BRIAN MAC CANN, sculpteur

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Brian Mac Cann, vous êtes anglais, vous arrivez directement de Londres. Vous semblez totalement ancré dans l'Art contemporain. Pourriez-vous me donner quelques indications concernant votre démarche ?

Brian Mac Cann : L'idée principale est que mes œuvres sont inspirées par la poésie. Et elles s'appuient sur la relation entre cette idée et les matériaux. Ce que révèlent les matériaux.

 

JR. : Il me semble que c'est ce qu'en France nous appelons " Art Récup' ". L'art créé à partir de matériaux récupérés. Est-ce cela que vous entendez ?

BMC : D'une certaine façon, oui. Mais d'une autre, non. Parce qu'il y a l'idée, le concept. Et puis, la relation entre ce concept et les possibilités du matériau. Cette relation amène le matériau à accroître la lisibilité de l'idée. Il ne s'agit pas que du matériau. Il ne s'agit pas non plus que de l'idée. Mais de la dualité des deux choses.

 

JR. : Vous n'avez apporté que trois sculptures. Et je pense que ce n'est pas assez. D'autant que, quand je les regarde, j'ai du mal à découvrir le lien entre elles : Bien sûr, je vois le lien entre l'enclume et le forgeron, forgeron bien particulier, nous en parlerons plus tard. Entre l'enclume et l'homme au fond du puits, je peux revenir en arrière dans le temps. Par contre, votre homme de la lune est complètement futuriste. On ne revient pas en arrière au fil des siècles, avec un tel homme. Quel est donc le lien entre ces trois œuvres ?

BMC : Le visible.

 

JR. : Qu'entendez-vous par là ?

BMC : Le visible. La présence humaine. La présence visible des choses dans le monde. L'homme de l'espace symbolise la manière dont on voit. Son vol représente le lien entre le passé et le présent. Lorsque l'on regarde cette sculpture, le personnage génère la visibilité par son costume. Son costume reflète ce que voit la caméra. Il est dans le monde, mais il résiste au monde.

 

JR. : Est-ce pour renforcer le symbole que vous lui avez mis un costume argenté ?

BMC : Oui, exactement.

 

JR. : Revenons à l'enclume, à l'étrange forgeron, et entre eux une corne d'abondance : comment liez-vous ces éléments ?

BMC : A travers la notion de mythologie grecque, Héphaïstos qui était le forgeron des symboles de vie. Au-dessus de l'enclume, nous voyons une forme humaine partielle, appuyée sur la corne…

 

JR. : Oui, mais le problème est : s'il est en train de forger un monde, pourquoi la corne est-elle vide ?

BMC : C'est à nous de remplir la corne, d'y pénétrer !

 

JR. : L'enclume, la corne et l'homme forment un triangle. Pourquoi, alors, avoir mis seulement un demi homme ?

BMC : C'est un choix. Quand vous voulez représenter quelque chose, vous pouvez choisir seulement une partie de la forme, pas la forme complète. L'homme de l'espace est une forme réduite.

 

JR. : Mais pourquoi un homme incomplet sur une enclume aussi lourde ?

BMC : Pour une notion de gravité. Quand vous regardez l'enclume, elle est fixée au sol, la gravité la cloue au sol.

 

JR. : Et à propos de la troisième sculpture ? L'homme au fond de son puits ?

BMC : Il vient d'un roman d'un auteur anglais. Ses livres parlent de philosophie et de réalisme magique, dans un monde résolument contemporain. L'un de ses titres est : " Le monde tourne comme un oiseau mécanique ". Dans ce roman, il y a un chapitre concernant un homme qui vit au fond d'un puits.

 

JR. : Mais pourquoi avoir réalisé une œuvre aussi sophistiquée, aussi esthétique, et placé au fond du puits un homme complètement nu, seul, sans aucune chance de sortir ?

BMC : C'est une interprétation. C'est la condition que connaissent certains individus…

 

JR. : Alors, j'admettrai qu'en effet, votre œuvre est basée uniquement sur un concept. Il vous faut un long discours pour exprimer ce concept. Ce que vous avez voulu sculpter.

BMC : Oui. Mais cela vient de textes écrits, parfois des fragments de choses.

 

JR. : Et où est votre place, dans cette création ? C'est ce qu'en France, nous appelons de l'Art conceptuel. J'avoue ne pas fréquenter ces sortes d'expositions où seule la tête de l'artiste est en jeu. J'éprouve toujours le sentiment d'un manque, je ne suis jamais satisfaite par ce type d'œuvre. Ce n'est jamais suffisant pour moi. Peut-être que si vous aviez apporté plus d'œuvres, je vous aurais mieux compris ? Vous n'êtes pas en cause, c'est moi qui me sens très éloignée de cette conception.

BMC : Je pense que ma création reflète exactement ce que je ressens dans le monde contemporain.

 

JR. : Mais je me sens tellement éloignée de ce que vous appelez " visibilité ", j'ai beaucoup de mal à vous comprendre

BMC : Mais pour moi, cette création est comme une respiration. Vous devriez essayer cette respiration !

 

JR. : J'essaierai !

Entretien réalisé au Prieuré de Champdieu le 31 mai 2008.

Entretien traduit de l'anglais par Valérie Merlo et Jeanine Rivais.

 

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