CATHERINE LEPAGE peintre

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Catherine Lepage, selon vous, votre travail entre-t-il dans l'Art singulier ? Ou vous rangez-vous dans l'Art contemporain ?

Catherine Lepage : Je ne me pense pas artiste Singulière, je me crois plutôt artiste contemporaine… Mais je ne sais pas trop comment me définir. Déjà, la peinture est mon métier. Je suis depuis 30 ans artiste à la maison des artistes. Je peins toujours. Pour moi, c'est un métier.

 

JR. : Vous peignez de petites histoires plutôt villageoises que citadines ?

CL. : Pourquoi ?

 

JR. : Je vois un cheval, divers objets… Et la configuration que vous avez imaginée me semble plus rurale que citadine ?

CL. : Oui. Il s'agit d'aires plutôt ludiques, d'aires de jeux… Mais peut-être sont-elles rurales ? Il est vrai que ce n'est pas la ville… Ce sont des histoires, mais pas dans la ville.

 

JR. : Il me semble que dans chacune de vos toiles, vous partez du centre, et que vous évoluez presque sur des obliques pour vous éloigner de la partie principale, du noyau de l'histoire, en somme ?

CL. : Non, je ne travaille pas ainsi. J'ai besoin de la figuration, donc ce sont des animaux, des personnages, des légumes, des fleurs… des couleurs les unes à côté des autres, pas forcément au centre.

 

JR. : Informelles, à ce stade ?

CL. : Pas tout à fait. Déjà en représentation. Mais ensuite je retravaille dessus et ce que j'ai fait au départ n'apparaît presque plus. Il ne reste que des morceaux. Ce sont eux qui enrichissent la matière des œuvres terminées.

 

JR. : En somme, ils deviennent les sous-couches ?

CL. : Il ne reste rien de visible de la figuration que j'avais mise au départ. Mais une autre figuration apparaît : je pars de ces morceaux, et je retrouve un autre animal, un personnage, de la pierre… une sorte de tissu en somme.

 

JR. : Vous peignez au pinceau ou au couteau ?

CL. : Les deux. Et également avec des craies, pour représenter la pierre.

 

JR. : Votre travail semble très gestuel. Vous devez peindre avec de gros pinceaux ?

CL. : Plutôt, mais pas énormes. C'est plutôt la spatule qui fait les petits traits.

 

JR. : Vos personnages semblent peints de la même façon, mais faire un personnage implique un certain degré d'intimité. A un moment, vous devez tout de même vous rapprocher de votre toile ?

CL. : Mais je suis toujours très près de ma toile ! J'ai un petit atelier, et je ne peux pas vraiment m'en éloigner !

 

JR. : Mais quand je dis " être plus proche " de la toile, je veux dire que, lorsque vous faites la peinture à grands traits, vous devez être plus loin que quand vous faites vos personnages, vos maisons, etc. ?

CL. : Non. Mais ce que vous décrivez est ce qui apparaît au bout d'un moment. Peut-être au départ, la toile était-elle inversée ? Et puis, des choses m' " apparaissent ". Mais il faut bien à un moment, commencer quelque part.

 

JR. : Vous voulez dire que tous ces personnages qui sont en fait très précis, sont faits de façon aléatoire, à partir des éléments que vous aviez pré/faits ?

CL. : Oui. En fait, tout cela n'est pas réfléchi, c'est mon œil qui travaille et qui voit spontanément.

 

JR. : Comment définissez-vous votre travail ?

CL. : J'ai du mal, je ne sais pas trop !

 

JR. : Certaines de vos œuvres renferment une véritable poésie.

CL. : Certains tableaux sont d'un premier jet. Mais en général, les plus poétiques sont ceux qui ont été le plus re/travaillés. Il y a plus de choses dedans.

 

JR. : Ce qui est amusant, c'est que la plupart du temps, vos personnages sont plus grands que leur habitat. Ce qui crée une pointe d'humour, en même temps qu'un possible questionnement. On arrive dans les impossibilités des contes enfantins, où finalement tout va s'arranger ! Parce qu'il est bien évident que leurs visages ne sont pas anxieux, que même si leurs yeux sont un peu au ciel parce qu'ils ont l'air de se poser des questions, ce n'est pas forcément celles que j'imagine qu'ils sont en train de se poser !

CL. : En fait, cela n'est pas réfléchi.

 

JR. : Dans vos toiles, vous ne mettez que rarement des écritures. Mais par contre, vous avez des œuvres qui ne sont qu'écritures sur des fonds informels.

CL. : Il arrive aussi que je mette des écritures sur les toiles. Non pas pour des questions de raisonnement, ni d'orthographe. Mais graphiquement, cela me plaît beaucoup.

 

JR. : Ce que vous écrivez n'a donc pas besoin d'être signifiant ?

CL. : L'un des textes, par exemple, est un extrait d'une chanson de Nougaro. A la limite, c'est plutôt du graphisme que de l'écriture. Parfois, des petits textes sont rigolos…

 

JR. : Mais d'autres fois, un grand texte peut être rattaché au tableau. Pourquoi éprouvez-vous le besoin de procéder de cette manière ?

CL. : Il m'arrive d'écrire le texte. Et il peut varier avec un thème que l'on me propose d'illustrer.

 

JR. : Venons-en à la couleur. Je trouve que vous êtes une très bonne coloriste. Et il me semble que, plus que les formes, vous cherchez les couleurs ?

CL. : Oui. Je travaille avec toutes. Ce sont elles qui me mènent tout au long du travail.

 

JR. : Et ce monde très coloré est, en général, un monde très optimiste.

CL. : Oui !

 

JR. : Je vois que vous présentez aussi de petites sculptures.

CL. : Oui. Ce travail est tout nouveau. Je les ai réalisées avec des tissus, des morceaux de mes peintures. Les personnages sont ceux de mes peintures.

 

JR. : Oui, on a nettement l'impression qu'ils ont un jour quitté vos toiles pour passer dans la troisième dimension ?

CL. : Oui. C'est bien ce que j'ai essayé de faire.

Entretien réalisé à Banne, le 12 juillet 2007.

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