PATÜK, dessinateur

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Incontestablement naïf, Patük se rapproche de l'enfance en utilisant comme seul instrument, sur des feuilles format écolier, le crayon de couleurs.

A l'aide de cet outil rudimentaire, le voilà parti en des voyages de proximité (la rivière, le gros arbre, etc.) ou des périples imaginaires (le garçon sur son tapis volant...). Chaque élément de ces pérégrinations étant colorié en teintes douces, avec une infinie précision, une grande délicatesse. Comme le fait une dentellière, veillant à ce que chaque détail soit net, que chaque petit apport dans le paysage soit fignolé…

En même temps, alors qu'elle paraît tellement primitive, l'œuvre de Patük n'est pas tout à fait innocente ! A la manière de La Fontaine, chaque saynète, où les rares personnages ont des têtes de chèvres, de serpents… est peuplée d'animaux… Sauf, peut-être ce vieil arbre qui, soudain, à la fourche des branches, laisse apparaître une tête chapeautée. Tout près de lui, est posé cavalièrement, sur l'une de ces ramifications, un être minuscule : Sont-ils en train de converser ? Le nouveau venu est-il animé de -bonnes ? de mauvaises ?- intentions ? Est-il un terrien ? Est-il un extra-terrestre, comme le suggèrent ses antennes, observant un très vieux spécimen qui lui serait inconnu? Est-il cigale ? Est-il fourmi ? Toutes les hypothèses sont plausibles ! Et quel est cet autre minuscule quadrupède avançant subrepticement vers un oiseau/coccinelle en train de s'égosiller, sur le ventre duquel apparaît un bonhomme têtard, et perpendiculairement l'amorce de ce qui pourrait être un autre humanoïde ?… Parlons encore du serpent qui grimpe le long du tronc de ce qui logiquement, serait un pommier, au vu de son unique fruit si semblable à une pomme !! Et puis, il faut considérer le monde aquatique de Patük, fait de poissons volants, poissons à quatre pattes, aux têtes dépourvues de toute affabilité…

Sous ses aspects anodins, l'œuvre de Patük emmène donc le visiteur vers des contes gentiment cruels, des histoires fantasmagoriques. En un temps lointain où les bêtes vivaient sans les hommes ? Ou tellement contemporain, où elles se guettent sans aménité ? : Bref, une œuvre où chaque page propose deux doigts de morale un peu corrosive, et une forte dose de poésie !

Jeanine Rivais.

Un autre compte-rendu de festival

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