ARTE DIEM, LOUIS MOLLE, sculpteur et VINCENT BUFFILE, concepteur.

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Vincent Buffile, je connais déjà Louis Molle, mais vous, qui êtes-vous ? D'où sortez-vous ?

Vincent Buffile : Je sors d'un four de céramiste, puisque mes parents avaient à Aix-en-Provence, un atelier de céramique. Je suis donc la deuxième génération de la famille !

 

JR. : Louis Molle, je vous ai connu " cartoniste " !

Louis Molle : Oui. Plasticien, travaillant particulièrement le carton. Avec le carton, j'ai rencontré des facilités de mise en œuvre qui correspondent bien à mon mode d'expression. Elles m'emmènent de plus en plus vers d'autres supports. J'utilise toujours le carton pour les œuvres, mais souvent les bases peuvent être en bois ou en polystyrène recouverts de carton, puis polis et peints.

 

JR. : Tous deux suiviez donc deux voies complètement différentes : comment vous êtes-vous rencontrés ?

LM. : C'est une tierce personne qui nous a mis en contact, Gina de Luca. Elle dirige l'association Arte Diem de Saint Chamont. Elle connaissait mon travail de peintre, et elle avait envie de voir ce que cela donnerait en céramique. Elle a profité d'une Résidence d'artistes pour me mettre en contact avec un céramiste qui puisse m'inculquer les bases du métier et travailler avec moi. Elle a trouvé Vincent qui avait déjà cette expérience avec d'autres peintres.

 

JR. : D'où vient le nom de votre " duo ", Arte Diem ?

LM. : Arte Diem n'est pas le nom qui nous est particulier. C'est le nom de l'association qui nous a fait naître, et qui a pour objet de promouvoir des travaux de céramique. C'est en quelque sorte une école de céramique. Nous utilisons cette " étiquette " en tant que poulains de l'association, mais quand notre collaboration avec Arte Diem sera terminée, nous courrons de nouveau sous notre double nom.

 

JR. : Vous dites dans votre CV commun, que Vincent Buffile fait les supports que vous appelez " des modules ", et Louis Molle les œuvres. Comment s'est déterminée chacune de vos participations ? Vous, Vincent Buffile, pourquoi avez-vous choisi d'exécuter les bas ?

VB. : Peut-être parce qu'il fallait travailler les volumes dont Louis n'avait pas encore assez l'habitude. Nous avons au départ choisi des formes plates, plus faciles à gérer.

LM. : Pour ajouter à ce que vient de dire Vincent, au départ je n'avais aucune expérience. Il a donc dû commencer par la base, pour m'initier.

 

JR. : Vous avez donc travaillé ensemble de A à Z ? Ou vous avez parfois travaillé séparément, puisque le bas est toujours monochrome, et le haut polychrome. Pourquoi ce parti pris d'avoir ainsi cette masse colorée en bas, alors que vous auriez pu choisir une polychromie personnelle qui se serait conjuguée à celle de Louis Molle ?

VB. : Nous étions un peu dans l'urgence. Et puis, ce volume de base a aussi sa présence, il ne fallait pas l'imposer et casser l'effet produit par le haut. Il fallait laisser la place au travail de Louis Molle. Je pense que les deux effets se complètent, s'équilibrent.

 

JR. : Est-ce aussi l'urgence qui vous a fait choisir presque uniquement des végétaux, des fleurs très stylisées ?

LM. : Personnellement, je n'ai pas la symbolique des fleurs. Chacun peut y voir ce qu'il entend, mais en réalisant ces " hauts ", je n'ai pas pensé aux fleurs. J'ai pensé à des formes relativement dépouillées pour aller avec le piètement qui, par lui-même, est assez simple. Nous avons cherché à avoir une cohérence esthétique. Puis, mon problème a été de trouver un équilibre de couleurs, parce que les couleurs de la céramique n'ont rien à voir avec celles de la peinture. C'était là surtout, mon problème.

VB. : En choisissant les matériaux céramique appropriés, nous sommes parvenus à trouver pour Louis des formes qui se rapprochent de son travail habituel.

 

JR. : C'est ce que j'allais remarquer. Je retrouve ce côté plat, de peu d'épaisseur qu'il répétait dans les cartons.

LM. : Le côté plat m'a été une simplification technique. Parce que chacun savait bien que si je faisais quelque chose en volume, ce serait plus long, il y aurait des accidents de construction, etc.

Finalement, je me suis approprié ces formes plates, comme autrefois avec les cartons, qui me permettaient de travailler dans l'urgence que nous avons évoquée. Mais travailler ainsi dans l'urgence me semble très positif car on est sûr d'être authentique. On est débarrassé de réflexions qui sont parfois empruntées à d'autres, on recopie un savoir-faire, etc. Ici, il s'agissait vraiment d'une pulsion qui était celle que j'avais pour colorer mes tableaux. C'est ce que j'ai trouvé sympathique, et qui m'a poussé. Finalement, un artiste n'est-il pas le meilleur quand il ne réfléchit pas ?

 

JR. : Vous avez d'autres projets d'expositions ?

LM. : Nous sommes engagés pour trois ans avec Arte Diem. A la fin de cet engagement, chacun reprendra sa liberté. Nous projetons de continuer à faire un travail en commun. Je ne sais pas si Vincent deviendra peintre à mon contact, mais comme géographiquement nous sommes un peu éloignés, je vais essayer d'avoir quelques initiatives en céramique. En attendant, cette collaboration me semble des plus positives. Il me pousse en avant, me permet des audaces techniques que je n'aurais jamais tout seul !

VB. : Cette résidence d'artistes est vraiment une situation idéale pour nous qui n'avons aucun soucis d'intendance, aucune responsabilité autre que celle de créer.

 

JR. : Désirez-vous, l'un ou l'autre, ajouter quelque chose que nous n'aurions pas évoqué ?

VB. : Que nous sommes heureux. Que, dès que nous parlons de céramique, nous sommes contents…

LM. : Que j'ai découvert une passion supplémentaire. Tout cela dans le bonheur !

 

JR. : Cette découverte de la céramique a-t-elle complété ou exclus le carton ?

LM. : Exclus ! Pas du tout ! C'est un plus !

 

JR. : On peut donc imaginer que vous réalisiez des œuvres avec les deux ?

LM. : Pour le moment, je ne l'envisage pas. Ce que m'apportent les céramiques c'est l'appréhension du volume. Quand je fais mes tableaux, ils sont souvent en relief, certains sont carrément des bas-reliefs, certains sont bifaces ; mais ce n'est jamais comme dans avec mes sculptures, où, à certains moments, le spectateur tombe sur une tranche. Avec la céramique, on peut accéder directement au volume, la troisième dimension dans sa plénitude. Et dans l'avenir, si je travaille seul de la céramique, je vais très certainement faire des volumes.

 

Entretien réalisé le Samedi 20 mai 2006, à l'Ancienne Abbaye de Saint-Galmier, dans le cadre de " Céramiques insolites ".

 

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