GUY MOQUET.

(1924-1941)

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Quelle biographie écrire pour un jeune garçon, presque encore un enfant, qui s'est lancé avec toute la fougue romantique de l'adolescence, dans une action politique clandestine et une participation ouverte à des manifestations contre l'occupant ?

Aucun mot ne saurait être plus émouvant que sa lettre, écrite à sa famille, le matin de sa mort :

 

Châteaubriant le 22 octobre 1941.

 

Ma petite maman chérie, Mon tout petit frère adoré, Mon petit papa aimé,

 

Je vais mourir ! Ce que je vous demande, à toi en particulier, petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c'est que ma mort serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean ; j'ai embrassé mes deux frères, Roger et Rino. Quant au véritable, je ne peux le faire, hélas !

J'espère que toutes mes affaires te seront renvoyées; elles pourront servir à Serge qui, je l'escompte, sera fier de les porter un jour.

A toi, petit papa, si je t'ai fait, ainsi qu'à petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois.

Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée.

Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j'aime beaucoup. Qu'il étudie bien pour être plus tard un homme.

Dix-sept ans et demi ; ma vie a été courte ! Je n'ai aucun regret si ce n'est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine.

Je ne peux pas en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Séserge, papa, en vous embrassant de tout mon coeur d'enfant.

Courage !

Votre Guy qui vous aime.

Guy

Dernière pensée: "Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les vingt-sept qui allons mourir ".

 

17 ans ! A l'âge de tous les rêves réalisables, ceux de Guy Môquet s'arrêtent ! Pris en otage, il est, avec Charles Michels et bien d'autres, fusillé par les Allemands, à Châteaubriant, le 22 octobre 1941.

Il repose au Père Lachaise.

 

Jeanine Rivais.

 

Aujourd'hui, cette lettre a été vulgarisée de manière éhontée. Mais à l'époque de cette série de textes, aucune bibliothèque n'avait la moindre documentation. J'ai dû solliciter le Parti Communiste qui a eu bien du mal à la retrouver, ainsi que la photo du jeune garçon.

un autre personnage célèbre