BERNADETTE LECLERCQ, peintre

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Bernadette Leclercq, je vous découvre ici, à Nottonville, au milieu de vos œuvres. Pouvez-vous donner une définition de votre travail ?

Bernadette Leclercq : Mon travail est une longue expérience, c'est un vécu du quotidien depuis toujours. Toutes les formes, les couleurs m'impressionnent. J'accumule toutes ces impressions dans ma tête ? Et, une fois dans mon atelier, avec tous ces objets de récupération, avec toutes ces accumulations de sentiments, de ressentis, j'expulse tout cela, et c'est sous la forme d'art dit " Singulier ".

 

JR. : Ce que je trouve curieux, c'est le côté incisif de votre dessin. Comme si vous découpiez vos personnages. Ils sont d'une netteté, même lorsqu'ils sont en groupe, par exemple si je considère la maman avec ses deux enfants, et le père qui fait les pieds au mur avec le chien !

BL. : Je suis issue de l'illustration, c'est peut-être ce côté qui ressort. Mais par ma famille et mes études, je suis issue de la grande tradition artistique. Plus tard, j'ai fait le bilan de toutes ces connaissances qui ne m'apportaient pas grand-chose, parce que je n'étais pas moi-même. Je n'éprouvais aucun plaisir à faire quelque chose de très académique. J'ai commencé à faire " de la bidouillerie ". En fait, j'en avais toujours fait, mais là, j'ai décidé de les montrer. Montrer toutes ces choses qui sont dites " Art singulier ", " Hors-normes ", etc. Je ne sais pas comment je pourrais définir ce travail. C'est indéfinissable, mais il faut bien entrer dans une famille. La mienne est donc l'Art singulier. Mais en fait, ce que je peins est indéfinissable !

 

JR. : Il me semble que parfois, vos personnages, par exemple sur votre photo de famille où ils attendent visiblement la sortie du petit oiseau, sont très compassés. D'autres fois, ils proposent des attitudes tout à fait incongrues, comme ce père les pieds au mur que nous venons d'évoquer… Mais ce sont des scènes d'un possible quotidien ? Par opposition, d'autres nous emmènent dans le rêve, comme ce chevalier qui vient voir sa Dame…

BL. : Ce sont le Marquis et la Marquise. C'est le retour de la chasse !

 

JR. : Et que fait là, ce troisième œil cyclopéen ?

BL. : Ne me le demandez pas ! Il " arrive " dans ma peinture beaucoup de choses que je n'explique pas. Je travaille instinctivement sur l'instant. Et j'ai du mal, parfois, à m'expliquer ce que j'ai voulu dire. Ce sont des pulsions, en fait. Je travaille beaucoup sur l'instant, et je reviens rarement sur ce que j'ai fait. En général, quand je commence une toile, peu importe qu'elle soit grande ou petite, je la termine, et je ne reviens jamais dessus.

 

JR. : Je voulais vous demander, mais vous en avez déjà parlé, comment vous vous sentez reliée à l'Art insolite ?

BL. : Comme je l'ai dit tout à l'heure, cette grande tradition de laquelle j'étais issue, ne me convenait pas, et je me suis mieux retrouvée et " avec beaucoup d'appétit ", dans l'Art dit Singulier. Parce qu'il est à part, qu'il est de plus en plus reconnu, parce qu'il y a aussi un effet de mode. Mais je m'inscris dans cette mouvance où je me sens bien.

Court entretien réalisé le 16 juin 2007, à Nottonville.

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