ANNE JOËL dite JOA, sculpteur

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Joa, est-ce un prénom, ou un pseudonyme ?

Joa : En fait, c'est un pseudonyme. C'est le diminutif d'" Anne Joël ". Et en plus, il contient l'idée de "joie ". Je l'ai adopté depuis longtemps, et il me convient très bien.

 

JR. :Donc, a priori, vous êtes une artiste heureuse ?

J. : Oui ! J'ai beaucoup de plaisir dans ma création.

 

JR. : Une expression populaire dit de quelqu'un qui est un peu snob, qu'il " se prend la tête ". Et vous, vous prenez-vous la tête, avec toutes ces têtes qui vous entourent ?

J. : Moi, non, jamais ! Loin de me prendre la tête, je prends plutôt celle des autres. Et je prends celle des cailloux qui me tombent entre les mains. J'accentue ce que je vois, en ajoutant de petites choses, en dessinant, mais sans jamais les tailler.

 

JR. : En fait, vous n'intervenez presque pas dessus. Alors, quels sont les caractères que doit présenter un galet pour qu'il apparaisse dans votre collection de têtes ?

J. : C'est une sorte de vision. Il faut qu'il m'appelle. En fait, je suis appelée par le galet. Par les éléments.

 

JR. : Vous habitez au bord de la mer ?

J. : Pas du tout. Je vais tous les étés sur la Côte basque. Je fais ma collecte, et ensuite, je les sors progressivement.

 

JR. : Vous me dites que c'est une question de ressenti qui fait qu'un galet entre dans votre travail. Mais quelles qualités doit-il posséder pour pouvoir être " associé " à d'autres dans vos compositions ?

J. : Je ne me pose pas la question. Cela se fait instinctivement. Un élément correspond à un autre. Une correspondance se fait petit à petit. Une image émerge. Certains " me parlent " tout de suite. Pour d'autres, cela se fait très lentement.

 

JR. : Vous avez dit ensuite : " J'ajoute quelques petits détails… ". Quels détails ?

J. : J'accentue ce que je vois. Souvent, un œil ou une bouche sont déjà présents. Je rajoute un autre œil… J'accentue très légèrement ce que je vois. Au crayon, ou au stylo… Parfois, je n'ajoute rien du tout. Il arrive que la pierre se suffise à elle-même.

 

JR. : Donc, vous ne jouez jamais sur la couleur ?

J. : Il m'arrive de farder les têtes, un tout petit peu. Mais en général, ils sont bruts. C'est juste une toute petite touche.

 

JR. : NTrès souvent, ces galets sont des têtes. Pourquoi cette obsession de la tête ?

J. : En fait, c'est venu progressivement. De temps à autre, et de plus en plus d'ailleurs, je rajoute des corps. C'est venu tout seul. Pendant une période assez longue, je m'étais arrêtée de créer. Et c'est revenu. J'avais tendance à voir des visages partout. J'ai commencé à collecter des galets. C'était devenu une obsession. Je rêvais de certaines choses. Et voilà, c'était reparti.

 

JR. : Vous diriez que vous êtes un peu médium ?

J. : Je ne pense pas. A vous de voir !

 

JR. : Et c'est une faveur que vous faites à quelques-uns, en les créant " en entier " ? A ce moment-là, vous avez tout de même ajouté de la couleur ?

J. : Pas forcément. D'ailleurs, ce ne sont pas forcément des galets. Il y a des bois flottés. Avec parfois un petit bout de tissu qui est le seul élément coloré. L'œil est fait avec un petit bout de verre. Ce sont de petits éléments que je trouve, que je glane ici et là.

 

JR. : Je vois que vous avez aussi apporté une tête de cerf ?

J. : Oui, je fais de petites séries avec d'autres éléments. Ici, ce sont de petits bois.

 

JR. : Vous n'avez jamais fait un personnage complet en galets ?

J. : Ce sont la plupart du temps des éléments composites : par exemple pour l'un d'eux, la tête est un galet. Et j'ai dessiné le corps.

 

JR. : Vous trouvez que ce serait trop lourd, trop raide, trop uniforme, si vous faisiez tout en galets ?

J. : Je vous présente " Pied de nez ". La tête et le corps sont des galets. En revanche, les membres sont du fil de fer. Recouvert de papier mâché.

 

JR. : Cette sorte de création doit être très ludique ?

J. : Oui. Complètement.

 

JR. : Passons aux peintures. Elles sont, elles aussi, réduites à la tête ?

J. : Pas forcément. Certes, pour certains tableaux, on ne peut distinguer qu'une tête. Mais pour d'autres, la tête fait corps, en fait. C'est une tête avec des jambes, des pieds…

 

JR. : Quelle est, pour vous, la différence de travail ou de connotation, entre ces petites peintures ou ces personnages de galets ?

J. : Pour moi, c'est un tout, un ensemble. J'ai besoin de m'adonner à différentes créations, différents supports. Et ce n'est pas fini !

 

JR. : Vous êtes encore très jeune ! Vous avez donc toute une vie de créations devant vous ! Cela en fait, des galets à entasser, dans l'avenir !

J. : Oui. Je sais qu'il y en a encore qui m'attendent. Et je suis prête à les trouver.

 

JR. :J'avais une amie qui, comme vous, travaillait sur des galets. Et nous, les profanes pleins de bonne volonté, nous tentions de lui en trouver. Or, les nôtres ne lui convenaient jamais ! Est-ce le même cas pour vous ?

J. : C'est un peu le même cas. Mais éventuellement, je pourrais en faire quelque chose. Tout dépend s'ils me parlent ou non. Cela ne se commande pas. Cela ne se choisit pas !

 

JR. : Question un peu perfide : pourquoi votre du vernissage n'est-il pas fait en galets ?

J. Parce que je fais souvent à mes personnages, des petits bateaux qui leur servent de chapeaux. Et je me suis dit que ce serait amusant de faire pour moi aussi, cette sorte de chapeau. C'est moi le galet, en fait !

Cet entretien a été réalisé à BANNE, au Festival d'Art singulier, Art d'aujourd'hui ", le 18 juillet 2009.

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