PAPAGREBOU, peintre

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Papagrebou, nous commencerons par la traditionnelle question : estimez-vous être à Banne en tant qu'artiste singulier, ou en tant qu'artiste d'aujourd'hui ?

Papagrebou : Je vais vous faire une réponse de Normand : avant d'être accepté à Banne l'an dernier, j'ignorais l'existence des Singuliers. Je peignais comme je le sentais, je continue. Marthe Pellegrino a trouvé que mon travail correspondait à cette mouvance. Et depuis, j'expose plutôt avec eux. Mais je ne sais pas vous répondre.

 

JR. : Il me semble que votre préoccupation première est de présenter l'humain, parfois dans sa solitude, et dans ce cas il est présenté en " photo d'identité " ; soit en groupe et dans ce cas, ils sont présentés " en pied ".

P. : Oui. C'est cela.

 

JR. : Je dirai qu'incontestablement, vos " cartes d'identité ", si vous voulez bien que nous les appelions ainsi pour plus de facilité, sont très singulières, au sens où elles sont, justement, proches de l'Art singulier, par leur côté rudimentaire, d'aspect très brut. Par contre, il me semble, que dans le cas des groupes, les personnages sont plus sophistiqués, plus élaborés.

P. : Je n'ai pas vraiment de méthode. On me reproche souvent de ne pas être dans un travail répétitif, obsessionnel, mais en fait le tableau part selon mon humeur ; parfois, le plus souvent, très vite ; d'autres fois, je reviens à plusieurs reprises sur le personnage. Mais il n'y a pas de fil conducteur.

 

JR. : Mais les visages de vos " cartes d'identité " sont presque des mufles. Par contre, dans les groupes, les visages sont moins visibles, voire complètement escamotés, les bouches déformées, parfois même quasi absentes, les nez réduits à deux orifices… Pourquoi passez-vous d'une manière à l'autre ?

P. : Je crains que notre entretien soit pénible, mais je ne sais pas répondre à cette question ! Il n'y a vraiment pas une volonté de procéder de cette façon. Je commence, et je suis mon instinct. Rien n'est élaboré à l'avance, je découvre au fur et à mesure ce qui arrive sur la toile.

 

JR. : Une autre série présente encore une autre facture, qui semble des tags sur des vieux murs.

P. : Oui. J'aime le côté graphisme. J'aime bien écrire sur mes tableaux. J'aime les lettres, pour la beauté de la forme. Soit je mets un message, mais il est toujours crypté, pour ne pas être lisible au premier abord. Parfois, ce message est très personnel, il faut donc qu'il soit déguisé, camouflé. D'autre fois, il n'a plus aucun sens. Il m'arrive d'utiliser des pochoirs d'expédition de vin, où il n'y a plus de message, c'est seulement du graphisme.

 

JR. : Certains de vos personnages sont réellement surprenants, comme celui qui est manifestement, féminin, avec les jambes longues, la jupe et le corsage ; mais elle a une tête de poule ! Ou ce sont ses cheveux qui lui font un bec ?

P. : Non, c'est son nez. J'ai souvent des personnages sexuellement ambivalents. Ils peuvent avoir en même temps des seins et un phallus ! J'aime bien ce mélange !

 

JR. : Personne ne vous a jamais demandé d'illustrer des poèmes de Prévert ? Parce que je trouve que certains tableaux, comme votre " Barbie ", par exemple, " Entrechats ", etc. conviendraient parfaitement à ses poèmes.

P. : C'est gentil de me dire cela, mais non, on ne me l'a jamais proposé. Et je ne sais pas si je serais capable d'illustrer quelque chose qui soit préexistant ?

 

JR. : Y a-t-il d'autres questions que vous auriez aimé entendre, et que je ne vous ai pas posées ?

P. : Il aurait fallu que j'y réfléchisse avant ! Donc, c'est bien comme cela.

Entretien réalisé à Banne, dans les Ecuries, le 18 juillet 2006.

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