ANNE-MARIE JOUOT, sculpteur et peintre

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Anne-Marie Jouot, nous nous étions rencontrées voici deux ans à Banne. Il semble que si les thèmes que vous abordez n'ont pas fondamentalement changé, néanmoins votre monde semble moins pessimiste, moins angoissé. Vous semblez être parvenue à un univers plus narratif, à celui du conte ?

Anne-Marie Jouot : Oui. Je raconte des petites histoires. J'ai huit ans et je joue. En fait, je crois que j'évolue entre l'enfant et l'adulte qui est toujours présent parce que je suis toujours très impliquée dans son monde très sombre. Mais il y a aussi beaucoup d'espoir.

 

JR. : Vous partez dans la fantasmagorie, avec des personnages souvent incomplets, soit qu'ils soient sans tête, sans jambes, sans bras… Non pas dans le but de montrer qu'ils sont infirmes, mais parce que chez eux, la fonction crée l'organe : s'ils ont besoin de bras, ils en ont ; de tête… etc.

A-M.J. : Oui. Exactement. Mais tous ont un cœur. C'est important, parce que c'est lui qui doit toucher les autres !

 

JR. : Le plus surprenant, ce sont les petits tableaux sculptés qui sont tout à fait nouveaux. Nous sommes passés d'un monde complètement foisonnant où des personnages n'arrivaient pas à trouver une place ; dans un monde très amical, où chacun a la sienne.

A-M.J. : C'est peut-être que moi, j'ai enfin trouvé la mienne ?

 

 

deux ans à Banne. Il semble que si les thèmes que vous abordez n'ont pas fondamentalement changé, néanmoins votre monde semble moins pessimiste, moins angoissé. Vous semblez être parvenue à un monde plus narratif, à celui du conte ?

Anne-Marie Jouot : Oui. Je raconte des petites histoires. J'ai huit ans et je joue. En fait, je crois que j'évolue entre l'enfant et l'adulte qui est toujours présent parce que je suis toujours très impliquée dans son monde très sombre. Mais il y a aussi beaucoup d'espoir.

 

JR. : Votre monde s'en va dans la fantasmagorie, avec des personnages souvent incomplets, soit qu'ils soient sans tête, sans jambes, sans bras… Non pas dans le but de montrer qu'ils sont infirmes, mais parce que chez eux, la fonction crée l'organe : s'ils ont besoin de bras, ils en ont ; de tête… etc.

A-M.J. : Oui. Exactement. Mais tous ont un cœur. C'est important, parce que c'est lui qui doit toucher les autres !

 

JR. : Le plus surprenant, ce sont les petits tableaux sculptés qui sont tout à fait nouveaux. Nous sommes passés d'un monde complètement foisonnant où des personnages n'arrivaient pas à trouver une place ; dans un monde très amical, où chacun a la sienne.

A-M.J. : C'est peut-être que moi, j'ai enfin trouvé la mienne ?

 

JR. : Vous proposez quatre tableaux qui semblent aller ensemble. Voulez-vous les commenter ?

A-M.J. : Le premier que j'ai appelé "la Bodega " ou " Sévillane ", est en souvenir à la féria de Nîmes. La bodega est une auberge, où l'on entre en l'honneur du taureau. Sur le second, c'est " La reine bleue " : j'ai ramassé des cailloux dans le lit de l'Arly, pendant le Festival hors-les-normes. L'oiseau est venu le premier. Il est en céramique, dans laquelle j'ai incorporé les cailloux. Ensuite est venu le visage de la Reine.

 

JR. : En fait, vous faites chaque élément " hors cadre " et ensuite vous reconstituez le tout ?

A-M.J. : Il y une première cuisson en biscuit. Ensuite, je place les émaux. Et je fais une deuxième cuisson. Il y a une part de hasard à mesure que j'installe les éléments, parce qu'ici l'oiseau est apparu tout de suite, mais le visage de femme n'est devenu une reine qu'après, au fur et à mesure du collage, avec son petit monde, son éventail, sa couronne, les fleurs…

Le troisième est une sirène. Souvent, je prends la terre sans savoir ce que je vais faire. Ici, est venue une sirène. Et pourquoi pas une sirène qui arriverait sur la ville ? Elle a de petites ailes. Elle s'est échappée de la mer pour venir voir les humains.

 

JR. : Et qu'en disent les trois humains qui sont en bas ?

A-M.J. : C'est un évènement. Et cela les dérange beaucoup !

Le quatrième est mon ami " Don Quichotte ", toujours avec les cailloux de l'Arly. Il peut faire penser à un personnage que nous connaissons tous, qui habite Praz-sur-Arly !* J'ai déjà travaillé sur Don Quichotte, parce que c'est un personnage qui va au bout de ses utopies. Il croit en beaucoup de choses et les conduit à leur terme. De temps en temps, cela fait du bien !

 

JR. : Nous quittons la partie murale, pour en venir aux sculptures, dont la plupart sont des moyens de locomotion ? Assez bizarroïdes : des pots de fly-tox devenus des trains, etc. Quelle est dans ces compositions, la part de céramique, et la part de récup ?

A-M.J. : La céramique, ce sont les personnages. Un couple de mariés, une petite fille, etc. Le montage se fait au gré de ma fantaisie : pourquoi la fillette n'aurait-elle pas un poupon dans les bras ? Ne serait-elle pas à côté d'un berceau ?... Je suis toujours contente de donner une deuxième vie à ces objets que je récupère ?

 

JR. : Vient ensuite un matador campé sur son égouttoir : que dit-il au public ?

A-M.J. : Il chante " Ce n'est qu'une tourterelle… " Comme toutes ces personnes âgées qui peuvent rester des jours entiers assis sur leur pas de porte, à regarder passer les gens !

 

JR. : Et que fait ce petit homme tristounet, seul dans son coin ? Et qui semble à part dans votre production ?

A-M.J. : En fait, il est double. La femme d'un côté, et l'homme de l'autre côté. Ils sont sur un bateau qui s'appelle " la valise de mémoire ". Ils ont quitté leur pays. Ils n'ont pu emporter qu'une valise dans laquelle ne se trouvent que les choses auxquelles ils tiennent le plus. La valise a été faite à la hâte, il y a des petits bouts de tissu qui dépassent… Ils sont sur leur frêle bateau, sans savoir où ils vont. C'est le côté un peu sombre qui subsiste dans mes sculptures. Et, à côté, il y a l'espoir…

En fait, j'ai voulu que tous ces petits personnages soient un hommage aux femmes anonymes qui se battent pour protéger leurs enfants.

 

JR. : Vous êtes donc dans une nouvelle démarche, où vous avez quitté votre ancien monde de larmes. Désormais, êtes-vous une créatrice heureuse ?

A-M.J. : Ah oui ! Absolument. Vivre des moments comme ici, à Saint-Galmier ! Retrouver d'autres artistes qui sont devenus des amis ! En plus d'être agréable, c'est vraiment stimulant. Cela donne envie de continuer et de transmettre ! Quand je rentre, j'ai ce potentiel renouvelé, qui me refait chaque fois comprendre que je ne crée pas que pour moi. La création, c'est aussi notre part de responsabilité par rapport au monde.

 

Entretien réalisé le Samedi 20 mai 2006, à l'Ancienne Abbaye de Saint-Galmier, dans le cadre de " Céramiques insolites ".

* Il s'agit de Louis Chabaud, bien sûr, fondateur du festival hors-les-normes de Praz-sur-Arly.

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