MARTINE NONNENMACHER, sculpteur

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Martine Nonnenmacher, de quelle origine est votre nom ?

Martine Nonnenmacher : Il est alsacien. Mes arrières-grands-parents vivaient dans cette région.

 

JR. : Comment en êtes-vous venue à cette forme de création ?

MN. : Par la céramique. J'ai suivi les Beaux-Arts pendant de nombreuses années, mais pas du tout dans l'esprit actuel. Un jour, je me suis rendu compte que ce n'était pas mon rêve que j'accomplissais ; qu'en fait, ce que j'aimais c'était le figuratif, avec des scènes un peu colorées. C'est ce type de travail que j'aime faire.

 

JR. : Hier, quand j'ai regardé votre travail, je me suis interrogée : le personnage est-il le prétexte au chat ? Ou bien le chat est-il le prétexte au personnage ?

MN. : Le chat et moi, c'est une vieille histoire ! Je crois que j'ai toujours fait des chats depuis que je suis enfant. C'est un amour pas du tout raisonné. Mais j'aime les chats et ils m'aiment. Ils sont donc présents dans mon travail.

 

JR. : Ils sont même omniprésents, parce que parfois ils sont plus gros que le personnage. Qu'est-ce qui vous a donné l'idée de les lier, à tel point que par moments on ne sait plus si c'est un chat ou un personnage ?

MN. : Je vis en permanence avec des chats autour de moi. C'est un animal qui m'apaise, que je trouve extrêmement attachant, Il a un instinct de liberté qui m'amuse…

 

JR. : Je crois que la sculpture la plus ludique est celle qui est assise, le nez brillant et très sexy, avec ce chat placé de telle sorte qu'il semble remplacer la feuille de vigne d'autrefois !

MN. : Ce doit être vraiment inconscient ! C'est sans doute le seul endroit que j'aie trouvé pour le positionner ! Et puis, c'était sans doute une question d'équilibre des volumes.

 

JR. : Du coup, on ressent presque un manque, avec un de vos couples à qui vous n'avez pas mis de chat ! Pourquoi ce couple n'en a-t-il pas ? Parce qu'ils se suffisent à eux-mêmes ?

MN. : Voilà ! J'étais partie de l'idée puisqu'ils sont ensemble sans l'être : " elle " pense au bébé, puisque, apparemment, elle attend un heureux évènement. " Lui ", par contre, a le regard ailleurs, et il rêve sans doute d'aller faire un tour à moto. C'est une sorte de dérision du couple qui est soit disant ensemble, mais ne l'est pas vraiment.

 

JR. : Il est exact que lui n'a pas l'air très amoureux, alors qu'elle est très romantique.

MN. : Oui, elle est dans la plénitude de son attente !

 

JR. : A d'autres moments, vous avez fait à la fois le personnage et le paysage.

MN. : Là, c'était plutôt une évocation des pièces de ce genre qui se sont faites dans la Puisaye. En le réactualisant. Et en mettant le personnage dans le vent. Car cette sculpture s'intitule " Dans le coup de vent ". C'est pourquoi elle part un peu en arrière.

 

JR. : Nous en arrivons à la dérision, avec votre Chat botté, complètement statique, lourd, pas du tout élégant. Avec une danseuse au-dessus de sa tête. Sommes-nous au cirque ? Ou dans une inversion des rôles ?

MN. : Un peu. En général, le chat est souple et aérien. Mais comme elle l'a dressé, il est devenu lourd. Comme elle est très heureuse de l'avoir asservi, elle lui a mis des bottes…

 

JR. : Certains de vos personnages sont pratiquement réalistes, dans l'ensemble du corps…

MN. : Peut-être par rapport à mes deux techniques. Je dirai que cette série est à partir de formes tournées, comme dans l'Art populaire. D'autres ont été travaillées à partir d'éléments à plat.

 

JR. : Il arrive un moment où le peintre prend le pas sur le sculpteur. Etes-vous également peintre, parce que je vois par exemple des cas où vous avez repeint par-dessus la terre. Qu'est-ce qui fait qu'à un moment donné, le corps disparaît sous une forme de bouteille, ou de vase, et où vous remplacez le côté réaliste par une peinture.

MN. : En fait, je suis un peintre déçu. Lorsque je procède ainsi, c'est une façon de simplifier les formes. Dans ces personnages-là, c'est pour moi une tradition des formes tournées : comme je n'ai pas envie de faire le corps ou les jambes, je mets un animal qui suggère qu'il y a une vie à côté. Mais en même temps, c'est un décalage que je fais volontairement. Un peu pour étonner. Pour couper le côté modelé. C'est donc volontaire.

 

JR. : Ce que vous appelez " le côté modelé ", c'est le côté réaliste ?

MN. : Le côté volumes. Par rapport au côté dessin.

 

JR. : Vous avez donc deux parties dans votre exposition : l'une extrêmement brillante, que vous avez appelé de l'Art populaire…

MN. : Qui est le vernissé, pour lequel j'utilise une glaçure brillante. C'est un peu dans cette tradition dont je viens de parler, tout en le remettant au goût du jour. Du moins à mon goût à moi. Le raku est autre chose.

 

JR. : Et ce que j'avais d'abord pris pour un bénitier ?

MN. : C'est la " Miss cactus " ! En fait, c'est un peu une blague, un objet à mettre dans un jardin sur un mur, pour évoquer un accueil un peu piquant : j'ai imaginé deux cactus, et je voulais mettre dans la tête qui est creuse, une chevelure faite d'une plante.

 

JR. : C'est donc un pot de fleurs !

MN. : Oui, dans lequel je n'ai rien mis pour laisser libre l'imagination du spectateur.

 

JR. : Comment passez-vous de l'une de vos techniques à l'autre ?

MN. : Quand je suis lasse du raku, je fais de la vernissée. En outre je suis Gémeaux, alors j'ai une double démarche, et il y a souvent deux éléments contradictoires dans mes sculptures. Le raku est une technique puissante, qui demande beaucoup d'énergie, surtout pour les cuissons. Je ne peux donc pas faire cela tout le temps, c'est épuisant. Tandis que la vernissée a un côté extrêmement reposant. C'est un peu ma récréation. Elle me détend, C'est plus simple. Je sais que les couleurs vont sortir à peu près comme je les ai mises. C'est plus simple…

 

JR. : Moins aléatoire ?

MN. : Oui, je maîtrise bien ma technique, tandis que sur le raku, c'est plus complexe. Il y a des surprises. Et c'est plus éprouvant sur le plan technique.

 

JR. : Comment êtes-vous " arrivée " à Saint-Galmier ?

MN. : J'avais rencontré Alain Kieffer sur plusieurs manifestations, pendant de nombreuses années. Et, un jour où nous étions côte à côte, il m'a parlé de " Céramiques insolites ". Mais déjà, je lui avais dit que ce concept me plaisait, et que j'aimerais travailler dans cet esprit-là.

Longtemps, j'ai été potière, réalisant des bols et autres poteries. Mais j'étais fatiguée de ces décors plats, dans des couleurs toujours très proches.

 

JR. : Cette exposition est une manifestation d'Art singulier, mais surtout " Art insolite ", puisque c'est sa définition même. Comment vous sentez-vous par rapport à l'un ou l'autre mots ?

MN. : " Insolite " me semble être hors mode. Parce qu'il y a tout de même des courants et des modes dans la céramique. Je trouve que c'est très bien de côtoyer des personnalités, des gens qui suivent leur idée, sans s'attacher à l'effet mode existant ailleurs. Je me sens bien ici, parce qu'en fait je fais mes œuvres, et ce qu'en pense le public n'est presque pas mon propos !

 

JR. : Y a-t-il d'autres questions que j'aurais dû vous poser ?

MN. : Non, je ne crois pas. Je pense que nous avons fait le tour.

  Entretien réalisé à Céramiques Insolites à Saint-Galmier, le 17 mai 2009.

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