ISABELLE ISTE, peintre

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Isabelle Iste, je découvre votre travail, et je voudrais que vous le définissiez.

Isabelle Iste : En fait, je m'exprime avec la peinture parce que je ne sais pas écrire, que j'ai envie de parler de mon époque, comment je vis, la société dans laquelle je suis… J'exprime mes idées sur ce que je vois. Il n'y a aucune morale. Je pose les questions. Je fais parfois des choses très douces, comme la méditation dont nous avons tous besoin. Et puis des choses plus dures, des exploits ordinaires, comme les gens dans la rue, ce qui paraît très banal mais est, en même temps, très dramatique. J'ai aussi une série de Piétas profanes, avec évidemment une référence à la Piéta sacrée, mais sans rien de religieux. J'ai eu aussi envie de parler des mères, de ce qu'elles ressentent. Leurs peurs liées à la guerre, à la souffrance qui en est la conséquence. Et puis, des mangeurs de viande, qui sont parfois un peu effrayants… Tout cela part d'images que je perçois dans notre société. Qui peuvent me choquer, me marquer, m'amuser…

 

JR. : Je penserai volontiers que vous êtes végétarienne ?

II. : Pas tout à fait, non. Culturellement non. Mais j'y songe.

 

JR. : Apparemment, vous plaquez un fond qui est très travaillé, souvent à la limite de l'abstraction, dans des couleurs vives. Et, dessus, vous linéarisez des personnages ?

II. : Je tiens à ce processus. J'ai des toiles où les linéarisations sont plus fines, d'autres plus marquées, comme pour affirmer une présence humaine.

 

JR. : Certes vos personnages sont souvent dramatiques…

II. : Pas toujours…

 

JR. : Mais la violence contemporaine que vous évoquiez à l'instant, est plutôt dans le fond ? Par exemple, le feu, au fond d'une de vos toiles…

II. : Elle interfère avec l'individu. Il y a un lien entre le fond et l'individu. Il ne peut pas vivre sans la société. Sans son environnement. Il en dépend totalement. Et il les porte comme des marques.

 

JR. : Comment vous rattachez-vous à l'Art insolite.

II. : Au début, on m'a un peu classée dans ces tendances, parce que j'ai un parcours un peu particulier. Je suis autodidacte, mais en même temps, j'ai une culture. J'ai appris par des voies différentes. Finalement, je crois que tout artiste est singulier. C'est difficile de définir !

 

JR. : Mais quand vous employez ainsi ce mot, c'est au sens où la création de chaque artiste se doit d'être différente de celle des autres. Quand on parle de l'Art singulier, c'est de la marginalité qu'il implique. Toute cette mouvance est supposée se situer en dehors de l'art dit " contemporain ".

II. : Je ne me sens pas en dehors. Je me sens de partout. Je n'aime pas les clivages qui créent de l'exclusion. J'ai envie de venir ici aujourd'hui parce que j'y connais des gens, que je partage un peu leurs idées. Mais j'ai aussi envie d'aller ailleurs. J'ai fait d'autres expositions plus contemporaines. Pour moi, rester avec les Singuliers équivaut à être dans un ghetto. Je veux être de partout.

Court entretien réalisé le 17 juin 2007, à Nottonville.

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