LALOU K., peintre

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Je vais vous demander si vous pensez y être au titre de l'Art singulier ou contemporain ? Et pourquoi ?

Kalou : Je pense que c'est singulier. Mais contemporain aussi, puisque de toute façon c'est de la peinture d'aujourd'hui. En fait, ce n'est pas moi qui le dis, car pour moi, mon art n'a pas de particularité ; je n'entre pas dans une case qui dit que je suis singulière. Je fais de la peinture de tous les jours. Ce sont des gens qui disent- apparemment c'est leur métier- que ma peinture entre dans la peinture singulière, alors je veux bien…

 

JR. : Quelle définition donnez-vous de votre travail ?

K. : C'est une peinture de plaisir, une peinture de tous les jours. C'est mon quotidien indispensable.

 

JR. : On peut dire que votre thème récurrent, c'est l'homme, l'individu, l'être et en particulier la femme.

K. : En particulier la femme. C'est la position de la femme dans sa vie de tous les jours. Quand on est femme, on doit être mère, être celle qui assume son métier, être la femme de son homme, on doit être tous les rôles à la fois ; et surtout être soi. C'est ce qu'il y de plus important …

Chaque tableau est donc une histoire. Une histoire, racontée avec de l'écriture. J'y parle des rôles que je viens d'évoquer, mais aussi d'érotisme… Mais surtout, Je ne me pose pas toutes ces questions quand je dessine… je m'amuse, je m'amuse avant tout ! Je n'ai pas de priorité pour l'endroit où je vais commencer ; je commencerai aussi bien au milieu, et si la suite de mon histoire est en haut, elle sera en haut, il n'y a pas non plus de chronologie. D'autant que ce sont souvent des morceaux d'histoires. Il m'arrive de peindre les histoires entières, mais quand je commence, je ne sais jamais si j'aurai ou non la fin. Il y a des thèmes récurrents, comme les Petits Chaperons Rouges ou Mademoiselle Zaza qui reviennent tout le temps, tout le temps, tout le temps, et qui sont des bouts d'histoires, des petites aventures qui leur arrivent tous les quinze jours ou tous les mois selon que j'ai envie de travailler sur tel ou tel thème…

 

JR. : Quand vous peignez, dans quel état d'esprit êtes-vous pour décider que vous allez faire un guerrier, un personnage lunaire, une femme en plein onanisme alors qu'elle est à côté d'un homme qu'elle pourrait emmener dans ses ébats etc. ? En fait, comment fonctionnez-vous ?

K. : J'ai des carnets, je dessine tous les jours ; Ainsi, il y a six mois, il y a huit jours… j'ai pu dessiner une femme au bain ; et un matin je me lève et je me dis que je vais la transformer, lui donner un autre sens, une autre occupation. C'est selon mon humeur du jour. En fait, tout se passe comme si mes tableaux étaient prêts dans mes carnets, et quand j'ai envie de les reproduire sur la toile ou le bois, je le fais. Parfois, ils sont dans une occupation particulière (guerriers, femme au bain, etc.) mais je veux que mes personnages soient un peu universels ; on ne sait jamais s'ils sont noirs ou blancs ; on ne connaît pas leur religion, on la devine ou on ne la devine pas… cela reste universel.

Par contre, la majorité de mon travail est basée sur l'érotisme et la femme… C'est ce thème qui est le plus important pour moi.

 

JR. : Vous m'avez parlé aussi de vos rapports aux contes. Mais quand vous peignez, est-ce votre imaginaire qui travaille ou ce que vous peignez est-il un peu autobiographique ?

K. : Les deux à la fois. Le tout mêlé. Je vous ai dit que la peinture est mon quotidien. Il y a donc des choses qui me sont propres… que je vis ; d'autres que je ne vis pas, qui sont mes fantasmes…

Entretien réalisé à Banne le 12 juillet 2007.

 

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