DANA MACK-LEONE, peintre.

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Dana Mack-Leone, êtes-vous à Banne comme artiste contemporaine, ou comme artiste de l'Art singulier ?

Dana Mack-Leone : Aucune idée. J'ai l'impression d'être très contemporaine, et en même temps très singulière ! Mais je suis à Banne ! C'est l'essentiel !

 

JR. : Dans votre travail, l'humain revient de façon récurrente ; l'enfant en particulier ?

D.M-L. : L'enfant parce que j'ai participé à une exposition dont le thème était " Soutenir l'école ".

 

JR. : Il me semble quand même que vous auriez dû me dire sans hésiter " contemporaine ", parce que ne sent-on pas l'influence de Picasso, dans votre travail ? Le découpage, la façon de placer les personnages…

D.M-L. : Dans un de mes tableaux, peut-être. J'ai été influencée aussi par Van Gogh, Soutine, Chagall… Je trouve cela normal.

 

JR. : Ce que je veux dire, c'est qu'elles se retrouvent bien. Certains artistes subissent des influences, mais elles sont difficiles à analyser. Or, chez vous, elles se lisent aisément.

D.M-L. : Mais je n'ai pas honte de ce que je suis !

 

JR. : Il y a un côté sérieux de vos personnages, et en même temps un aspect très ludique.

D.M-L. : C'est que je m'amuse beaucoup. Je me fais du bien, je me fais plaisir, et je me soigne.

 

JR. : Quand vous dites " je me soigne ", vous diriez que votre peinture a un rôle thérapeutique ?

D.M-L. : Non. Ma peinture fait partie de mon bien-être.

 

JR. : L'écriture a aussi une grande place dans votre peinture ? Qu'écrivez-vous ? Et pourquoi ce besoin d'écrire ?

D.M-L. : Parce que depuis que j'étais môme, je voulais être écrivain. J'ai toujours écrit des poèmes, des petites histoires. J'adore écrire. A un moment donné, j'ai associé peinture/écriture. Et maintenant, j'essaie d'associer davantage peinture/graphisme. J'aime beaucoup les différentes formes d'écriture. Le graphisme me passionne.

 

JR. : Et qu'est-ce qu'il apporte, si l'on tient compte du fait que certaines toiles sont littéralement couvertes d'écritures, y compris le visage des personnages ? A part que l'écriture soit pour vous un autre dessin, qu'est-ce que l'écriture exprime ? Raconte-t-elle ce que dit le personnage ? S'agit-il d'une histoire ?

D.M-L. : Cela dépend. J'écris en pensant que cela rajoute quelque chose aux couleurs. D'autres fois, parce que le graphisme me plaît. Mais parfois, j'en mets trop ! Tant pis, je l'assume.

 

JR. : Sur l'un de vos tableaux, l'enfant semble coincé entre deux adultes, et cette scène suscite un peu de gêne. Que s'est-il passé dans leur vie, qui ne va pas ?

D.M-L. : On pourrait dire que c'est l'oedipe ! Il faut qu'il y ait la coupure, la séparation, le décollage…

 

JR. : En somme, au lieu d'aller vers sa mère comme je l'avais lu, il est en train d'en sortir ?

D.M-L. : C'est cela, il faut qu'il s'en sépare.

 

JR. : Dans ce cas, l'écriture ne joue plus le rôle de complément de la peinture. Mais le rôle d'une ligne qui cerne le tableau.

D.M-L. : Exact. Mais je ne sais plus ce que j'ai écrit dessus ! En fait, je parlais de thérapie tout à l'heure, mais peut-être y a-t-il quelque chose de cet ordre-là ? De la part de l'enfant qui dit : " Je m'en vais ! Lâche-moi ! "…

 

JR. : Souvent, vous peignez un personnage principal qui remplit presque le tableau. Et, à côté, une petite scène. Cela signifie-t-il que cette petite scène représente ses aspirations ? Ou est-elle indépendante du personnage ?

D.M-L. : Je ne peux vraiment pas répondre à cette question ! Le tableau est apparu naturellement, c'était une question de couleur, il était équilibré. J'ai aimé mettre ce personnage au milieu. Mais je ne cherche pas trop à comprendre les tenants et les aboutissants de ce que je mets sur mes tableaux. Je refais à l'infini ma psychanalyse, et cela me convient !

 

JR. : Le tableau où l'ont peut trouver le plus de tendresse représente un petit couple, assis côte à côte, et enlacés. Sur celui-ci on lit très clairement le message " elle et lui sont partis sur la route de Paris ". Diriez-vous que vous avez conçu ce tableau dans le même esprit que les autres ? Il me fait d'ailleurs penser aux amoureux de Peynet !

D.M-L. : Oui. Ce sont des gens qui s'aiment. C'est un travail sur le couple. Alors que, souvent, il y a plus de manipulations, de fils de marionnettes, des humains qui sont des marionnettes. J'ai beaucoup travaillé sur ce thème : " Nous sommes des marionnettes, nous ne sommes que des pantins… ". Nous sommes menés par nos pulsions, tout ce que nous ne maîtrisons pas. En somme, ce tableau est une oasis !

 

JR. : Ce qui voudrait dire que, sous les belles couleurs, couve un monde pessimiste ?

D.M-L. : Non, peut-être simplement réaliste. Parce que les couleurs sont gaies, des gens s'imaginent que mes tableaux pourraient aller dans une chambre d'enfant. Mais c'est faux, complètement faux ! C'est l'arbre qui cache la forêt !

 

JR. : Pour en revenir à la forme, vous avez une petite fille dans vos petits tableaux. Il me semble que là, vous avez une facture plus épisodique, plus ponctuelle, comme si vous aviez jeté vos petits personnages… Ces œuvres-là ressemblent à des livres, en fait.

D.M-L. : Oui, on peut dire cela. J'aime beaucoup ce petit personnage. C'est moi, en fait. C'est pourquoi je la mets partout ! De la même manière que je suis parfois dans certains décors, auxquels j'essaie de m'intégrer comme je peux.

Entretien réalisé à Banne le 11 juillet 2007.

 

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