LES MAGIK'X

Entretien (mouvementé), avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Avant de vous poser la question que j'ai proposée à vos collègues exposants, je vous en poserai une autre : d'où vient votre nom ?

Pygmus : C'est que notre travail est axé sur des mondes parallèles, des dimensions d' " à côté ", des mondes subtils…

 

JR. : Mais il y a une volonté de déformer le mot " magie ". Pourquoi ?

Go Master(le père) : Le rêve. Pour sortir de la réalité lourde.

 

JR. : Question, maintenant traditionnelle : Pensez-vous être ici… Chut ! Pas d'apartés, il faut être sérieux ! (Il faudra donc passer sous silence les facéties, jeux de mots, provocations… de Greg, en particulier !)

Pygmus : Ca va être dur !

 

JR. : Etes-vous à Banne au titre d'artistes singuliers, ou d'artistes contemporains ?

Manager (la maman) : Ah non ! Pas contemporains !

 

JR. : Qu'est-ce qui fait que vous vous sentez bien dans cette mouvance singulière ?

Pygmus : L'état d'esprit de l'Art singulier, avec sa façon de penser l'art. Le côté Art populaire. Il y a une différence entre l'Art contemporain élitiste et l'Art singulier. Nous sommes dans cette mouvance-là, bien que notre art ne soit pas forcément singulier non plus !

 

JR. : Si ! Il est très singulier ! La première fois que j'ai vu une œuvre de vous, chez Jean-Claude et Simone Caire, personne ne savait rien de vous. Cette œuvre a été un choc pour tout le monde : c'était une découverte, et en plus, il est rarissime de voir quatre personnes œuvrer ensemble, et s'entendre bien, apparemment. Vous êtes tous de la même famille ? Ou êtes-vous seulement des amis ? Comment en êtes-vous venus à travailler ensemble.

Manager : Il y a le père, la mère, le fils et Pygmus, l'adopté !

 

JR. : Si vous êtes " adopté ", comment êtes-vous apparu dans cette vie familiale ? Et cette " adoption " impliquait que vous aviez le même esprit qu'eux ?

Greg : Non, ce n'est pas comme ça que cela s'est passé ! C'est une longue histoire. Nous étions photographes, nous travaillions. Nous faisions des photos. En face, il y avait un petit café avec une terrasse, et il y avait cet individu qui servait les clients ! Il a été intéressé par les photos. Il est venu peindre, un peu. Et voilà, c'était parti. C'était en 1985.

 

JR. : Chacun de vous a-t-il une spécificité dans le travail ? Ou bien réfléchissez-vous tous ensemble ?

Manager : Chacun a un rôle. Déjà, à la base, il y a deux sculpteurs et deux peintres : Greg sculpte les grosses pièces. Moi je fais les petites boîtes, les masques, etc. Nous faisons des sculptures, puis les deux peintres interviennent, soit ensemble, soit séparément selon le feeling, le temps, la disponibilité…

 

JR. : Avez-vous dès l'abord trouvé ces couleurs qui sont si vives et si spécifiques ; et qui en même temps montrent à quel point vous êtes des coloristes ? Il n'y a aucun hiatus dans vos associations de couleurs, alors que vous mêlez les rouges et les verts, les bleus et les fluos, etc. Comment en êtes-vous venus à ces choix ?

Tous : Depuis toujours, dès le départ. Colorer, colorer, colorer. Plus il y a de couleurs, plus nous sommes contents !

 

JR. : Parlons de la forme : en fait vous n'avez jamais " une " forme, mais des formes qui s'enchaînent.

Pygmus : Voilà ! Ca n'est pas faux, pas faux du tout !

 

JR. : L'un de vous deux décide-t-il autoritairement de cet enchaînement, ou bien en discutez-vous avant de commencer ?

Manager : C'est la pâte qui se révèle !

 

JR. : Mais je dirai que dans un cas précis que nous avons devant nous, cette tête avec le globe me semble un portrait de Greg ?

Pygmus : Oui, mais j'ai surtout voulu représenter la piraterie.

(Suit un long échange de oui/non, de regards attentifs,faussement sérieux, etc. pour savoir si c'est bien un autoportrait de Greg ? Comme si tous les quatre découvraient cette sculpture !)

Bref, vous avez affaire à une bande de mystico-pétés de la couleur et du reste ! Contre toute cette société que nous trouvons sans couleur, sans saveur, sans odeur ! Méchante ! Tout ce qu'on veut ! Et nous qui avons envie du bon air, de la liberté, de la joie, de la rigolade !

 

JR. : En fait, vous êtes donc des Gentik'x !

Tous : Oui !

Pygmus : Mais nous ne voulons pas être des Gentik'x gentils, mais des Gentik'x un peu méchants !

 

JR. : Pourtant, j'ai beau regarder, je ne trouve rien de méchant, ni de vraiment dénonciateur, dans votre travail ! Je trouve de la parodie, de l'amusement évident.

Pygmus : Oui, mais le côté magik'x veut aussi donner de l'espoir, ne pas être négatif ! Du rêve !

 

JR. : Mais quand vous faites un dromadaire qui a six têtes de serpents, qu'est-ce qui se passe dans la vôtre (de tête, c'est le cas de le dire !) ?

Pygmus : C'est spontané, cela arrive sans préméditation. Il y a un support qui est déjà là, ensuite ça se concrétise tout seul. Je prends un morceau de bois, je modèle dessus, et je vois ce qui vient !

 

JR. : C'est donc en fait une base en bois qui soutient vos sculptures ?

Pygmus : Pas toutes. Ce peut être du métal !

 

JR. : Quand vous commencez, vous vous servez de cette base pour débuter la forme ?

Pygmus : Oui, récupérée, assemblée, construite… Et puis elle est recouverte.

 

JR. : Donc, dessus, c'est de la terre ?

Manager : Non, c'est de la pâte céramique, qui se modèle comme l'argile, mais qui ne cuit pas.

Pygmus : Et dessus, c'est de la peinture à l'eau.

 

JR. : Oui, et c'est là que nous entrons dans la Magik'xitude, avec vos harmonies de couleurs ! J'ai l'air de me répéter, mais je trouve réellement que la beauté de vos couleurs est remarquable !

Pygmus : Pourtant, je ne réfléchis pas en me disant que celle-ci va aller avec celle-là ! C'est un automatisme. Du moment que ce soit coloré, joyeux, vif, on y va !

 

JR. : Je vais maintenant me faire provocatrik'x, parce que vous êtes si dissipés, que je ne sais plus quelles questions vous poser ! Mais au fait, inversons les rôles : quelles questions aimeriez-vous que je vous pose ?

Pygmus : Ca, c'est dur !

 

JR. : Oui, mais je me rends bien compte que je ne suis pas allée en profondeur, avec mes questions ! Et comme vous riez sans cesse, cela me fait rire aussi, et vous me coupez tous mes moyens !

Manager : Non, non, c'est faux ! Nous avons dit l'essentiel ! Donner de l'espoir ! Du rêve ! Si cela plaît aux gens, s'ils ont du plaisir à regarder notre travail, cela nous rend heureux !

Pygmus : Que le travail ne se limite pas à ce que nous voyons avec nos yeux, mais que nous allions gratter dans les autres dimensions, cinquième, quatrième… Mondes parallèles…

JR. : Donc, vous êtes aussi des cosmik'x ?

Pygmus : Oui. Tout à fait !

(Brouhaha ! Vaisseaux spatiaux, machins cosmiques…)

 

JR. : Si vous vous y mettez tous les quatre, je suis perdue ! Allez, qui veut ajouter quelque chose de sérieux ?

Pygmus : Sérieux ! C'est trop difficile ! Parlons de cosmogonades…

Manager : Trop de gens ne pensent qu'au profit, et nous c'est le contraire ! Le plaisir des yeux, c'est déjà énorme !

Pygmus : Et puis, à Banne, les gens nous encourageront ! A la hauteur de ce que nous leur apportons comme espoir ! Avec quelques euros, pour que nous puissions continuer à survivre ! Comme tous les artistes dans cette démarche !

 

JR. : Manager, vous qui êtes la seule femme dans ce groupe d'hurluberlus, comment survivez-vous ?

Manager : Tant bien que mal ! J'essaie de les canaliser ! Ils me font confiance ! Mais ils sont bien contents de déléguer les tâches courantes !

 

JR. : Vous restez donc tout de même dans le machisme ?

Manager : Non ! Cela me convient très bien ! J'ai un fort caractère, je suis même parfois très pénible ! Nous nous connaissons très bien, et tout se passe bien !

 

JR. : Concluons sérieusement : Y a-t-il quelque chose dont vous auriez aimé parler, et que je ne vous ai pas demandé ?

Pygmus : Répétez la question !

 

JR. : Vous l'avez très bien entendu ! Répondez !

Pygmus : Je n'y ai pas pensé, à la question que j'aimerais que vous me posiez ! Pouvez-vous la répéter ?

 

JR. : Non ! Vous me faites marcher !

Pygmus : Et voilà la réponse à toutes les questions, en fait !

Manager : Ce travail donne bien l'état d'esprit du groupe. Nous expliquons beaucoup aux enfants notre façon de travailler, pour qu'ils soient conscients qu'il n'y a pas que le monde matériel dans lequel nous vivons. Qu'il y a des choses beaucoup plus importantes que cela ! Et que nous sommes là pour dénoncer ce monde, avec de la bonne humeur et de l'espoir. Parce que nous avons l'impression qu'en ce moment, tout le monde perd l'espoir, alors qu'il est là, prêt à être saisi ! Non à la pensée unique, non, non et non !

Pygmus : Je voudrais ajouter que Pygmus cherche muse, petite brunette, Sympathique. Dans l'art. Pour rentrer dans la Magique boutique ! Les critères sont en jeu. Nous attendons. Demandez Pygmus !

 

JR. : Vous savez que cette information sera dans votre entretien ! Vous pensez vraiment qu'un ajout pourrait s'adapter à votre monde ?

Manager : Oh oui !

Pygmus : Les critères sont : de l'humour, de l'humour, encore de l'humour ! Bisous, à bientôt !

 Entretien réalisé dans la pièce située devant les Ecuries, à Banne, le 18 juillet 2006.

 

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