MARTINE HADAMAR , peintre

Entretien avec Jeanine Rivais.

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Jeanine Rivais : Martine Hadamar, je vous découvre, en ce week-end d'exposition insolite à Nottonville. Ma première question sera donc : Comment définissez-vous votre travail qui est, je crois, composé de gravures ?

Martine Hadamar : Oui, en effet. J'ai commencé la gravure depuis le mois de février. Jusque-là, je peignais. Mais j'avais vraiment l'impression d'avoir fait le tour de la peinture, depuis plus de vingt ans que je peins, et que j'avais besoin de me renouveler. En fait, je me suis dit que je ne connaissais pas la gravure. Et en me penchant sur cette technique, je pense que je m'enrichis. Le fait d'apprendre. Certes, le graphisme est toujours le même, parce que j'ai un graphisme un peu particulier, mais le fait de toucher à d'autres techniques est quelque chose d'enrichissant qui redonne de l'élan. Cette technique m'intéresse beaucoup.

 

JR. : On pourrait dire que votre travail se rapporte au quotidien, comme ce personnage avec sa pipe. Ou qu'il nous emmène en plein onirisme, comme ces personnages qui effectuent des voyages fantastiques au milieu des étoiles… Comment passez-vous de l'un à l'autre ; de la réalité au rêve ?

MH. : Ce n'est pas calculé du tout. Je dessine beaucoup, et les idées apparaissent naturellement en écoutant de la musique, en lisant. Je m'enrichis aussi du contact avec les autres. Je retranscris ma vision de la vie et de l'humain dans ce qu'il a de pire et de meilleur. Je crois aussi qu'il y a dans mon travail, plusieurs possibilités de lectures, en fonction du moment. Cela peut donc être, en effet, onirisme ou réalité, puisque l'humain est bien réel. Mais je redis que ce n'est ni calculé, ni réfléchi. Beaucoup de dessins sont jetés sur le papier…

 

JR. : Mais par définition, la gravure ne " se jette pas " ! Elle se pense, elle se creuse…

MH. : Mais au départ, les dessins ont été préparés. Ce n'est pas jeté sur la plaque, parce qu'il faut que le dessin soit précis. La gravure m'oblige à faire des choses très précises ; il y adonc, au départ, un dessin préparatoire, et seulement après, je me lance sur la plaque.

Par contre, les linogravures sont réalisées sans dessins préparatoires. Je me suis vraiment lancée, en écoutant une chanson de Brassens intitulée " Le petit cheval blanc ". Une autre, " J'ai écouté mes passantes ", en a suggéré d'autres, puisque c'est un homme qui se remémore toutes les femmes qu'il a abordées, ou pas osé aborder, ces dernières notamment. Ce qui laisse une sensation de rêve, la nostalgie de quelque chose de beau qu'il aurait pu vivre et n'a pas vécu. Ces passantes sont toutes des femmes qu'il aurait pu aimer.

 

JR. : Comment pensez-vous vous rattacher à l'Art insolite, puisque vous vous trouvez à Nottonville aujourd'hui ?

MH. : L'Art insolite, pour moi, ne signifie pas grand-chose. Je crois que chacun a quelque chose à dire, et que chacun le dit à sa façon. Il est exact que nous sommes tous dans un univers où l'humain compte d'abord. C'est l'être qui apparaît, mais se transcrit à travers la matière. Il y a beaucoup de matière dans tout ce que l'on voit, et de couleur. Je pense que ce qui nous unit, c'est cette matière, cette couleur, cette joie, cette jubilation à regarder ce qui est autour de nous. Au départ, j'ai été choquée que l'on me dise appartenir à l'Art insolite. Il est vrai que l'on a tendance à vouloir absolument mettre les gens dans des cases ou des tiroirs. Je suis réfractaire à tout cela. Mais finalement, le fait de se regrouper donne de la force. Un artiste ne peut pas rester confiné dans son coin ; il faut aussi qu'il se frotte aux autres. Il est vrai que mon graphisme est assez particulier. Mais en fait, je n'ai pas choisi, on m'a proposé à plusieurs reprises de faire partie de ce mouvement.

 

JR. : Alors, la question est : Vous y sentez-vous vraiment chez vous ?

MH. : Oui. Parce qu'il y a cette convivialité. Il y a aussi beaucoup de gens avec qui j'ai déjà exposé, des liens qui se sont créés, c'est en quelque sorte une famille. Et c'est intéressant, d'une exposition à l'autre, de voir comment chacun avance, bouge dans sa création.

Court entretien réalisé le 16 mai 2007 à Nottonville.

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