MYRIAM PAOLI, sculpteur

Entretien avec Jeanine Rivais.

**********

Jeanine Rivais : Myriam Paoli, êtes-vous à Banne en tant qu'artiste Singulière ? Ou artiste contemporaine ?

Myriam Paoli : Ca, c'est une colle ! On n'arrête pas de nous mettre dans des cases, et c'est compliqué !

 

JR. : Dans ce cas, je résumerai ma question en demandant : Où vous sentez-vous le mieux ?

MP. : Je crois que je peux me sentir bien dans les deux. J'aime beaucoup l'esprit singulier, où on nous accepte, où nous nous sentons dans une grande famille ; où nous sommes libres de créer… Mais la galerie contemporaine présente l'avantage de nous donner de grands espaces souvent confortables… Je me sens des deux.

 

JR. : Vous créez uniquement sur fil de fer ?

MP. : Essentiellement. Avec la patine que je crée dessus pour qu'il soit noir. Il s'agit pour moi, de dessiner, de crayonner dans l'espace. Et puis, il y a aussi les " réparures ", des objets cassés, miroirs brisés… Il s'agit alors, de leur redonner une nouvelle vie, se demander comment on va s'en servir, puisqu'il est impossible de leur rendre leur forme originelle.

 

JR. : L'idée de parure semble évidente, mais pas l'idée de réparer, puisque vous ne lui redonnez pas son aspect premier ? Il faudrait dire " recréature " !

MP. : Je ne lui redonne pas sa fonction, en effet. " Recréature " irait très bien, pour un petit animal, comme le petit dinosaure, par exemple. Ou l'hippopotame ! Ce sont vraiment, en effet, des re-créatures " !

 

JR. : Il me semble que certaines de vos œuvres sont en effet tout à fait " crayonnées ", comme le cheval en mouvement. D'autres sont beaucoup plus sophistiquées, comme votre bouquet. Un bouquet, par définition, n'est pas dans la même gamme qu'un cheval. Il me semble que le " crayonnage " du cheval est plus (sans que ce mot soit péjoratif) " brouillon ", et que les lignes du bouquet sont plus " précieuses ", moins mêlées, que le cheval est plus " jeté ".

MP. : Oui, c'est vrai. Il est vrai aussi que le cheval évoque l'idée de mouvement. Le crayonné lui va bien. Alors que ce qui me plaisait dans le bouquet, c'était la finition maximum.

 

JR. : En effet, on le verrait très bien au milieu de roses !

Je vois une sirène, le bouquet déjà évoqué… : qu'est-ce qui motive le choix d'un thème ?

MP. : En fait, quand je commence, je n'en sais rien, je me dis que chaque nouvel objet est un nouveau défi. Je ne me rends compte qu'a posteriori pourquoi cela m'a attirée ? Une difficulté supplémentaire. Par exemple, pour le nounours, j'ai employé un fil de fer inhabituel, pas très chaud : je me demandais si j'allais savoir rendre l'émotion que nous ressentons en tenant un doudou dans nos bras ?

 

JR. : Qu'appelez-vous par un fil " pas très chaud " ?

MP. : C'est une matière qui n'est pas chaleureuse en soi, pas comme le tissu, par exemple…

 

JR. : Vous voulez dire que ce matériau vous a posé problème parce qu'un petit ours est synonyme de tendresse, de câlins, ce que n'implique pas du tout ce matériau ?

MP. : Oui : Etait-il possible de rendre cette émotion-là ?

 

JR. : Conclusion : l'avez-vous rendue ?

MP. : Je crois. Je crois !

 

JR. : S'il fallait que vous définissiez en quelques mots votre travail, que diriez-vous ?

MP. : Je cherche !

 

JR. : Une de vos collègues a apporté un travail à base de corde. Elle emploie des expressions comme " tirer sur la corde ", " aller jusqu'au bout de la corde "… Cette corde a été pour elle un élément de survie. Il me semble que votre relation au fil de fer est plus légère ?

MP. : Non, je ne pense pas. C'est une manière de prendre place dans le monde. Gagner petit à petit une place. La place, chez moi, se gagne presque en fantôme, petit à petit. Comment cela tient-il ? Qu'est-ce qui tient ?

 

JR. : Ce doit être tout de même un travail assez dur, parce que le fil de fer fait mal aux doigts. Est-ce une sorte d'épreuve de force avec ce matériau ?

MP. : Parfois, je me bats avec ! Il faut faire attention : ici un morceau de verre, un gros fil de fer… Il y a souvent de la bagarre, parce qu'au début rien ne tient ! Au départ, tout bouge, et ce n'est que progressivement que l'objet ou l'animal se stabilise.

 

JR. : Y a-t-il un thème que vous auriez aimé aborder et dont nous n'avons pas parlé ?

MP. : Je parle un peu, je crois, de la nature humaine, forte et fragile. Et puis, je trouve bien que notre œuvre parle pour nous !

 

JR. : Mais ce n'est pas mal non plus d'extérioriser ce que vous pensez !

MP. : Oui, c'est un bon exercice de style. Mais tout de même, un tel travail est le fruit d'années de recherches, de tâtonnements… C'est une passion. Personne ne nous apprend en mots l'équivalent de ce que nous créons.

 

JR. : Et des mots qui auraient une densité que n'a pas votre travail… Votre travail se veut léger. Sauf pour votre sirène où vous avez serré le maillage, vos créations sont aériennes.

MP. : Oui.

 

JR. : Avez-vous déjà envisagé de faire un travail tellement serré qu'aucune respiration ne s'en dégagerait ?

MP. : Oui, une fois ! Une fois seulement. Mais dans l'ensemble, j'aime l'impression que les œuvres s'élèvent !

Entretien réalisé à Banne, dans la Grotte du Roure, le 3 mai 2008.

un autre entretien

 un autre artiste