NECROLOGIE

MADELEINE LOMMEL (1923-2009).

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Très fatiguée depuis longtemps, Madeleine Lommel nous a quittés un soir de ce mois d'avril. Après un interminable combat pour que l'Art brut qui lui était si cher, ait en France droit de cité muséal.

Madeleine Lommel avait découvert ces créations d'autodidactes asilaires puis carcéraux, au moment où la Collection de Jean Dubuffet était Rue de Sèvres à Paris. Dans un entretien que nous avions réalisé en 1997, elle disait : " La découverte de l'Art brut, rue de Sèvres, près de Kopac, m'a brusquement révélé ce que pouvaient faire "les miens". Imaginez ce qui s'est passé en moi lorsque je me suis trouvée face à des oeuvres venant de gens de mon milieu ! "

Désolée de voir partir cette collection, elle déclarait : " Quant à Lausanne, ce que j'en retenais, c'était que la Suisse avait hérité de ce que la France n'avait pas su garder, et surtout pas su comprendre ! Il fallait donc agir de façon à lui faire enfin sentir ce dont il était question ! " Et dès lors, elle s'est mise à l'ouvrage, prospectant, achetant, collectionnant !

" Faire sentir ce dont il était question ", c'est bien ce qu'elle a fait, depuis toutes ces années, se tracassant pour le devenir de ces œuvres qu'elle avait, avec l'aide de Michel Nedjar et Claire Teller, réunies avec tant de passion, au point que " quitter (Neuilly) devenait une obligation, si nous ne voulions pas que la collection périclite : Nous n'avons pas de moyens financiers personnels. La mauvaise santé de chacun de nous trois, mon âge avançant, le peu d'intérêt de la ville qui n'a aucune ambition culturelle ", a motivé ses recherches d'un lieu qui les accepterait et les protégerait, tout en les faisant connaître.

Ainsi a-t-elle confié toutes " ses " merveilles au Musée de Villeneuve-d'Ascq. Pour autant, alors qu'elle pensait que tout, désormais, serait simple, elle a dû se battre pour que soit préservé le sens de cette collection d'Art brut. Et jusqu'au bout, elle a lutté.

Souhaitons, maintenant qu'elle n'est plus, que ses espoirs, ses souffrances, ses volontés soient pris en compte, et que le Musée de Villeneuve d'Ascq devienne, à sa mémoire ", un haut lieu, " LE " haut lieu de l'Art brut, en France.

Jeanine Rivais.

(15 avril 2009)

VOIR ENTRETIEN DE MADELEINE LOMMEL AVEC JEANINE RIVAIS : http://pagesperso-orange.fr/jeanine.rivais/ RUBRIQUE ART BRUT.

Photo 1 : Madeleine Lommel lors de la conférence de la Halle Saint-Pierre, pour la parution de l'ouvrage "L'Aracine et l'Art brut".

Photo 2 : Madeleine Lommel lors de l'Assemblée générale des "Amis de l'Aracine", en 2007.