CATHERINE HALLIER, peintre

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Nous commencerons cet entretien par la question / réponse : Etes-vous à Banne comme artiste Singulière ? Ou comme artiste contemporaine ?

Catherine Hallier : Singulière. Chaque fois que j'ai démarché des galeries, elles m'ont refusée, parce que je ne cadrais pas avec leurs choix. Non pas en raison de la qualité de mon travail, mais parce que je n'entre ni dans l'Art classique, ni dans l'Art contemporain. Je ne me rattache à aucun courant.

 

JR. : On peut donc dire vous concernant " Au rendez-vous d'une inclassable "* !

C.H. : Oui. Donc, " Singulière " !

 

JR. : Ce qui frappe dans votre travail, c'est sa facture naïve qui nous ramène vers le monde de l'enfance, et probablement celui du conte ?

C.H. : Oui, cela me surprend toujours. Et j'aime me retrouver dans le monde du conte. C'est pour moi comme un refuge. Un endroit où rien ne peut m'arriver, qui est sécurisant. Et quand une peinture ou une sculpture me plaît, c'est qu'elle me procure ce sentiment. Que je ressens une impression de féerie.

 

JR. : Chacun de vos tableaux comprend un personnage généralement central, " avec " un animal. Mais parfois, l'animal donne l'impression d'être " rêvé ", qu'il n'a pas de réalité, que l'enfant est en train de le fantasmer. Il me semble que, tableau après tableau, l'animal est tantôt dans le fantasme, tantôt il a une réalité ?

C.H. : Je ne sais pas. Je sais qu'au début je suis partie de l'idée du cheval. Et du funambule. Il m'était difficile de faire un animal qui soit trop près de l'animal réel. Et le biais que j'ai trouvé pour éviter cela, c'était de travailler sur le cirque. Certaines de ces peintures se déroulent donc dans le cirque, avec des funambules.

 

JR. : J'allais venir à ces funambules. Pourquoi répétez-vous ce mot ?

C.H. : Le mot lui-même me plaît : " Funambule " !

 

JR. : Cependant, en regardant vos tableaux, je vois qu'en fait ce sont vos animaux qui sont sur le fil, et que vous avez placé une échelle pour monter sur leur dos : nous sommes donc dans une gentille ironie, une gentille façon de se moquer de soi.

C.H. : Je n'avais pas trop réfléchi à cela. Mais il est vrai que les animaux sont toujours trop grands pour monter dessus. Je dirai qu'il s'agit plutôt d'humour ? Oui, gentille ironie.

 

JR. : En fait, tout est gentil dans votre monde. Y compris vos couleurs qui sont toujours des couleurs tendres. Cependant, elles ne sont jamais pures. On pourrait dire, sans esprit péjoratif, que ce sont des " couleurs sales ". Pourquoi ce parti pris ?

C.H. : Ce n'est pas un parti pris. En fait, je m'arrête quand la couleur me plaît.

 

JR. : Ce sont donc des lavis ?

C.H. : Oui. Je travaille par superpositions de couches. Je passe des couleurs différentes, soit dans une nuance voisine de la précédente, soit différente, et je m'arrête quand je suis satisfaite. Quand je trouve l'ensemble harmonieux.

 

JR. : Votre petit personnage est toujours réduit à sa plus simple expression : un corps / boudin, avec des membres fluets et très raides. Par contre, le visage est très expressif. Mais la plupart du temps, les têtes sont dépourvues de cheveux. Pourquoi ?

C.H. : Il y a quelques années, j'ai travaillé à épurer mon travail au maximum. Et je fais, d'ailleurs, de même quand je rédige un texte. Je réduis jusqu'à ce que je puisse plus rien supprimer ! J'étais parvenue à un cul-de-sac où je n'avais plus que quelques expressions possibles. Il me fallait donc " remettre de la chair " sur les corps. Commencer à re-charner mes personnages.

 

JR. : Il y a tout de même un paradoxe : vos petits personnages sont tous dans une relation d'amitié, de câlins. Or, tous ont des yeux tragiques.

C.H. : C'est vrai. Et pourtant je n'ai rien de tragique. Mais c'est le résultat de tout ce travail d'épuration auquel je me suis livrée. Comment traduire l'essentiel.

 

JR. : Autre paradoxe : Votre animal est logiquement plus grand, plus gros que votre personnage. Mais la maison ou la roulotte est minuscule : comment votre personnage va-t-il vivre dans ce qui est en fait une roulotte de poupée ?

C.H. : Je ne sais pas !! Je n'aime pas représenter ce qui n'est pas de l'ordre du vivant. Cela me dérangerait de dessiner une maison où mon personnage pourrait entrer ! Je n'ai jamais eu de maison. J'ai toujours vécu dans des roulottes ou des bateaux !

 

JR. : C'est donc que vous avez toujours vécu à l'étroit !

Enfin, dans chaque tableau, vous avez un petit coin qui définit, je crois un lieu, et tout le reste du fond est non signifiant…

C.H. : Oui. C'est une façon d'entrer dans un univers, une atmosphère particulière… Quand je remplis trop une peinture, j'ai l'impression qu'une partie n'a pas lieu d'être. Déjà, je trouve que sur certaines, j'ai mis trop de choses. Et que cela n'a pas lieu d'être.

 

JR. : On pourrait presque dire que l'animal, le personnage et le havre de paix que vous recherchez sont en train de faire une ronde ?

C.H. : Oui. Mais puisque nous sommes dans le monde du cirque, elle habite dans une roulotte. La ligne sur laquelle se trouve le cheval est la piste. Et tout autour, les nombreuses têtes sont les spectateurs.

 

JR. : Ce qui est amusant, c'est qu'à aucun moment, je ne m'étais posé la question du sexe. Or, vous avez dit " elle ". Faites-vous donc toujours le même personnage ? Est-ce toujours une petite fille ? Ou la même petite fille ?

C.H. : Il y aussi des garçons. Mais c'est toujours le même personnage.

 

JR. : Parlez-nous des écritures, sur vos tableaux.

C.H. : Elles font partie des choses que je rajoute. Soit c'est une phrase que j'ai conçue, soit un petit poème, soit une idée signifiante par rapport à la peinture. Parfois des écrits de journaux, de magazines, pas forcément en liaison avec la peinture, mais des mots que j'ai choisis parce qu'ils sont percutants. Pour moi, les écritures ajoutent toujours quelque chose à ma peinture.

 

*(Allusion au titre de la préface du catalogue intitulée " Au rendez-vous des inclassables ")

Entretien réalisé à Banne le 30 avril 2008.

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