VALENTIN MALARTRE sculpteur.

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Même question qu'à tous vos collègues : pensez-vous être à Banne à titre d'artiste Singulier ? Ou contemporain ?

Valentin Malartre : Je n'en sais vraiment rien. Et je n'ai pas envie de me positionner par rapport à ce cadre étroit. Surtout, tout dépend de mes travaux, parce que je fais des constructions qui peuvent entrer dans l'Art singulier ; mais je fais aussi des travaux qui n'ont rien à voir avec cette catégorie. Je dirai tout de même que cette autre partie est plus reliée à l'Art contemporain, parce que j'introduis du son, de la lumière, elle est beaucoup plus travaillée que mes constructions métalliques.

 

JR. : Etes-vous autodidacte ? Ou avez-vous fréquenté les Beaux-Arts ?

VM. : J'ai fait une école d'Arts appliqués. Après, j'ai suivi pendant une année les cours de la Faculté d'Arts plastiques de Strasbourg. Mais je trouvais l'enseignement trop rigide. Je ne suis donc pas complètement autodidacte, parce que j'ai appris des choses dans ces écoles. Et j'ai rencontré beaucoup d'artistes. Je ne suis donc pas non plus un ermite qui a travaillé tout seul. Et puis je suis issu d'une famille d'artistes. Ma mère est peintre. Mon père est architecte.

 

JR. : Vous êtes à la fois peintre apparemment, et sculpteur. Comment appelez-vous vos sculptures de métal ?

VM. : Je suis aussi graveur. J'appelle mes sculptures des objets animés, des jouets, des sculptures mobiles… Je trouve que c'est plus intéressant quand cela bouge ! Et que cela fait du bruit !

 

JR. : Oui, je m'en suis aperçue depuis deux jours que je parle avec vos collègues en essayant de dominer le bruit de vos infernales machines. Au point que me voilà presque aphone !!

Mais il est évident, en les voyant, qu'elles attendent d'être tirées, poussées…

VM. : Oui. Ou d'être intégrées dans des petits films d'animation, spectacles de marionnettes, théâtres, etc. J'aimerais ouvrir le plus possible le champ dans lequel je peux montrer mon travail. De plusieurs manières différentes. J'ai déjà fait des films d'animation avec de petits personnages que je fabrique. Mais le théâtre m'intéresserait vraiment.

 

JR. : On peut dire que chacune de vos sculptures est à la fois le personnage et la machine ? C'est-à-dire qu'ils sont tellement intégrés l'un à l'autre que l'on n'a pas l'impression que le personnage soit " dans " la machine.

VM. : Oui. La mécanique, pour moi, doit faire partie de la sculpture. C'est pourquoi, dans certains cas, comme " Saint-Georges et le dragon ", je la mets bien en évidence pour qu'elle fasse partie de l'œuvre. Je suis fasciné par les roues, tout ce qui est engrenage, mécanique…

 

JR. : On peut dire aussi que tous vos personnages sont issus de contes ?

VM. : Des chimères, oui ! Pas vraiment des monstres, mais il y a des loups, des canards…

 

JR. : Peut-être pas des chimères, mais la mythologie !

VM. : Parfois. Mais ils ne sont pas tous rattachés à un animal mythologique. Seuls quelques-uns le sont. Le basilic, le poulet/dragon, etc. Sinon, je les invente. Je choisis des éléments. Les cornes m'attirent beaucoup. Les grandes gueules, toujours.

 

JR. : Oui, en effet, tous l'ont très grande. Parfois, elle est même incomplète. Par exemple votre loup n'a pas de mâchoire du bas. Pourquoi avez-vous procédé ainsi ?

VM. : C'est le hasard du travail. Quand je m'arrête, je m'arrête. Et puis un moment après, je peux décider de changer la tête, la couper…

 

JR. : A part quelques roues qui sont en bois, vous travaillez uniquement le métal ?

VM. : Non, non ! Pas uniquement. Justement, j'essaie d'être le plus ouvert possible sur la qualité des matériaux. J'aime bien bois, métal, tissu…

 

JR. : Lorsque vous travaillez le métal, on peut dire qu'il est à la fois leur peau et leur vêtement, tandis que lorsque vous ajoutez du tissu, ils ont malgré tout très nettement un vêtement. Pourquoi ?

VM. : Je n'en sais rien ! Je construis, et tout dépend comment cela vient !

 

JR. : Venons-en à vos peintures.

VM. : Ce sont des sérigraphies, pas seulement de la peinture ! Je peins sur des papiers… et ensuite avec la sérigraphie, je joue sur les couleurs en passant plusieurs fois le même cache.

 

JR. : Vous partez d'éléments presque abstraits. Et dessus, vous posez les motifs, presque les éléments de vos sculptures.

VM. : Je cherche dans le graphisme, dans la sculpture, rien n'est arrêté, l'un n'est pas avant l'autre.

 

JR. : Revenons à votre graphisme qui va vous servir de décor pour donner en fait un lieu de vie, ou un décor de vie à vos personnages sculptés, alors qu'ici, ils sont hors de tout contexte.

VM. : Tout dépend lesquels.

 

JR. : Voulez-vous ajouter quelque chose ? Y a-t-il une question que je ne vous ai pas posée ?

VM. : Non ! Je ne suis pas trop discours ! En ce sens, je ne suis sans doute pas très contemporain !

 

JR. : Si je peux être perfide, je dirai qu'au stade où vous en êtes, vous n'êtes pas contemporain, dans la mesure où vous ne remplacez pas encore le " faire " par le " dire ".

VM. : Je trouve que c'est trop important de faire ! Je ne veux surtout pas remplacer le faire ! Par contre si le " faire " est fort, il peut être intéressant de l'accompagner par le " dire " à condition que celui-ci ne prenne pas le dessus ! Un discours intelligent qui complète le " faire " me semble intéressant.

 

JR. : Tout de même, je crois que votre travail est suffisamment évocateur pour n'avoir pas besoin de discours. Le " dire " ne pourrait donc que faire redondance ! N'ayez donc pas de regrets. D'ailleurs, vous vous en êtes très bien tiré !

Entretien réalisé à Banne le 11 juillet 2007.

 

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