NICOLAS MALAIZE, dit " NICOU ", peintre

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Nicolas Malaize, vous signez vos œuvres " Nicou " : pourquoi ?

Nicolas Malaize : Il y a une raison bien particulière ! C'est que, quand j'étais enfant, mes parents m'appelaient Nicou.

 

JR. : On pourrait donc dire que c'est votre part d'enfance qui reste sur vos toiles ?

NM. : Exactement.

 

JR. : Elle est en effet très grande dans vos peintures : il se trouve que vous êtes placé à côté des œuvres des petits de la Maternelle, et il n'y a aucun hiatus entre les portraits qu'ils ont faits, et les vôtres. Tout se passe comme s'il y avait une continuité, une concordance. Etes-vous d'accord avec cette " proximité " ?

NM. : C'est vrai. Je suis d'accord. Je regarde un peu au niveau des dessins, et je suis content d'être placé ici.

 

JR. : On peut vraiment réaffirmer que vous avez conservé cette part d'enfance…

NM. : Pas dans toutes mes œuvres. Comme je ne suis plus un enfant, il y a des moments, des périodes plus sombres, et la part d'enfance disparaît alors.

 

JR. : Sans doute. Mais dans ce que vous avez apporté à ce festival, chaque œuvre garde la linéarité du dessin d'enfant, avec, sur le visage, les traits essentiels : les yeux, le nez, la bouche, sans aucun autre détail. En fait, c'est la ligne et non les pleins qui fait votre personnage.

NM. : Oui, oui, tout à fait ! Je commence toujours par ces éléments du visage pour créer mes personnages.

 

JR. : La plupart du temps, vos personnages sont sur ce que j'appelle un non-fond, c'est-à-dire sur une surface colorée, mais qui, jamais ne les situe géographiquement, socialement, etc.

NM. : Exactement. Je ne les situe jamais. Par contre, j'aime bien les entourer de symboles, d'animaux, d'éléments de la nature…

 

JR. : Cependant, même quand vous ajoutez en effet, ces éléments, comme sur votre couple, ce sont simplement une ou deux fleurs, des étoiles, un chien… Par contre, le couple semble différent des autres individus : les deux personnages sont entiers, et vous avez même ajouté leur environnement : un enfant, qui est peut-être leur enfant, le chien que nous venons d'évoquer, et les fleurs.

Vous avez donc, sur ce tableau, créé un contexte. Mais un contexte qui se situe dans les éléments de l'amitié. Cela me fait penser à Picassiette qui, sur sa maison et dans son jardin, n'a mis que des animaux gentils, comme la colombe, ou amis de l'homme comme le chien… Peut-on dire que vous avez travaillé dans le même esprit ?

NM. : Je connaissais le site de Picassiette, mais sans connaître ce détail concernant les animaux. Mais s'il a procédé ainsi, ce que j'ai fait était bien dans le même esprit. Exactement le même.

 

JR. : Ce couple, par ailleurs, me semble un peu à part, parce que les personnages sont très nettement sexués…

NM. : Oui. Ce qui est très rarement le cas dans mes œuvres.

 

JR. : Par ailleurs, on sent beaucoup d'amour dans ce couple, parce que l'homme a certes son sexe bien en évidence, mais aussi son cœur. Et pour la femme, vous avez insisté sur la part un peu érotique, c'est-à-dire les deux seins bien dessinés, et le sexe également bien évident. Qu'est-ce qui vous amène, à un moment donné, à faire des personnages hors de tout contexte ; d'autres fois des personnages plus précisément situés ?

NM. : Je ne fais pas souvent des personnages très sexués. Par contre, souvent, les personnages reviennent par deux. En fait je suis du signe des Gémeaux, ce qui peut expliquer cette démarche. Mais il est très rare que je représente des femmes, parce que j'ai peu de relations avec elles. Finalement, j'aime bien dans mes peintures, deux personnages, et parfois un personnage/portrait, parce que je me sens souvent dans une solitude très forte.

Avant, je ne mettais pas " Autoportrait ", sur mes œuvres mais maintenant, je le mets. C'est un peu compliqué, parce que parfois, je ne sais pas trop si c'est ou non un autoportrait ?

 

JR. : Je dirai que dans l'ensemble, c'est oui : vous êtes, volontairement ou non, complètement chauve, et vos personnages le sont la plupart du temps. Par contre, je remarque que, sur les toiles où vous avez mis des personnages placés dans un lien très évident, le garçon a des cheveux.

NM. : C'est vrai. On peut dire que là, j'ai vraiment réalisé un couple. Mais peut-être est-ce parce que, moi, je ne vis pas en couple ?

 

JR. : Ce pourrait donc être une projection de vos désirs secrets ? Pour moi, face à vos œuvres, j'ai le sentiment très fort d'être devant un authentique artiste singulier. Parce que je trouve votre cœur et vos tripes sur la toile.

Je redis que l'on sent une grande harmonie entre les deux éléments de vos couples. Et même lorsque vous placez l'un des personnages en arrière de l'autre, et que, peut-être, il y a plus de détresse dans leurs yeux, ils sont néanmoins face au visiteur. Ils essaient donc de communiquer avec lui. Nous sommes en off mais ils nous regardent. Nous sommes en pleine relation avec eux. Et c'est le cas avec toutes vos toiles.

NM. : Oui. On me l'a souvent dit.

 

JR. : J'ajouterai que lorsqu'ils nous regardent, ils ne cachent rien de leurs sentiments. Surtout lorsqu'on les sent bien désemparés. Ils ont les yeux tristes, les bouches…

NM. : Oui, c'est vrai, souvent ! Dans les autoportraits, c'est souvent une personne en désarroi. Je ne peux pas faire autrement !

 

JR. : Mais rassurez-vous, personne ne vous demande de faire autrement ! Ce serait dommage que vous essayiez de cacher ces sentiments si forts !

NM. : C'est que, parfois, je suis gêné d'exprimer mon désarroi…

 

JR. : Mais s'il n'était pas si fortement exprimé sur la toile, vous seriez peut-être à… l'asile ?

NM. : C'est vrai. Je le ressens bien ainsi, quand j'y réfléchis !!

 

JR. : Pour résumer, on peut donc dire que chacune de vos œuvres est un autoportrait à un moment donné de vos états d'âme ?

NM. : Oui, c'est cela ! C'est entièrement cela ! Je suis entièrement d'accord avec cette définition !

 

JR. : Parlons de vos couleurs : elles me semblent refléter très exactement les mêmes situations : Votre couple et son enfant sont dans des rouges orangés très vifs. Alors que sur beaucoup d'autres œuvres, les couleurs sont sombres, presque les couleurs du deuil. D'autres sont des couleurs mêlées qui donnent une sensation de désarroi, de perturbation.

NM. : Oui, voilà ! Ce sont des toiles que j'ai peintes avant le festival. Et comme je suis un angoissé, que je m'inquiète beaucoup, ces sentiments ont dû se refléter dans ma peinture. Je n'avais plus de toiles, il fallait que je travaille ! Tout cela a joué sur mes états d'esprits.

Mais je ne voudrais pas être limité au travail des autoportraits qui reflètent parfois de l'amertume. C'est pour cela que je me rattrape avec le dessin. Il y a une part joyeuse avec le dessin. Heureusement qu'il y a le dessin.

 

JR. : Venons-en donc à eux. Il faut s'approcher pour les regarder. Parce que, contrairement à vos peintures qui remplissent la toile, ils sont des petites séquences placées côte à côte, dans des couleurs effectivement très joyeuses.

NM. : Oui. On m'a beaucoup dit qu'ils convenaient très bien dans des chambres d'enfants.

 

JR. : Vos dessins sont également de la peinture ?

NM. : Ils sont plus souvent travaillés aux feutres.

 

JR. : J'imagine que, lorsque vous êtes sur vos grandes peintures, vous êtes relativement loin de la toile, vous peignez à bout de bras. Alors que, dans vos dessins, vous êtes dans une proximité évidente ? Je vous imagine très bien le nez tout près de l'œuvre.

NM. : Voilà. Je suis à une trentaine de centimètres de la feuille, dans une position très relaxante. Et je laisse libre cours aux feutres. Je laisse arriver une multitude de personnages. Et c'est vraiment une détente. D'ailleurs, je me considère bien meilleur dessinateur que peintre ! Et, jusqu'à présent, j'ai bien mieux vécu de mes dessins que de ma peinture.

 

JR. : Vos dessins représentent des foules. Mais si je m'approche, je m'aperçois qu'il y a non seulement des personnages, mais aussi des animaux. Et des animaux qui sont exactement dans la même situation d'être habillés, avoir un cache-col… Et montrer leur cœur. L'oiseau est aussi récurrent dans vos dessins. Peut-on dire que, soudainement, vous quittez la grisaille de votre existence, pour passer dans le monde du conte ?

NM. : Oui. Je quitte en effet la grisaille de mon existence. Mais est-ce pour le conte ? Je n'avais pas pensé à ce mot-là. Plutôt pour refléter un état joyeux. Il faut dire aussi que j'ai un chien que j'aime beaucoup. Je n'avais pas pensé au conte…

 

JR. : Pourtant, un monde où hommes et animaux se parlent, en tout cas sont ensemble, dans des situations d'égalité, nous ramène la plupart du temps vers l'univers du conte ?

NM. : En effet, les humains et les animaux se parlent… Oui, je suis d'accord pour penser que, peut-être, je passe dans le monde du conte… Et puis, le dessin est assez simpliste, mais il me permet de représenter des êtres assez souriants.

 

JR. : On peut donc dire que vous êtes triste dans vos peintures, gai dans vos dessins ?

NM. : Oui, c'est cela. C'est une très bonne définition.

 

JR. : Oserons-nous dire que c'est " Nicou qui pleure, et Nicou qui rit " ?

NM. : Voilà, et je retrouve bien le caractère des Gémeaux. !

Entretien réalisé au Festival GRAND BAZ'ART A BEZU, à Bézu-Saint-Eloi, le 31 mai 2009.

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