CATHERINE MEDICO, sculpteur d'Art-Récup'.

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Catherine Médico, êtes-vous à Banne comme artiste Singulière ? Ou artiste contemporaine ?

Catherine Médico : Je n'en sais rien. Je ne me mets pas d'étiquette.

 

JR. : Dans ce cas, qu'est-ce qui vous a motivée, pour venir à Banne ?

CM. : Je n'en sais rien. J'en avais entendu parler. J'aimais bien certains artistes qui y étaient venus avant. L'ambiance. Un peut tout, en somme.

 

JR. : Vous étiez déjà venue en tant que visiteuse ?

CM. : Non, mais j'avais vu le catalogue, et j'avais été intéressée par les artistes qui y figuraient.

 

JR. : Tout de même, vous vous rangez dans l'Art-Récup' ?

CM. : Oui, en quelque sorte.

 

JR. : Dans quel esprit et quels éléments récupérez-vous ?

CM. : Ce qui m'intéresse, c'est l'objet lui-même. Son histoire. Je pars d'un objet, et je construis autour de lui.

 

JR. : Mais où les récupérez-vous ? Parce qu'en fait, il semble que ce soit des objets très contemporains ?

CM. : Oui. Des objets très courants. Souvent des objets de cuisine, que je trouve dans les vide-greniers, les brocantes, les Emmaüs, même les décharges. Parfois, même, des gens m'apportent des objets les plus hétéroclites.

Tout de même, je veux qu'ils aient vécu. Parfois, je récupère de très beaux objets et c'est rarement eux que j'utilise en premier.

 

JR. : A propos des " cadeaux " de vos voisins, j'ai fait un entretien, voici quelques années avec une artiste qui, elle, collectionnait les pierres. Et elle disait qu'en fait, ces apports ne correspondaient jamais à ce qu'elle attendait des pierres. Qu'en est-il pour vous ?

CM. : Moi, je n'attends rien ! Je fonctionne par coups de cœur pour les objets. Ceux qui ont un vécu, qui peuvent avoir des bosses… C'est aussi une question de volume, de vibration, comment ils reçoivent la lumière, leur couleur… Si c'est un tissu, il peut être effrangé, etc.

 

JR. : A partir du moment où vous désirez choisir plusieurs objets, quelles qualités doivent-ils posséder pour que vous décidiez de les réunir ?

CM. : Je pars d'un objet, son volume. Je visualise une histoire, quelque chose…

 

JR. : Quelque chose qui n'a rien à voir avec l'objet que vous tenez, mais qu'il a fait surgir ?

CM. : C'est cela. Je vais ensuite voir dans mon stock d'objets et je fais un choix…

 

JR. : Il faut donc que les suivants soient dans une complémentarité, ou un paradoxe, etc. un mince un lourd, un brillant un mat…

CM. : Peu importe : c'est une question de coup d'œil. L'assemblage est une histoire de duel. C'est comme une construction.

 

JR. : A partir du moment où vous disposez de vos objets, votre construction se fait en direction de la vraie vie, des humanoïdes ? Parce que, à part quelques animaux, il me semble que vous avez réalisé beaucoup de personnages ?

CM. : Oui. J'aime bien " les humains ". Souvent, je fais la tête qui me relance sur autre chose, et ainsi le personnage prend un caractère. Il commence à vivre.

 

JR. : La tête serait donc votre seule création personnelle, et après…

CM. : Non, non ! Il arrive que je fasse tout un assemblage en fil de fer, parce que j'aime le modelage.

 

JR. : C'est donc un second aspect de votre travail ?

CM. : Oui. Parce qu'au départ, je suis modeleuse.

 

JR. : Quand vous faites vous-même les têtes, que souhaitez-vous faire exprimer à vos personnages ? Ainsi, votre mariée et ce que je suppose être son époux, n'ont pas l'air extrêmement heureux. Lui, a même un petit air triste…

CM. : Non ! Ils sont intériorisés. Ils sont dans une attitude de recueillement, de contemplation. Ces gens voyagent. Et dans le voyage, la contemplation intérieure est aussi importante que celle des paysages.

 

JR. : Et ce personnage ailé, quel est-il ?

CM. : C'est un travail plus ancien, que je suis d'ailleurs en train de reprendre. Il y a toujours un décalage entre le mental et le physique. C'est un peu le rapport entre le visible et l'invisible. Des mondes qui se croisent. Des personnages qui vont quelque part, qui explorent. Il y a souvent des objets en rapport avec la vue : des lunettes, des longues-vues, des doubles vues, etc. Beaucoup de rapports à la vision de loin, les pionniers, les explorateurs, tout ce monde-là m'intéresse !

 

JR. : Y a-t-il un autre aspect de votre travail que vous auriez aimé évoquer ?

CM. : Le côté recherche d'objets qui n'en est pas une forcément. L'important dans mon travail, c'est la quête. Je n'aime pas le mot " récupération ". Par contre, ce que je cherche, c'est l'histoire de l'objet, l'histoire des gens, l'aventure des gens, de leur imaginaire, tout ce qui se trame dans les têtes, dans l'idée d'aller en avant. Ma quête de l'objet n'est pas seulement d'amasser. Non pas la récup', mais l'histoire de l'objet : comment est-il parvenu dans une brocante ? A qui a-t-il pu appartenir ? Pourquoi est-il cabossé de cette manière ? Etc.

Un autre aspect de mon travail tient au fait que j'aime bien jouer avec la lumière. Que les objets que je réalise jouent avec la lumière. On me demande souvent pourquoi je ne les éclaire pas ? C'est parce que j'aime qu'un rayon de soleil, une lumière venue de l'extérieur joue dessus. J'aime cet aspect transparence et lumière. J'aime aussi le mouvement immobile ; que l'objet immobile ait l'air d'être en mouvement. J'ai des ressorts qui accentuent cette impression. Mais c'est plutôt un jeu. Car il y a aussi un aspect ludique et de dérision dans mon travail.

Entretien réalisé à Banne le 3 mai 2008.

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