ANDRE LE METER, sculpteur

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : André Le Meter, à quel titre êtes-vous venu à Banne ? Art Singulier ? Ou Art contemporain ?

André Le Meter : Je crois être ici au titre d'artiste contemporain.

 

JR. : Qu'est-ce qui vous fait choisir cette définition ?

ALeM. : Je trouve qu'il y a dans mes sculptures un côté très académique.

 

JR. : Etes-vous autodidacte ?

ALeM. : Non. J'ai suivi des cours aux Beaux-Arts, quand j'avais vingt ans, en peinture et sculpture.

 

JR. : A part quelques animaux qui sont d'ailleurs fort amusants et pleins d'humour, on peut dire que vous sculptez exclusivement l'homme ?

ALeM. : Oui. En procédant par thèmes. La Cour des Miracles. Les femmes. Les saltimbanques…

 

JR. : Quelle est cette terre que vous utilisez ?

ALeM. : J'utilise le grès, cuit dans un four à bois, à 1300°.

 

JR. : Quand vous dites aborder le thème des femmes, vous donnez l'impression qu'elles soient toutes enceintes ?

ALeM. : Non ! Je ne crois pas !

 

JR. : Je trouve que leur ventre est imposant par rapport à leurs seins qui sont menus.

ALeM. : Peut-être ? Je travaille surtout la ligne. Je ne calcule pas trop l'effet produit.

 

JR. : Justement, dans vos lignes, il me semble y avoir deux parties pour chaque personnage : les arrondis du corps voluptueux, sinueux, qui donne vraiment l'impression d'un " corps ". Et puis, vous ajoutez de chaque côté, des sortes de fanons qui sont sans doute les vêtements, qui viennent contrebalancer par leur raideur, par la symétrie qu'ils créent de chaque côté du personnage, cette impression de sensualité qui se dégage du corps.

ALeM. : Oui. C'est un peu cela !

 

JR. : Un peu seulement ? Alors, qu'est-ce qui ne vous convient pas dans ce que je propose ?

ALeM. : Je ne sais pas ! La raideur du vêtement est en effet destinée à contrebalancer la souplesse du corps, sinon on aurait l'impression que ce corps soit dans un fourreau !

 

JR. : Et qu'est-ce qui vous gênerait dans le fait d'avoir un corps parfait, dépourvu de fioritures ?

ALeM. : Le classicisme ! Peut-être aussi la matière qui fait que c'est difficile…

 

JR. : Vos femmes sont donc toujours vêtues de la tête aux pieds. Vous n'avez jamais essayé de montrer leurs jambes ?

ALeM. : Si. J'ai d'ailleurs fait des jambes seules, d'un mètre cinquante de haut !

 

JR. : Alors, pourquoi ont-elles pratiquement toutes le " même " vêtement ?

ALeM. : Je ne sais pas ! Sans doute une idée du moment ?

 

JR. : Il me semble que certaines sont plus " historiques " que les autres ? Des œuvres qui ressemblent à des saints dans une église ? Ou qui sont en train de prier ? Elles ont alors un petit air moyenâgeux.

ALeM. : Oui, peut-être ? Il y a d'autres fois une inspiration africaine ou asiatique… Mais au moment de la conception, je ne le fais pas exprès.

 

JR. : Pour la plupart des autres, le cou n'est pas dans la continuité du corps ; ou l'inverse ? Vous avez fait une sorte de palier horizontal qui amène un tronc complètement rond, d'où ne partent pas des bras. Pourquoi ce parti pris ?

ALeM. : Par paresse ! Je travaille essentiellement le visage et les pieds. Et pour le reste, j'ai zappé dans un mouvement, le corps et les mains ! C'est un peu symbolisé plutôt qu'exprimé.

 

JR. : ASubs&quemment, et logiquement, je vous demande pourquoi vous êtes intéressé par les pieds, et pas par les mains ?

ALeM. : Ce n'est pas une question de travail. Cela viendra dans une prochaine série…

 

JR. : Vous avez d'autres personnages, qui sont pratiquement réalistes : membres, tête, corps, tout est présent. Fignolé, travaillé, cou tendu vers… Pourquoi ce personnage qui est juste devant nous est-il développé dans un mouvement aussi évident, alors que d'autres sont tellement statiques ?

ALeM. : C'était une période précédente. Aujourd'hui, je retravaille, avec mes saltimbanques, sur le même principe.

 

JR. : Donc, pendant une période, vous avez supprimé l'idée de mouvement ?

ALeM. : Oui.

 

JR. : Vous semblez avoir changé de terre. Est-ce de la terre que vous avez peinte ?

ALeM. : Non. Elle est mélangée avec une chamotte jaune qui rougit la terre à grès, et elle ne fait pas partie de la même cuisson. Je fais un réglage du four qui fait changer la teinte. Sur la sculpture se dépose de la cendre : on dirait de l'émail, mais ce n'est que de la cendre de bois apportée par le feu.

 

JR. : Tout cela implique que vous dominez parfaitement vos techniques ?

ALeM. : Oui. Voilà trente-sept ans que je travaille la céramique. Utilitaire, au départ. Et depuis plusieurs années pour la sculpture proprement dite.

 

JR. : Vous quittez les personnages entiers pour en venir à des bustes. Avec un membre en mouvement ; ou la tête qui n'est pas statique comme avec vos personnages entiers : ce sont des essais ?

ALeM. : Oui, je dirais cela. Une mémoire du travail des Beaux-Arts…

 

JR. : J'allais vous dire que ceux-là sont beaucoup plus classiques que les autres. Vous avez " accepté " le classicisme, dans ceux-là. Alors que pour les autres, vous essayez de vous en dégager !

Venons-en à vos poules et vos dindons ! Ceux-là introduisent une note d'humour dans cette production si sérieuse ! Pourquoi des volatiles plutôt que des chevaux, etc. ?

ALeM. : Parce que ce sont des animaux que je possède. En observant les poules, je trouve qu'elles ont des positions parfois très intéressantes. Et puis on dit toujours " bête comme une poule " ! Mais finalement, elles nous donnent un œuf tous les jours, ce qui est sympathique.

 

JR. : Et là, vous utilisez une autre terre ?

ALeM. : Non, toujours la même !

 

JR. : Alors, comment la travaillez-vous ?

ALeM. : Elle est très cuite. J'ai dû dépasser 1300°. Il suffit parfois de quelques degrés. Là, j'étais vraiment à la limite de la vitrification !

 

JR. : Et vous n'avez jamais eu envie de peindre par-dessus la terre, puisque chaque sculpture est monochrome, et que les seuls effets de couleurs viennent de la cuisson.

ALeM. : Pas pour l'instant, mais j'y pense. J'aimerais faire des essais avec de l'acrylique et des ocres.

 

JR. : L'œuvre serait donc cuite avant que vous ne peigniez dessus ?

ALeM. : Oui. Je peindrais après. Sur l'argile cuite. Pas du tout avec les techniques habituelles.

 

JR. : Qu'est-ce que cela changerait par rapport à ces démarches. Je veux dire dans le résultat ?

ALeM. : Le sculpteur est limité par les couleurs. Et puis, souvent, à 1300°, l'émail coule ou supprime certains détails. Et cela me fait un peu peur.

 

JR. : En fait, vous prenez vos précautions ? Vous voulez être sûr que votre expérience ne vous découragera pas en étant un échec ?

ALeM. : Oui.

Pour en revenir au thème des saltimbanques, c'est un sujet qui me passionne beaucoup, parce qu'il implique beaucoup de mouvement. Ils seront plus grands, autour d'un mètre vingt !

 

JR. : Au plaisir, donc, de les revoir une autre année !

Entretien réalisé à Banne, dans la Grotte du Roure, le 13 juillet 2007.

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