JEAN-CHRISTOPHE HUMBERT, sculpteur

Entretien avec Jeanine Rivais.

**********

Jeanine Rivais : Jean-Christophe Humbert, comment définissez-vous votre travail ?

Jean-Christophe Humbert : Comment le définir…C'est toujours difficile. J'ai fait les Beaux-Arts, j'ai donc suivi un cursus assez classique. Mes parents sont peintres ce qui fait que, depuis tout petit, je baigne dans la peinture. A un moment, j'ai voulu me détacher un peu d'un format rectangulaire, d'une toile… Et, comme je vis à la campagne, j'ai commencé à rassembler des morceaux de bois, des planches, des branches, et j'ai essayé de reconstruire quelque chose à partir de ces éléments.

 

JR. : Sachant que vous vivez dans un musée où ne sont réunis que des objets du passé quotidien, il me semble que paradoxalement, il n'y a rien d'utilitaire dans ce que vous collectionnez ?

J-C.H. : Il n'y a rien non plus d'utilitaire dans ce que je fais. En fait, dans le musée de mes parents, les formes sont très variées, diverses ; c'est un monde très chargé. Ce qui a développé mon imagination. Mais surtout, je travaille beaucoup sur le couple, sur l'enfantement. J'ai trois enfants et chaque naissance m'a bouleversé. Je me suis lancé dans des personnages mi-humains, mi-insectes dans lesquels on voit l'intérieur du corps. J'ai trouvé que c'était intéressant au niveau de la peinture de travailler aussi sur l'intérieur.

 

JR. : Comment traitez-vous ces objets que vous collectionnez ? Parce que, à part quelques éléments, je ne saurais pas retrouver leur origine. Est-ce exprès que vous les voulez inidentifiables ? Ou est-ce le hasard ?

J-C.H. : C'est par volonté. En fait, j'utilise des éléments ou des objets extérieurs à la peinture, comme si c'était une masse colorée … J'utilise la matière des matériaux, ce qui, en effet, les rend difficilement reconnaissables. Ou alors, il faut s'approcher très près et ne regarder que ce qu'ils sont devenus, mais ce n'est plus l'objet lui-même…Je n'utilise pas sa fonctionnalité. J'utilise plus la couleur, la texture, le côté rouillé ; ou la texture du bois, des différents éléments.

 

JR. : Vous exprimez votre volonté de vous détacher d'objets traditionnellement quotidiens, et cependant vous gardez les couleurs fanées, celles de la rouille, à la manière des vieux objets qu'on a oubliés dans un grenier ou une grange désaffectée. N'y a-t-il pas un paradoxe ?

J-C.H. : Je ne sais pas. Mais j'aime ce côté usé, patiné. L'objet a déjà une histoire, la matière a déjà une histoire. Et puis, je vis à la campagne, j'utilise les couleurs de la terre, des feuillages, de la nature en somme !

 

JR. : Vous donnez à beaucoup de ces objets, l'aspect d'oriflammes, d'enseignes. Est- ce pour les ramener vers un quotidien plus festif, ou est-ce le hasard ?

J-C.H. : C'est plutôt pour les formes que j'aime bien. J'aime essayer de construire, équilibrer des masses de couleur, de matière, raconter de petites histoires. Ce sont des histoires que je laisse venir toutes seules. Pourtant, certaines œuvres se rattachent à une histoire précise, comme une chouette accrochée sur des planches, qui est pour le Muséum d'Histoire naturelle d'Auxerre. Le musée organisait une exposition sur les animaux nocturnes. Dans les croyances à la campagne, on clouait une chouette sur la porte de grange. Alors, j'ai rajouté des petits gris-gris, de petits objets. Je suis d'une culture cartésienne, pragmatique, mais malgré cela, tout ce qui est un peu étrange me passionne.

JR. : Vous dites aimer raconter de petites histoires. Mais il me semble que cette petite histoire est tronquée la plupart du temps. Par exemple, votre Christ ?

J-C.H. : Ce n'est pas un Christ, c'est une espèce de reliquaire, de femme plutôt, ou de papillon peut-être ?

 

JR. : Dans ce cas, quelle serait votre histoire ? Je n'arrive pas à la déterminer.

J-C.H. : C'est une histoire un peu inconsciente et il est vrai que moi-même je ne sais pas très bien la définir. En fait l'histoire se construit en faisant la sculpture. Ce n'est pas une histoire par les mots, mais plus par l'action.

 

JR. : C'est-à-dire qu'à mesure que vous avez créé un petit passage que vous trouvez signifiant, vous essayez d'en amener un autre qui soit signifiant par rapport à celui-là ?

J-C.H. : Voilà, et cela se construit petit à petit. Mais c'est un signifiant pour moi qui est plutôt inconscient parce que je suis timide, pudique. Et le fait de faire sans détours des personnages, est peut-être une façon de m'extérioriser. Je suis très intéressé par l'origine de l'homme, c'est une façon de le dire…

JR. : Donc ce serait un peu " votre " ethnographie ?

J-C.H. : Voilà, mon ethnographie inventée.

Entretien réalisé à Banne le 11 juillet 2007.

un autre artiste