MELAIN NZINDOU, peintre et sculpteur

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Melain Nzindou, vous êtes africain, de quelle origine ?

Melain Nzindou : Je suis d'origine congolaise.

 

JR. : Vous vivez en France depuis longtemps ?

MN. : Oui, depuis dix ans.

 

JR. : Cependant, je crois que vous ne vous êtes pas séparé des influences de vos origines, parce que votre peinture me semble plutôt ethnologique ?

MN. : Oui, complètement, parce que ce n'est pas en changeant de pays que l'on peut changer de culture. Ou, plutôt, on garde sa culture tout en essayant d'assimiler la culture du pays où l'on est installé. C'est pour dire que j'ai toujours travaillé mon art d'après la culture africaine, tout en essayant d'apporter un style un peu contemporain. Tout cela dans l'esprit de l'Art-Récup'.

 

JR. : Les thèmes sont tout de même tous africains. Y compris les personnages. Essayez de me définir ce que vous entendez par : " J'ai essayé d'apporter un style un peu contemporain " ? Quel est cet apport contemporain dont vous parlez ?

MN. : C'est l'apport de la récup' et des assemblages qui marient le réalisme avec un peu d'abstrait. J'apporte aussi parfois un ensemble de collages et de trompe-l'œil. Par exemple, sur une toile, j'ai mis des ficelles qui semblent naturelles, mais qui sont faites en peinture. C'est tout cela que j'appelle le mariage du contemporain et du réalisme.

 

JR. : Quand vous me parlez d'avoir des parties abstraites, je peux vous suivre dans l'idée de contemporanéité. Mais en quoi le fait de faire des ficelles réalistes vous y conduit-il ?

MN. : C'est peut-être le contraire ? Parce que, en fait, ce qui me rend contemporain, ce sont les passages abstraits que l'on voit dans l'œuvre.

 

JR. : Vous avez abordé trois thèmes dans les œuvres que vous exposez : le guerrier, les portraits et le quotidien ? Je voudrais que vous expliquiez comment vous vous sentez par rapport à chacun ?

MN. : Oui. Je trouve que c'est bien d'être universel ; d'être libre. Parce qu'aujourd'hui, on parle de liberté. Alors, j'essaie de faire ce qui me vient à l'esprit, de mélanger les styles et les thèmes. J'aime bien tantôt parler du guerrier, tantôt de la jeune fille assise au repos. J'aime bien ce mélange des genres. Je n'aime pas l'uniformité.

 

JR. : Vous êtes ici à un festival d'Art singulier. Comment pensez-vous que vous vous rattachez à cet Art singulier, parce qu'il me semble que votre art serait plutôt de l'Art populaire ?

MN. : Oui, à première vue on peut penser à de l'Art populaire. Mais pour moi, cela devient de l'Art singulier parce que j'essaie d'introduire le côté abstrait, le côté anonyme du mélange de matières.

 

JR. : Ce serait donc la technique qui vous sortirait de l'idée d'Art populaire pour vous insérer dans l'Art singulier ?

MN. : Voilà ! C'est cela !

 

JR. : Mais tout de même la caractéristique de l'Art singulier, c'est de trouver sur la toile le cœur ou les tripes de l'artiste. Or, vous mettez en avant la technique. N'êtes-vous pas en contradiction avec la démarche, en donnant cette définition ?

MN. : Non, je ne pense pas. Comme je l'ai dit tout à l'heure, l'art c'est la liberté. Il faut donc garder l'esprit singulier, tout en étant libre de faire ce que l'on veut, en fait. Par exemple, aujourd'hui, il y a plusieurs artistes qui proposent des travaux différents. Alors, pourquoi ne pas mélanger les genres ? Mon but est en fait de me diversifier.

 

JR. : Peut-on dire que vous êtes resté fidèle à vos racines par nostalgie ?

MN. : Oui, exactement. Par nostalgie, par souhait et envie.

 

JR. : Quand vous êtes devant une toile ou une planche, puisque plusieurs de vos tableaux ont un support en bois que vous avez récupérer, comment vous vient le choix de ce que vous allez peindre ; scène de rue, portrait ?... Ou est-ce que vous avez une idée préconçue ?

MN. : C'est en fonction de la pièce que je ramasse. Je ne peux pas ramasser la pièce sans imaginer immédiatement ce que je vais faire avec elle. Je ramasse une pièce uniquement quand j'imagine ce que je vais faire de précis dessus.

 

JR. : Vous êtes donc un authentique récupérateur ?

MN. : Oui, je le ressens ainsi.

 

JR. : Y a-t-il des sujets que vous auriez aimé aborder et pour lesquels je ne vous ai pas posé de questions ?

MN. : Oui. A l'automne, j'ai un carnet de voyages qui va sortir sur ces récup's. Tout en parlant de la vie courante de mon pays, le Congo Brazzaville. D'habitude, les gens placent leurs récits de voyages sur du papier, mais moi je voudrais bien qu'une moitié soit sur papier, et l'autre moitié sur de la récup'. Qu'on puisse se rendre compte qu'avec la récup' on peut faire de grandes choses. Tout en faisant passer le message concernant la planète, de récupérer. Quand je vais dans les déchetteries et que je vois des gens balancer de belles planches, je me fais beaucoup de souci, parce qu'on peut récupérer de bonnes choses dans les poubelles, au lieu d'aller couper des arbres. C'est depuis que j'ai pris conscience de ce problème que je me suis plongé dans la récup'. Donc, maintenant, pour le carnet de voyage, je veux montrer que je peux raconter un sujet aussi bien sur la récup' que sur du papier.

Je travaille aussi sur papiers. Mais ce sont plutôt des papiers recyclés, papiers d'emballages, etc.

 

JR. : Vous êtes donc un peintre ethno-écologiste ?

MN. : Je peux accepter cette idée. Mais je pense qu'aujourd'hui, on n'a pas besoin de se proclamer écolo si on ne fait pas de gestes qui l'attestent. Je ne me proclame pas écolo, mais je fais beaucoup de gestes concernant l'écologie. Je m'applique seulement à éliminer quelques gâchis. Cela soulage mon cœur.

 

JR. : Donc, ne pas forcément en parler, mais agir ?

MN. : Voilà ! Comme on le dit, les bons parleurs ne sont pas les bons faiseurs.

Entretien réalisé au Festival GRAND BAZ'ART A BEZU, à Bézu-Saint-Eloi, le 31 mai 2009.

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