ROBERT PARRENIN, dit Bob, sculpteur et peintre

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Je découvre votre travail. Et je crois que je peux dire, sans m'engager beaucoup, que pour vous, c'est l'humain, l'humain toujours, et surtout les visages ?

Robert Parrenin : Beaucoup de visages, en particulier dans le travail présenté pour cette exposition d'Art insolite ; puisque c'est un travail sur la foule, l'instinct grégaire, l'attroupement. Mais avec la volonté d'oublier le corps pour ne voir que l'expression des visages. Ce qui explique que j'aie rigidifié les corps.

 

JR. : Pour vous, ce ne sont donc que des visages sur des corps-troncs ?

RP. : Oui. En fait, ce qui m'intéresse, c'est ce qui se dégage d'un visage. Cela part d'une observation concrète : regardez une rue passante, aux heures où les gens partent au travail, c'est ce que vous observez. Bien sûr, ici, le nombre de " personnes " est insuffisant pour créer cette impression de densité. Mais la densité, le côté cosmopolite, très coloré, très bigarré, cette expression toujours assez triste de la foule… les individus les uns à côté des autres, qui s'ignorent, qui s'oublient, qui foncent pris dans leurs pensées, voilà l'objet de ma recherche.

 

JR. : Vous traduisez cet instinct grégaire essentiellement en sculpture. Parce que, en peinture, même quand vous traitez un thème politique, chaque personnage est dans sa case, donc indépendant des autres.

RP. : Je n'ai pas voulu, en peinture, rentrer dans la même démarche…

 

JR. : Et il me semble qu'en peinture, vous traitez surtout la femme. La femme que vous vous avez outrancièrement maquillée, comme une geisha, pourrions-nous dire.

RP. : La femme est aussi mon support. Quand je veux exprimer une idée, c'est souvent par une figuration de la femme. Positive ou négative, cela dépend…

 

JR. : Cela dépend de votre humeur ?

RP. : En effet, et la femme est très souvent présente. Beaucoup de gens me le disent. C'est presque de l'inconscient. Malgré tout, il n'y a pas que des femmes…

A côté de l'instinct grégaire, c'est tout mon travail sur l'intériorité de l'être humain. Dans mon atelier, j'ai beaucoup d'œuvres un peu plus anciennes qui ne jouent que sur ces lignes de tension à l'intérieur de l'être humain. Bien sûr, la femme y est beaucoup.

 

JR. : Je vous ai donné une phrase liminaire, à propos de l'humain, et des visages. Auriez-vous une phrase équivalente pour définir à votre tour votre démarche ?

RP. : Si je devais le souligner, toujours en parlant de l'humain, ce serait pour parler de cette tristesse, de cet anonymat. Cet aspect solitude me semble le propre de chacun, et personne ne reçoit beaucoup d'aide par rapport à cet isolement.

 

JR. : Vous voulez dire que ces foules seraient des personnages de votre quotidien qui, dans la conjoncture actuelle, ont peu de raisons de se réjouir ? Votre travail serait donc presque du militantisme ?

RP. : Je n'irai pas jusque-là, je craindrais de paraître prétentieux. Mais il est vrai qu'il y a cette volonté d'exprimer ce qui est observé tous les jours, et que l'on finit par ne pas voir. Votre voisin meurt, et vous ne vous en apercevez pas. Pourtant si vous prenez le temps d'observer les gens partant au travail, et pris dans leurs pensées, ce sont presque des appels au secours !

 

JR. : Certains de vos groupes sont tellement raides qu'ils donnent l'impression d'être une foule immobile. D'autres, au contraire, donnent une grande impression de mouvement.

RP. : Effectivement. Certains s'inscrivent dans un mouvement. On pourrait presque dire qu'ils chantent, comme des choristes qui se déplacent ; qu'ils sont gais. En tout cas, je les vois plus gais lurons. C'est que parfois, je suis en recherche d'harmonie, d'uniformité. D'autres se rangeraient plus du côté famille, comme les Touaregs, les Berbères. Ou encore, ils ont le côté un peu " illuminé ", dans la farandole des originaux.

 

JR. : Ma deuxième question portera sur la façon dont vous vous sentez relié à l'Art insolite ?

RP. : Je ne sais pas à quoi je suis relié ? Aux Singuliers ? Aux Contemporains ? Parfois je me dis que l'on veut toujours classer les gens. Je me sens très bien ici. Mais je me sentirais aussi bien ailleurs. Je n'aime pas cette classification. Je n'ai rien contre le côté Singulier, mais je n'en ai pas besoin. J'exprime, c'est tout. J'aime la chaleur des manifestations des Singuliers qui sont beaucoup moins marchandes que celles des Contemporains. Ce côté-là m'intéresse. Mais est-ce parce que je suis Singulier, voire Hors-les-normes ? Non. J'exprime, et ensuite la lecture des autres dit quelque chose en écho.

Entretien réalisé le 17 juin 2007, à Nottonville.

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