un travail de verre à froid ou à chaud. Par exemple, les petits cœurs sont travaillés au chalumeau. Les robes des personnages sont découpées ou polies à froid. Ce sont les deux types de travaux que je réalise.

 

JR. : Ces petits personnages allusifs que vous mettez au bas de vos boîtes, ce sont des fantômes ?

GP. : Oui, ce sont des fantômes.

 

JR. : C'est la raison pour laquelle on ne les voit pas dans vos miroirs !

GP. : Voilà ! Il est vrai qu'il y avait là un jeu intéressant par rapport aux miroirs. Et puis, le fantôme peut exprimer toutes sortes de sentiments. Les uns ont des petits nez de clown, d'autres des lunettes, Mme Irma a sa boule et ses boucles d'oreilles, etc. J'ai eu envie de casser le côté terrifiant des fantômes en leur donnant une petite touche humoristique.

 

JR. : Et puis, en ajoutant ces petits éléments, vous supprimez le côté purement décoratif de votre travail sur verre.

GP. : Oui, cela permet de casser une image et de donner une autre dimension à un objet.

 

*Une pampille : un lustre formé de verres taillés qui réfléchissent la lumière.

*Un photophore : se dit de tout ce qui porte une source lumineuse. (Les citrouilles creusées par les enfants à Halloween sont des photophores !)

Cet entretien a été réalisé à BANNE, au Festival d'Art singulier, Art d'aujourd'hui ", le 18 juillet 2009.

Un autre compte-rendu de festival

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