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Dans
le flot des livres publiés ces dernières années
"à propos", "autour" de l'Art brut et des arts
hors-les-normes, "L'Aracine et l'Art
brut" apporte à cette
histoire marginale un complément important : Non seulement ce
livre "raconte" une histoire personnalisée de l'Art brut, mais
aussi
celle de la naissance d'un musée ; la problématique de
cette naissance ; le champ exploratoire investi pour constituer une
collection originale et signifiante ; et surtout l'investissement
personnel de ceux qui ont créé ce lieu ; qui
peut-être n'ont pas "eu le choix" de ne pas le créer,
car "on ne choisit pas l'aventure elle vous envoie des signes
...C'est seulement à force de désirs et d'attente, de
refus et de révolte qu'elle prend corps'".
L'intérêt majeur de cet ouvrage tient par ailleurs au fait qu'il analyse finement la longue gestation de "l'Art des fous", ignoré, moqué, détruit, comme ces livres vilipendés au cours des siècles et livrés à des autodafés. Sauf que, concernant la création asilaire, ces rejets se déroulaient à huis clos, jusqu'au jour où des psychiatres plus intelligents ou plus sensibles, laissèrent émerger cette production souterraine. Au grand
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émerveillement
d'artistes reconnus (Max Ernst, Paul Klee, Kubin) qui
acceptèrent immédiatement "comme leurs pairs ces
créateurs anonymes qua s'étaient mis â la
tâche, en toute ignorance, derrière les murs de leurs
asiles ..."** jusqu'à l'entrée en scène de
Jean
Dubuffet. Et l'installation au musée de ces oeuvres
rayonnantes ou tragiques. Chacun connaît la suite de
l'histoire. Des images terribles (camisole et ceinture de force ;
cage portative ; baignoire pour traitement des malades...), ou
émouvantes (graffiti ou dessins muraux...) jalonnent les
étapes de cet historique.
Viennent ensuite, et c'est là
encore, l'originalité de "L'Aracine
et l'Art brut", des analyses des
motivations de cet art qui "est la vie pour nous 
alors
qu'il est conservation dans la non-mort pour son auteur qui ne
réussit pas, le plus souvent, à s'en
décoller
pour en enrichir une évolution personnelle". Comme les
autres écrits, ce texte du Docteur Jean-Paul Klein,
supposé --vu le titre de l'ouvrage-- "coller" à la
collection de l'Aracine, sait s'en écarter, évaluer la
généralité de la création asilaire.
Tandis qu'un autre moment fort, "La Création féminine",
révèle que les femmes sont en proportion bien
supérieure à celle des artistes professionnels, dans
cet "art des minorités, à l'écart de tout
enjeu élitiste, (et qui) convient donc
particulièrement aux femmes peu animées du besoin de se
mesurer au 
monde''.
Se succèdent encore "Les
bâtisseurs ", "Le plancher de Jeannot " ; " Au
commencement était la
matière " ; " Aventures et voyages " ; "Le recours à
l'image "...) qui sont des historiques et études des choix des
matériaux, expressions diverses, points de
détails
spécifiques ; des supputations sur les raisons de ces choix (dessins, écritures, machines, signes répétitifs voire obsessionnels...), effectués par des êtres "pour qui seul importe de matérialiser leur capacité à exister...". Enfin, dans "Le déclin de l'Art populaire ; "L'Art naïf, cet autre" ; "la médiumnité" ; "N'en pas croire ses yeux et n'en faire qu'à sa tête", sont examinés les variantes des composantes de cette création si atypique et les comportements des artistes au gré de ces variantes.
Chaque fois, le lecteur, emporté
par l'"aventure"par l'évocation de ces caractères
multiformes, réalise ce qu'il avait oublié : que
défile devant ses yeux la majeure partie de la collection de
l'Aracine. Lui reviennent alors rétrospectivement à
l'esprit toutes les "images" si vivantes et colorées qui
l'entouraient lors de ses visites au musée, et qui sont
reproduites, 
souvent
en couleurs, dans cette anthologie des créateurs d'Art brut.
Il retrouve des noms devenus familiers comme des amis de longue date
(Lesage, Forestier, Wôlfli, Aloïse, cent autres...).
D'autres, par contre, --hélas ! -- lui sont inconnus,
où il les a oubliés (Nimozewski, Whay, Jean-Pierre,
etc.) Et, lorsqu'il parvient à la postface, après avoir
exploré les arcanes de ce monde à la fois si
hermétique et si intime, fermer le livre suscite en lui le
même regret que de quitter des lieux où il se sentait
chez lui.
Néanmoins, il "part" rassuré, parce que rien de fâcheux ne risque d'arriver aux oeuvres évoquées dans l'ouvrage : le musée d'adoption où elles vivent désormais a pris pleine conscience de leur importance picturale et patrimoniale ; et en a même acheté de nouvelles.
Ainsi peuvent continuer de s'épanouir les "vies" contemporaines ou posthumes de "ceux qui, pour des raisons invincibles et mystérieuses, révélèrent au monde, les signes d'une essence si obscure qu'ils mirent en alerte à la fois les psychiatres, les ethnologues, les anthropologues,"... les artistes... et le public...
Jeanine Rivais.




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L'ARACINE ET L'ART BRUT: Z éditions.
Autres catalogues: L'Aracine Art brut; Art brut : Collections de l'Araeine.
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VOIR AUSSI : MADELEINE LOMMEL : entretien avec Jeanine Rivais : "Bulletin de l'Association des Amis de François Ozenda" N° 60 ; et "La donation de l 'Aracine Musée d Art brut", N°64.
Ces textes ont été repris sur le site : http://pagesperso-orange.fr/jeanine.rivais/ Rubrique Art brut.