MARTINE LAGARDE, sculpteur.

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Martine Lagarde, voulez-vous vous situer dans le monde de la sculpture.

Martine Lagarde : Je suis avez les Singuliers, quoique… Je ne suis pas vraiment singulière. Je dirai que mon travail est plutôt insolite.

 

JR. : Mais l'exposition de Saint-Galmier ne s'intitule pas " Art singulier ". Justement, elle se dénomme " Céramiques insolites ". Il y a ici plusieurs exposants qui ne se revendiquent pas de la mouvance singulière.

ML. : Oui. J'ai tout un travail un peu plus classique du début, où j'ai fait beaucoup de mélanges entre les humains et les animaux. Il y a une autre progression qui arrive après, où je me suis intéressée à l'écriture, au papier. Ceci est le travail plus récent.

 

JR. : Ce travail en fer forgé me semble relever plus de la décoration que votre travail en terre ? Que ce qui est le plus profondément créatif, c'est votre travail en céramique.

ML. : Non, il ne s'agit pas de décoration. J'ai travaillé sur le thème de la mer, parce que j'étais dans un port de pêche pendant trois mois.

 

JR. : Ce qui est surprenant dans votre travail de céramique, c'est cette relation personnages/animaux. Vous avez par exemple votre petit cheval avec une série d'enfants, nous sommes en plein dans le domaine du conte, de la petite histoire tendre. Dans d'autres, c'est plus douteux. Par exemple, quand la femme chevauche le chat, il y a là moins une relation de tendresse, de complicité…

ML. : Ce n'est pas douteux. Je les associe dans la même histoire que l'autre : la complicité entre l'homme et l'animal.

 

JR. : Quand je vois ces enfants s'agripper au cheval, il y a un rapport du moins fort au plus fort. En même temps, on sent qu'ils s'agrippent et sont heureux d'être dans cette situation forte.

ML. : En fait, cette pièce-là représente l'enfance.

 

JR. : Oui.

ML. : Un cheval à roulettes n'a rien à voir avec le Cheval de Troie. C'est une image, symbolique. C'est un jouet…

 

JR. : Oui, avec des enfants qui s'accrochent à l'animal, et dont l'imagination a développé le plaisir du danger.

ML. : Cela représente l'enfance.

 

JR. : Oui, bien sûr. Mais quand on les voit d'agripper à la crinière, on peut imaginer que dans leur imagination, ils sont en danger comme sur un vrai cheval ?

ML. : Non, non !

 

JR. : Ce qui fait qu'il y a une sorte d'osmose entre l'animal factice et ces enfants qui sont dessus. Ce qui, en effet, nous ramène au monde de l'enfance. Sur celui où la femme chevauche le chat, il n'y a pas cette mesure d'intimité.

ML. : C'est une sculpture différente, dans laquelle il y a plus de sensualité. Et pour les enfants, plus de complicité.

 

JR. : Et dans quel esprit avez-vous conçu les autres personnages ?

ML. : Les autres ont une histoire. J'ai construit mon atelier il y a deux ans, avec des galets de la Durance. Je les ai ramassés un à un. Ensuite, j'ai fait les Vénus de la Durance, puisque c'était moi qui avais fait cet atelier.

 

JR. :C'est du raku ?

ML. : Oui.

 

JR. : Que souhaiteriez-vous développer sur vos personnages de la mer ?

ML. : Je n'ai rien à développer. J'ai travaillé la ferraille dans ce port. J'ai travaillé sur la mer, c'est tout.

 

JR. : J'ai noté une phrase que vous avez incluse dans votre présentation. Il me semble que là, vous avez ajouté la littérature à la sculpture. Est-ce parce que l'œuvre elle-même vous semble avoir besoin de cet ajout ?

ML. : Non. C'est parce que je fais aussi ce travail d'écriture dans la terre. Je trouve des phrases de littérature, que j'illustre, toutes les phrases qui sont là, comme " L'art est une métamorphose ". C'est ce qui se fait dans l'Art singulier. Cela résume le travail de l'Art singulier.

 

JR. : Vous avez aussi un travail sur les livres. L'un d'eux a l'air d'un authentique fossile !

ML. : Non, non ! C'est bien moi qui l'ai fait. J'ai représenté les strates. C'est un mélange d'écriture, de papier, de ferraille…

 

Entretien réalisé le Samedi 20 mai 2006, à l'Ancienne Abbaye de Saint-Galmier, dans le cadre de " Céramiques insolites ".

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