MISKA, sculpteur

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Miska, commençons par la traditionnelle question : Pensez-vous être à Banne en tant qu'artiste singulière, ou en tant qu'artiste contemporaine ?

Miska : Je n'aime pas du tout les étiquettes. Quand j'ai commencé, je ne connaissais pas l'Art singulier. On me disait que mon travail " était singulier, brut, etc. " Et invariablement, je répondais : " Heureusement que c'est singulier ! " C'est-à-dire que pour moi, un artiste doit avoir sa touche personnelle, donc être singulier. Par contre, je suis une fervente des batailles aux pauvres, c'est une de mes revendications, donc je me sens bien dans la famille singulière.

 

JR. : Vous avez donc trouvé votre place. Vos œuvres sont des sculptures, en général des personnages, souvent très déformés : en quel matériaux sont-ils, puisque vous dites aimer la récup' ?

M. : Il y a généralement une structure en métal, sur laquelle je colle du papier. Mais du papier encollé avec différents liants, sur lesquels j'incruste des matériaux principalement de récupération, que j'appelle " des détritus ", et beaucoup de végétaux. En fait, j'évolue entre le monde industriel et la nature. J'aime avoir des sculptures colorées, toutes les couleurs proviennent des papiers ou des matériaux.

 

JR. : C'est donc l'objet ou le papier récupéré qui va déterminer la couleur de la sculpture ?

M. : Cela dépend. Parfois c'est un objet qui va me donner une idée, créer une harmonie de couleurs, ou l'inverse. Mon atelier est plein de tiroirs dans lesquels je cherche les matériaux que je pourrais utiliser.

 

JR. : Je vois devant nous un Bouddha…

M. : C'est une série que j'avais faite où j'étais entrée dans la légende. Je voulais montrer qu'aussi bien des légendes comme le Père Noël, des légendes de contes de fées ou des dieux étaient universels. Qu'ils faisaient partie de l'imaginaire. J'ai donc mélangé Bouddha, le Christ, le Père Noël,… Souvent une sculpture en déclenche d'autres, c'est pourquoi je procède par séries.

 

JR. : Je vois de rares personnages très raides, pour lesquels seuls les ajouts créent un mouvement. Mais la plupart sont très mobiles.

M. : Oui. J'ai toute une série intitulée " Vous dansez ? ". J'aime bien que mes sculptures soient un peu déjantées au niveau du geste, que cela bouge...

 

JR. : N'y a-t-il pas, par conséquent, différence d'esprit entre les unes et les autres ?

M. : Oui. Parce que je voyais un peu comme des totems, certaines qui font partie de la série des légendes, et que j'avais appelées, justement, " Entrez dans la légende ".

 

JR. : C'est la raison pour laquelle ils n'ont pas de pieds ?

M. : Oui, il n'y en a pas beaucoup, mais il y en a un sobre de temps en temps.

 

JR. : Vous montrez aussi des Indiens, une danseuse de french cancan… Qu'est-ce qui vous amène à des sujets aussi éloignés ?

M. : J'aime beaucoup le french cancan, je reviens donc souvent sur ce thème. J'aime bien l'univers de Toulouse-Lautrec. L'autre n'est pas un Indien. Je suis partie d'une légende qui le fait ressembler à un Iroquois ou un punk. Mais en fait, au départ, c'était Diane chasseresse. Cela m'a conduite vers une autre série intitulée " Fémininistes et machobobos ", pour me moquer un peu de ce qui se passe entre les hommes et les femmes. En fait, je l'ai débaptisée, et je l'ai appelée " Calamity Diane ", ce qui m'a entraînée vers une autre série. Cela se passe souvent ainsi. La petite fémininiste à côté, représente George Sand. Elle s'appelle " George ".

 

JR. : Puisque vous leur donnez des titres, quel sens ont-ils ? Sont-ils redondants de l'œuvre ? Sont-ils complémentaires ? Ou sont-ils opposés ?

M. : Plutôt complémentaires. J'aime beaucoup jouer aussi avec les mots. J'ajoute souvent une petite phrase très indicative, même parfois plus longue, comme " La concierge est dans l'escalier "… Jouer avec les mots, mais discrètement. Il n'y a pas de longs textes dans ce que je fais.

 

JR. : Je vois au-dessus quelques œuvres murales. Vous dessinez également ? Vous peignez ?

M. : Oui, mais très peu.

 

JR. : Il ne faut donc pas considérer ce que vous présentez et qui me semblait moins réaliste, moins proche du corps que vos sculptures, comme vous représentant ?

M. : Si, si. Mais ce n'est pas de la peinture. C'est toujours à base de papiers. Il y a de temps en temps une touche de peinture, mais tous sont à base de papiers. Effectivement, ils ressemblent à des tableaux, mais ils n'en sont pas.

 

JR. : Vous êtes donc complètement dans le monde du collage ?

M. : Oui.

 

JR. : Vous semblez parfois introduire des " anomalies " surprenantes, comme sur cette grande sculpture dont on pourrait dire qu'elle est constituée de " deux étages ", et dont ce qui pourrait être le bassin, est complètement lié par du raphia ?

M. : Ce n'est pas du raphia, c'est toujours du papier !

 

JR. : Pourquoi est-elle ligaturée ? J'imaginais déjà toute une symbolique, l'empêchement de la maternité…

M. : Je n'en sais rien ! Elle s'appelle " Crâne de piaf ". Elle est en même temps Edith Piaf, et une femme un peu naïve… Il y a au contraire dedans l'idée de la maternité. Il y a un petit œuf en bas… Il y a Coucou, le petit oiseau qui va sortir, parce que c'est la photo. C'était un jeu entre l'œuf, l'oiseau…

 

JR. :Voulez-vous ajouter quelques précisions sur votre travail, des idées que nous n'avons pas développées ?

M. : Non. J'ai bien du mal à parler de mon travail ! Heureusement que vous m'avez aidée par vos questions !

 

Entretien réalisé, à Banne, dans les Ecuries, le 20 juillet 2006.

 

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