NICOLAS JONVAL, peintre

Entretien avec jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Nicolas Jonval, pensez-vous être à Banne comme artiste " Singulier ", ou comme artiste contemporain ?

Nicolas Jonval : Marthe Pellegrino m'a dit l'année dernière que je n'étais pas Singulier. Gérard Gamont du Magazine Azart m'a dit que j'étais contemporain. Et Louis Chabaud* m'a dit ce matin que j'étais Singulier.

 

JR. : Le problème n'est pas de citer des référents. Mais de dire comment vous, vous vous définissez ?

NJ. : Moi, je considère que je n'ai pas à me définir d'un côté ou de l'autre. Il y a des critiques d'art qui sont là pour parler de ces problèmes. Il y a des gens qui sont sans doute plus à même de parler avec des " ismes ", etc…

 

JR. : En tout cas, je ne suis pas là pour parler avec des " ismes "… Mais il me semble que, sans vouloir s'enfermer dans une quelconque orientation, il serait normal qu'un artiste se sente mieux dans un milieu que dans un autre ?

NJ. : Ah ! Mais je me sens tout à fait bien dans le lieu, que ce soit à Banne… C'est la deuxième année que je viens. J'ai rencontré pleine de monde. Cela m'a motivé au niveau de ma peinture. Il y a beaucoup de choses positives à prendre ici. Je suis obligé de faire des peintures ici ! Banne, je m'y sens parfaitement bien. Ceci dit Singulier ou contemporain ? Je ne sais pas !

 

JR. : Il me semble que, dans vos peintures, vous êtes à la recherche de l'humain, mais qu'il est toujours en gestation, que son évolution n'est jamais terminée ? S'agit-il d'un mouvement vers une apparition ? Ou une disparition ? Lequel est-ce ?

NJ. : Du point de vue de la nature humaine, est-ce qu'elle n'est pas en train de disparaître ? Dans cette série sur fond noir, c'est la rencontre. Est-ce qu'elle apparaît ? Ou est-ce qu'elle disparaît ? J'essaie de tout faire pour la faire apparaître, créer cette rencontre, ce rapport humain. Je ne sais pas. Cette série s'intitule " Rencontre ". Cette relation est présente, mais elle est en train de disparaître du fait de l'individualisation de notre société.

 

JR. : Il y a deux choses dans ce que vous m'avez dit : la première est que vos personnages sont encore pour la plupart dé/structurés, jamais complets. Vous diriez que vous êtes en train d'essayer de réunir " les bouts ", en fait ?

NJ. : Exactement.

 

JR. : La deuxième chose, c'est que vous parlez de " rencontre " : or, tous vos personnages -sauf quelques-uns, mais lorsqu'ils sont sur le point de se toucher, les parties les plus proches sont floues- je ne vois que des personnes parallèles, et non pas " en relation ".

NJ. : Pour ma part, je les trouve " en relation ", en train de mener une discussion. En ce moment, nous ne sommes pas en train de nous toucher…

 

JR. : Non, mais nous sommes en train de nous regarder. Tandis que vos personnages ne se regardent pas. Certains sont les uns derrière les autres. D'autres regardent vers nous, mais ils ne " se " regardent pas.

NJ. : Ils se regardent sans se regarder. Il y a aussi de la méfiance entre eux.

 

JR. : Ceux qui sont assez proches sont incomplets. Il n'y a donc aucune certitude qu'il y ait rencontre possible.

NJ. : Alors, recherche. Recherche de rencontre. C'est toujours pareil. Toute rencontre est ambiguë. Parfois il y a des animosités entre les gens. Je crois que chacun d'entre nous essaie tout de même d'aller vers l'autre. Après, il y a des barrières qui nous empêchent de nous rencontrer vraiment. Peut-être est-ce pour cela qu'il y a une telle difficulté actuellement, à " rencontrer l'autre ". Aussi bien dans le domaine privé que dans le domaine professionnel. C'est peut-être aussi ce que j'ai essayé d'exprimer dans mes toiles, puisque celles à fond noir s'intitulent " Rencontre " ; et celles à fond banc s'intitulent " Rend compte " du verbe rendre compte ? Ce sont deux opposés en fait : c'est rendre compte de la rencontre. Ce que j'essaie de dire dans mes toiles, c'est que les gens puissent se rencontrer davantage, et rendre compte de ces rencontres. C'est-à-dire que s'ils discutent, ils puissent raconter ce dont ils ont parlé. Ce qui ferait liaison sociale, liaison humaine.

 

JR. : Il me semble aussi que ces tableaux pourraient se décrire blanc-noir-blanc. Certains sont presque " complets ", puis ils passent par une phase, et c'est là, comme vous l'avez dit, la difficulté de se rencontrer, où ils sont complètement déstructurés. Pour revenir à une phase où se produit une amorce de vie sociale : un " adulte " peut-être et un " enfant " qui seraient embrassés. On pourrait donc dire que cette toile blanche est l'aboutissement de celles qui sont au-dessus ?

NJ. : C'est le cheminement. Un cheminement de vie. Parfois, la rencontre est difficile. D'autres fois, l'individu n'a pas envie d'avoir des relations. La société actuelle veut que les rencontres soient artificielles. Le fait que les personnages soient cassés, est une forme d'artificiel au niveau de la rencontre.

 

JR. : Vos deux fonds, noirs et blancs sont toujours non signifiants. Donc, vos personnages sont atemporels. Ils sont impossibles à situer historiquement, géographiquement…

NJ. : Absolument. Je crois qu'il n'y a pas besoin de décor dans une relation. La relation existe ou elle n'existe pas. Dans mes toiles, il n'y a pas besoin de décor. Cette rencontre peut se faire hors de tout lieu. Ce qui m'intéresse, c'est de montrer des gens qui se cherchent, s'ignorent, se rapprochent… plutôt qu'un lieu, un paysage… derrière eux.

 

JR. : Mais justement, n'est-ce pas ce non-fond qui fait qu'ils ne se rencontrent pas, en fait ?

NJ. : Je ne pense pas. Je ne vois pas les choses de cette façon. Le fait qu'il n'y ait pas de fond, c'est que pour moi prime la relation humaine. Et non pas l'endroit dans lequel a lieu cette relation.

 

JR. : Après l'idée de ces non-fonds qui ne servent que de faire-valoir aux personnages, vous avez choisi des couleurs extrêmement vives, souvent directement sorties du tube ?

NJ. : Absolument. Des couleurs pures. Qui se mélangent sans se mélanger.

 

JR. : Qui résonnent. Souvent des couleurs de feu.

NJ. : Des rouges, oui. Mes couleurs de prédilection sont toutes celles qui découlent du rouge : le rose, le violet, etc. Le rouge avec toutes ses tendances. En fait, j'utilise des mélanges en pâte, mais également sous forme d'encre qui permet de créer des plans différents de lecture. Parce que, ce que j'aime mettre dans mes toiles, c'est un personnage, mais un personnage multiple. Ces deux matières me permettent d'imbriquer les personnages les uns dans les autres, et ce sont les différences de matières qui me permettent cette vision-là.

 

JR. : Y a-t-il un sujet dont vous auriez aimé parler, une direction que vous auriez aimé prendre, et que je n'ai pas prise ?

NJ. : J'ai un projet en perspective qui me permettra de faire parler de plus en plus mes peintures, parce que pour le moment elles n'ont pas la parole… D'autres essais sur mes toiles… Nous verrons !

Entretien réalisé à Banne le 1er mai 2008.

* Louis chabaud : Peintre et sculpteur. Fondateur du festival d'Art hors-les-normes de Praz-sur-Arly et de l'Association Singul'Art de Lyon.

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