Entretien avec Jeanine Rivais.
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Jeanine
Rivais : Whilhelmine Isphording, je découvre votre travail, et
a priori, je le définirais dans une relation très
littéraire. Culturelle, en tout cas. Nous sommes dans le monde
de l'Inde ou de l'Asie, avec des bouddhas, etc. Mais nous sommes en
même temps dans les mastabas égyptiens, avec les
offrandes et les personnages qui accompagneraient le mort dans son
passage. Donc, une culture un peu antique ?
Whilhelmine Isphording : Oui, c'est vrai. Je suis aussi influencée par le Précolombien.
JR. : Certaines de vos uvres ressemblent étonnamment à des stèles : la pierre tombale sur laquelle vous avez ajouté des écritures peintes, et sur un côté, ou taillé dans la masse, l'image du mort ?
WI. : En effet, c'est par des stèles que j'ai commencé. Mais pour moi, il ne s'agit pas du mort.
JR. : Alors, comment établissez-vous la relation entre la personne dont vous dites qu'elle n'est pas morte ; et la création d'une stèle qui implique justement cette idée de mort ?
WI. : Il s'agit simplement d'un socle avec une figure humaine, sans relation avec la mort.
JR. : En fait, il ne faudrait donc pas le voir comme une stèle, mais comme une sorte de matière d'où émergerait un personnage ? Mais dans ce cas, n'avez-vous pas " sauté des étapes " ? S'ils sont " en train d'émerger de la matière ", à considérer les seins idéals et les têtes très élaborées, comment peuvent-ils être aussi parfaits ? Vous semblez être passée par-dessus toutes les étapes de gestation ?
WI. : Il m'est très difficile de parler en français, et d'expliquer mon travail ! J'aime travailler, respiration tenue
JR. : Tous vos personnages sont accroupis, assis, les genoux au niveau de la poitrine. Pour la plupart, la main est appuyée sur le genou, mais souvent le bras est disparu. Où est-il ?
WI. : Oui, disparu ou dessiné.
JR. : Mais dans cette posture, ils
n'ont rien de hiératique. Tout se passe comme s'ils
étaient
tassés sur eux-mêmes.
WI. : Oui. Quand je commence la sculpture, j'aime cette forme un peu en bloc, comme un monument.
JR. : Comme dans ces civilisations anciennes que nous évoquions tout à l'heure, vous patinez ensuite vos sculptures pour leur donner un air ancien. Votre travail est infiniment précieux, infiniment élaboré. Et ces formes sont géométriques, uniquement décoratives.
WI. : Mais maintenant, j'ai changé. Je montre des mains pour qu'ils soient dans l'attitude de la prière.
JR. : Il me semble aussi, que chaque personnage a un double. Un animal, un poisson, un petit personnage Cette idée du " double " vous semble-t-elle convenir ? Qu'est-ce que c'est ? Sa conscience ? Son protecteur ?
WI. : Non. Il s'agit d'avoir deux formes en même temps.
JR. : Donc, il s'agit simplement d'une association de personnages, et non pas d'une idée de double ?
WI. : Oui. Je fais aussi des couples, mais c'est alors autre chose.
JR. : Vous créez également des sortes de sculptures murales. Quelle est la différence de conception entre ces blocs lourds que nous venons d'évoquer qui sont des sculptures dans l'espace, et ces sculptures plates ?
WI. : J'aime aussi beaucoup dessiner. Les sculptures plates sont pour moi comme des dessins.
JR. : Il me semble que ces sculptures plates se lisent différemment des précédentes. Sur certaines, vos personnages se détachent et ils se lisent d'emblée. Sur d'autres, un personnage est parfaitement lisible, mais tout se passe comme si d'autres personnages se détachaient progressivement, à mesure que le spectateur s'attarde devant l'uvre ?
WI. : Je n'avais pas conscience qu'il y avait ainsi d'autres personnages que ceux que j'y ai mis volontairement.
JR. : Voudriez-vous parler un peu de
votre travail parce que, compte tenu de la difficulté de la
l
angue,
vous n'avez pas beaucoup réagi !
WI. : Non, je le laisse ainsi.
Entretien réalisé le Samedi 20 mai 2006, à l'Ancienne Abbaye de Saint-Galmier, dans le cadre de " Céramiques insolites ".